"C'était comme si un croyant voyait Jésus" : Christian Page, le SDF vedette de Twitter, a retrouvé un logement

Ce sans-abri racontait ses galères sur Twitter. Dimanche 5 août, il a retrouvé un logement après trois ans passés dans la rue.  

Christian Page a passé trois ans dans la rue avant de retrouver un toit, le 5 août 2018. 
Christian Page a passé trois ans dans la rue avant de retrouver un toit, le 5 août 2018.  (FARID ADDALA, LEA COURONNEAU-FRIEDRICH / AFPTV / AFP)

S'il ne devait retenir qu'une sensation, ce serait la légèreté. Celle de pouvoir se balader sans porter sur le dos son sac de 25 kilos. Après un peu plus de trois ans passés dans la rue, Christian Page a retrouvé un logement, à Clichy (Hauts-de-Seine). Ce désormais ancien SDF s'était fait connaître en partageant sur Twitter son "journal de rue", où il relatait ses difficultés. Une petite notoriété qui avait conduit plusieurs médias, dont franceinfo, à en faire l'un des porte-parole des sans-abri, l'invitant à s'exprimer sur les dispositifs anti-SDF ou passant une nuit dans la rue avec lui.

Mais dimanche 5 août, tout a changé. Le téléphone a sonné. Au bout du fil, le travailleur social chargé de son cas. "Il y a quelques mois, je lui ai demandé d'arrêter de m'appeler s'il n'avait pas de logement à me proposer. Il a tenu parole", raconte Christian Page. 

"J'étais un nom sur une liste"

Ses nombreux passages dans les médias l'ont-ils aidé à retrouver plus facilement un toit ? "Pas du tout, assure cet ancien sommelier. J'étais un nom sur une liste et quand une place se libérait, je remontais." Le processus a pris trois ans, car, en bonne santé physique et mentale et sans enfant à charge, Christian Page n'était pas prioritaire. Mais lorsqu'il a appris la nouvelle, "c'était comme si un mec croyant voyait Jésus". À l'autre bout du fil, il fait fièrement écouter à franceinfo le bruit de ses clés flambant neuves. 

Mais Christian Page est loin d'oublier ses compagnons sans abri et les combats qu'il a menés en leur faveur. C'est même la première chose dont il parle. Le quadragénaire est intarissable sur les promesses à propos des SDF de chaque président depuis Mitterrand. Et s'il se réjouit d'avoir un toit, c'est d'abord parce que cela lui garantit de ne pas finir sur la liste du collectif Morts de la rue. Selon cette association, 510 SDF ont été retrouvés morts en 2017. "Plus d'un par jour, vous vous rendez compte ?" s'étrangle-t-il. 

Un studio d'une vingtaine de mètres carrés

Continuer à défendre ses compagnons de la rue, s'indigner de l'absence de mobilisation des artistes en faveur des SDF : aux yeux de Christian Page, cela importe plus que de parler de son nouvel appartement. On apprendra quand même que son petit studio, auquel il doit contribuer à hauteur de 15% de ses revenus, fait environ 20 mètres carrés et dispose d'une salle de bain. Soit un loyer de 80 euros par mois environ, qu'il aura à payer à partir de septembre. 

Ce dont il se réjouit le plus, c'est l'accès à l'hygiène. "Dans la rue, je me lavais tous les jours, mais je devais remettre les mêmes vêtements. Maintenant, je vais pouvoir accepter les habits que beaucoup de gens ont voulu me donner, et que je devais refuser jusqu'ici. Je vais pouvoir me faire une petite réserve de chaussettes et de slips !" 

L'autre révolution réside dans ces trois mots : "situation locative stable". Un Graal qui, il l'espère, lui permettra de refaire sa carte Vitale et d'entamer des démarches administratives. Né à Versailles, il avait tenté de récupérer son acte de naissance à la mairie lorsqu'il était à la rue : sans succès. "Je me suis fait virer deux fois, à cause de mon gros sac plein de couvertures", se rappelle-t-il. L'appartement, c'est aussi pour lui un accès retrouvé à la culture. Cinéma, bibliothèque, musée… À l'entrée, on lui opposait toujours un refus à cause de ce fichu sac. Mais, plus que tout, Christian Page espère que la justice le laissera désormais voir son fils. Que peut-on lui souhaiter pour la suite ? "Trouver quelqu'un qui m'aime."