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Vidéo Imams détachés : "Je propose de d'abord faire un tri au niveau international", déclare le recteur de la Grande mosquée de Paris

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La fin de la formation des imams à l'étranger fait partie des propositions du chef de l'État pour lutter contre le "séparatisme". Mais pour Chems-Eddine Hafiz, on ne peut pas mettre tous les imams détachés "dans le même sac".

Parmi les propositions d’Emmanuel Macron pour "s’attaquer au séparatisme islamiste" figure la fin des imams détachés, c’est-à-dire la fin du système de formation des imams à l'étranger envoyés par d'autres pays, comme la Turquie et l'Algérie.

>> Ecole à domicile "strictement limitée", formation des imams... Ce qu'il faut retenir des annonces d'Emmanuel Macron sur le "séparatisme islamiste"

Pour Chems-Eddine Hafiz, le recteur de la Grande mosquée de Paris, la fin des imams détachés "n’est pas réalisable" en quatre ans comme le voudrait le président de la République. Si "c’est un vrai problème", selon le recteur, il estime qu’il faut "d'abord faire un tri au niveau international, on ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac".

franceinfo : Emmanuel Macron a déclaré la fin des imams détachés, la fin des imams étrangers payés par les pays d'origine en quatre ans, est-ce réalisable ?

Chems-Eddine Hafiz : Non, ce n'est pas réalisable et je pense que le président de la République est conscient de cela. Il a fait un discours pour émettre un vœu et pour adresser un message à la population en disant que ce n'est pas normal qu'il y ait des imams détachés. C'est un vrai problème.

Aujourd'hui, à la Grande mosquée de Paris j'ai 120 imams qui viennent d'Algérie et moi je propose au président de d'abord faire un tri au niveau international. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac. Moi je pense que l'Algérie et le Maroc sont des partenaires de la France depuis de longues années et il faut aujourd'hui renforcer cette relation. Lorsque je vois un imam marocain ou algérien je n'ai pas peur parce que je sais que les discours qu'ils prononcent en France ne sont pas contre la France.

En revanche, d'autres pays importent - non pas des imams parce qu'ils ne peuvent pas - mais quelque chose de plus grave, de plus insidieux : un discours, une doctrine et c'est de là que se nourrit cet islamisme en France.

Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande mosquée de Paris

à franceinfo

Concernant les pays, tous ceux qui n'ont pas une communauté en France, ne doivent pas s'ingérer ici. Par exemple, lorsque la Ligue islamique mondiale [organisation basée en Arabie] est venue en France, elle a expliqué qu'elle représentait l'islam de France. Or, on connaît son histoire et il y a certains pays qui diffusent aujourd'hui encore par médias interposés des discours antisémites, contre la démocratie, un discours biaisé de l'islam. Et ceux-là, il faut les combattre.

Que proposez-vous pour faire vivre un islam des lumières, dans la République et libéré de ces influences étrangères ?

Il y a beaucoup de mesures à prendre. D'abord, mieux faire connaître notre religion. C'est indispensable. À nous musulmans, d'expliquer à notre pays ce qu'est véritablement l'islam. Imaginez que depuis le 11 septembre 2001 l'islam est presque synonyme de terrorisme, de violences, de tueries, de morts... Et ça me chagrine énormément. Il ne faudrait peut-être pas rencontrer les islamistes, parce que la rencontre est difficile à mettre en oeuvre, mais en tout cas faire passer des messages. Et les passer surtout à ceux qui les écoutent. Dès mon arrivée la mosquée de Paris, j'ai publié un fascicule qui s'appelle "Les 20 recommandations de la Grande mosquée de Paris en matière de prévention de la radicalisation".

Est-ce qu'il faudrait renforcer des programmes d'éducation civique par exemple au fait religieux, à l'école ?

Je crois que c'est d'abord nous, nos imams, nos théologiens, nos islamologues de s'exprimer, de prendre la parole, d'aller vers les musulmans et les non-musulmans à l'extérieur de la mosquée. Je suis en train de travailler avec mes imams pour pouvoir d'abord leur apprendre à s'exprimer parce que les imams ont toujours travaillé sur leur chaire, à l'intérieur d'une mosquée pour parler aux fidèles. Ils n'ont jamais fait cet exercice d'aller vers un citoyen français qui ne connaît rien à l'islam pour lui expliquer ce qu'est véritablement le message coranique. Ça, c'est la première mission et en même temps il faut qu'on aille au contact avec ceux qui aujourd'hui dévoient l'islam. Je suis en train de lancer avec Xavier Emmanuelli, le fondateur du Samu social, des universités populaires itinérantes à travers toute la France pour pouvoir aller véritablement expliquer.

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