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Violences faites aux femmes : "On ne vit plus, on survit", racontent deux victimes

Une marche est organisée à Paris pour dire stop aux féminicides. 73 femmes ont été tuées par leurs conjoints, en France, depuis le début de l'année.

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Radio France
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Le 24 novembre 2018, des femmes sont descendues dans la rue à Paris pour dénoncer les féminicides, en présence notamment de Murielle Robin et d'Éva Darlan. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

73 femmes ont été tuées par leur conjoint, en France, depuis le début de l'année : c'est une tous les deux jours et demi. Un rassemblement a lieu à Paris samedi 6 juillet, à 17h, pour dénoncer ces féminicides à l'appel de plusieurs associations. Les femmes victimes de violences, comme Laura et Adélaïde que franceinfo a rencontré, aimeraient surtout que les pouvoirs publics se saisissent du dossier...

Un cauchemar qui commence par une idylle

Laura l'appelle aujourd'hui "cet homme". Mais quand elle le rencontre, en 2013, elle a, à l'époque, des étoiles dans les yeux. "C'était l'homme parfait, le prince charmant !" raconte t-elle. Mais très vite, arrivent les premiers coups, et les premières insultes. Finalement, l'homme est incarcéré... Jusqu'à l'hiver dernier. "Le 14 février 2019, il est ressorti libre, dans l'attente de son procès. La juge d'instruction ne nous a même pas prévenu, c'est son avocat qui l'a fait, par mail."

C'est le début "d'un deuxième cauchemar", comme le dit Laura : "J'ai eu l'impression d'être abandonnée par la justice. Je me suis retrouvée face à face avec lui le dimanche de Pâques, devant chez mes parents. Je suis allée au commissariat, je n'ai pu déposer qu'une main courante. Lui, il doit juste passer signer un papier au commissariat une fois par semaine, et il se balade en toute sécurité".

Adéläide, dix ans de fuite avec ses enfants

La jeune femme lance alors un appel à l'aide sur les réseaux sociaux, qui sera relayé plus d'un million de fois. Son ex-conjoint est à nouveau placé en détention. Depuis, Laura est sollicitée par de nombreuses autres femmes, qui n'ont plus confiance dans les pouvoirs publics.

Parmi elles, Adélaïde, lassée par son long parcours judiciaire : cette mère de famille fuit, depuis dix ans, le père de ses enfants. Dix ans de plaintes qu'elle dit classées sans suite faute de preuves, malgré des certificats médicaux. "Pendant dix ans, on m'a dit "fuyez votre région". J'ai toujours refusé, parce que ce n'est pas à nous de partir", raconte Adélaïde. 

Il a fallu qu'il mette mes enfants en danger de mort pour que je comprenne que je ne pourrais pas les protéger tout le temps

Adélaïde

à franceinfo

En quelques heures, la jeune femme décide de partir, loin, avec ses enfants : "Malheureusement, il a fini par trouver mon logement avant le départ. Après une course-poursuite des plus violentes, j'ai fait appel aux services de police, mais en vain. J'ai attendu une heure et quart, ils sont venus, ils n'ont pas interpellé la bonne personne et ils sont repartis."

Des victimes qui créent leur propre réseau d'entraide

Ces deux femmes se sont créées leur propre réseau d'entraide, quitte à assurer elles-mêmes une permanence téléphonique les unes pour les autres. "Vous imaginez pyschologiquement ce que ça représente pour nous, victimes, de voir un numéro s'afficher sur le téléphone, et de ne pas savoir dans quel état est la femme à l'autre bout ?", s'indignent ces victimes.

Les deux femmes n'iront pas manifester à Paris, lassées de ce qu'elles qualifient "d'inaction" des pouvoirs publics et des grandes associations. Aujourd'hui, disent-elles, "on ne vit plus, on survit".

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