Fin envisagée du retrait de point pour les "petits excès de vitesse" : joie des automobilistes, inquiétude des associations de prévention routière

Fini le point en moins si vous êtes à moins de 5 kilomètres au-dessus de la vitesse autorisée ? La réflexion lancée par le ministère de l’Intérieur suscite des réactions mitigées, entre enthousiasme et indignation.

Article rédigé par
Sandrine Etoa-Andegue, Farida Nouar - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Les "petits" excès de vitesse ne seront peut-être plus sanctionnés par un retrait de point sur le permis de conduire (illustration). (LAURENT WATRIN / RADIO FRANCE)

Le ministère de l’Intérieur a annoncé mercredi 25 mai réfléchir à ne plus retirer de points "si vous êtes à 5 km/h au-dessus" de la vitesse autorisée. Les amendes sanctionnant ces infractions seront en revanche conservées. Pour l'instant, il s'agit d'une réflexion, il n’y a ni calendrier, ni expérimentation prévus à ce stade.

Mais déjà l'association 40 millions d'automobilistes se réjouit d'un message qui va dans le bons sens, selon elle.

Il y a un mois, elle est montée au créneau pour demander plus de souplesse car près de 6 PV sur 10 concernent des excès de vitesse inférieurs à 10 km/h au-dessus de la limitation. En 2020, sur les 12,5 millions de contraventions envoyées pour des excès de vitesse contrôlés par des radars, 58% concernaient des excès inférieurs à 5 km/h, confirment les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Une décision dans le bon sens, pour certains

"On peut penser qu'il peut y avoir un risque que les Français, tout à coup, se disent : 'Cinq kilomètres heure en plus, je peux rouler !", concède Yves Carra, porte-parole de l’Automobile Club Association (ACA). "Pour couper court à ce potentiel risque", il propose d'expérimenter pendant un an ce non retrait de point pour les petits excès de vitesse. "Il ne faut pas oublier que si cette mesure est envisagée, c'est parce que 58% des Français sont pris à moins de cinq kilomètres heure". "On a souvent le nez rivé au compteur pour ne pas dépasser la limite qui passe de 70 à 50, à 30, etc. Et ça nous est tous arrivé de perdre un point par négligence. On n'est pas tout le temps en train d'essayer de flirter avec la limite pour gagner les petites secondes", souligne-t-il.

"En un jour, je peux perdre douze points", s’exaspère Moher, un automobiliste parisien qui a bien du mal à respecter les limitations de vitesse  et multiplie les petits dépassements.

"Déjà on galère avec le code de la route, avec la limitation, avec le stress de la conduite, avec les bouchons... On est confrontés tous les jours à la perte systématique des points."

Moher, un automobiliste parisien

à franceinfo

"C’est dur, renchérit Hakim, chauffeur de taxi. On a douze heures à faire sur la route". La fin du retrait de point sur les petits excès de vitesse serait donc une bonne chose pour lui. "J’aimerais bien qu’ils mettent 10km/h de tolérance", suggère-t-il en souriant.

Ne plus retirer de points sur le permis de conduire pour les excès de vitesse de moins de cinq kilomètres heure va aider "les personnes qui ne peuvent pas travailler sans permis de conduire", estime Jean-Baptiste Moreau, porte-parole de la majorité présidentielle et député de la Creuse. Jean-Baptiste Moreau évoque la situation des automobilistes de son département, très rural, où il y a "quelques gros rouleurs, je pense aux artisans, aux représentants. Ce sont des personnes qui ne peuvent pas travailler sans permis de conduire." Or pour ces automobilistes, le petit excès de vitesse est vite arrivé car "quand vous faites 70 ou 80 000 kilomètres par an, vous n'avez pas tout le temps le nez sur le compteur et vous êtes attrapé à un moment ou un autre."

Un très mauvais signal pour d'autres

À 225 kilomètres de là, dans la petite commune de Vauclerc, dans la Marne. Son maire, Jean-Luc Guillot, voit tout ça d'un très mauvais œil. Il a œuvré pour faire installer deux radars pour la sécurité de ses administrés et craint que les automobilistes appuient sur l'accélérateur. "Je pense que les Français seront moins sérieux. Ce qui permet d'être plus incisif, c'est quand même le retrait de point. Ça fait peur. Beaucoup plus que l'amende", assure le maire.

C'est un très mauvais signal envoyés aux automobilistes, appuient plusieurs associations comme la Ligue contre la violence routière. "Il est évident que nous sommes avec des mesures pleinement électoralistes, dénonce sa présidente, Chantal Perrichon. Il ne s’agit pas de montrer un intérêt quelconque pour la sécurité routière. Il faut mettre un genou en terre devant le lobby de la vitesse qui ne cesse de glapir que c’est une atteinte financière pour tous ceux qui ne respectent pas ou pour une minute d’inattention.

"Est-ce qu’il faut rappeler une énième fois que la vitesse est la première cause de morts sur la route ?"

Chantal Perrichon, présidente la Ligue contre la violence routière

à franceinfo

Pour Anne Lavaud de l'association Prévention Routière, une telle mesure serait comme une invitation à rouler plus vite au moment où les chiffres de la sécurité routière repartent à la hausse. "Pour nous, il n’y a pas de petits excès de vitesse. Il y a des vitesses maximales autorisées, ça veut dire que les autorités compétentes ont analysé l’accidentologie sur les territoires en question. S’il y a un choc avec un piéton, à 30 km/h, les blessures les plus fréquentes sont des contusions légères et la probabilité d’être tué est à 15%. Si on est à 40 km/h dans le même cas de choc, le risque d’être tué est de 30%."  

Le permis à point a 30 ans, rappelle Anne Lauvaud. Un dispositif plutôt "salué, apprécié dans sa dimension pédagogique", insiste-t-elle.

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