Terrorisme : "Toutes les réflexions législatives efficaces doivent être sur la table" mais "dans le respect de l'Etat de droit", insiste Marlène Schiappa

La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté a rappelé qu'un projet de loi pour renforcer la laïcité sera présenté début décembre. 

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Marlène Schiappa, le 27 octobre 2020.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

"Toutes les réflexions législatives efficaces doivent être sur la table", a déclaré Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur chargée de la Citoyenneté, vendredi 30 octobre sur franceinfo au lendemain de l'attaque qui a fait trois morts à Nice. Alors que certains hommes politiques appellent à des lois d'exceptions, la ministre souligne l'importance du projet de loi pour renforcer la laïcité, qui doit être présenté début décembre et ajoute qu'il "est fondamental de rester dans le respect de l'Etat de droit."

franceinfo : Il y a eu hier une attaque à Nice, à Lyon cette fois un ressortissant afghan a été arrêté un couteau à la main, alors qu'il allait semble-t-il, passer à l'acte, et en Arabie Saoudite, un gardien du consulat français a été pris pour cible. S'agit-il d'attaques coordonnées contre la France ?

Marlène Schiappa : L'enquête et les différentes enquêtes doivent permettre de le dire. Mais la France est devenue la cible d'un certain nombre de personnes qui souhaitent manipuler les discours du président de la République. On l'a vu avec ce qui a été dit par le président Erdogan au sujet du président de la République et de la France. Vous avez des gens qui font croire à l'étranger et aussi à une partie de la population française, que le président de la République et le gouvernement s'en prennent aux musulmans, discriminent les musulmans, détestent les musulmans, en confondant musulmans et islamistes. C'est pour ça que le président dit à chaque fois "l'islamisme radical" pour bien désigner qui est la cible. Les millions de musulmans qui vivent dans le respect des lois de la République ne sont évidemment pas concernés par cela.

Une partie de la droite vous demande de mettre en place des lois d'exception aujourd'hui face aux islamistes. Allez-vous le faire?

Nous n'avons pas attendu, hélas, les derniers événements pour travailler sur un projet législatif. Le président de la République a présenté aux Mureaux, il y a plusieurs semaines, le projet de loi contre les séparatismes. Le fait de renforcer la loi, de pouvoir garantir une meilleure neutralité religieuse dans les services publics, y compris dans les délégations, de faire la transparence sur les financements des cultes y compris sur les financements étrangers, de mieux lutter contre les associations radicalisées, tout cela, nous l'avons déjà identifié. Nous sommes en train d'y travailler dans ce projet de loi que présenterons le 9 décembre prochain au conseil des ministres.

"Il est temps que la France s'exonère des lois de la paix" estime Christian Estrosi le maire de Nice. Vous êtes prêt, par exemple, à modifier la Constitution pour durcir l'arsenal ?

Je crois que toutes les réflexions législatives efficaces doivent être sur la table, à partir du moment où elles produisent une efficacité. Il ne s'agit pas de faire des lois pour faire plaisir aux législateurs ou aux observateurs, mais je crois que ce projet de loi contre le séparatisme et pour renforcer le principe de laïcité nous donnera un cadre important. Il est fondamental de rester dans le respect de l'Etat de droit parce que c'est aussi ça qui nous différencie des terroristes, c'est que eux n'ont aucun principe, aucune valeur, tuent, ne respectent rien, ne respectent pas la vie humaine alors que nous nous donnons un cadre et c'est par la loi que nous voulons avancer.

Le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, avant ce nouvel attentat, a dit que dans ce contexte de tensions, il n'était pas favorable à ce qu'on montre à nouveau les caricatures de Mahomet dans les écoles. Quelle est votre position?

Je crois que c'est facile quand on n'est pas enseignant, de dire "les enseignants doivent ou les enseignants ne doivent pas". J'ai beaucoup de respect pour le métier d'enseignant. Je suis d'une famille de profs. Mes parents, mes frères et sœurs et tous les membres de ma famille, à l'exception de moi-même, sont enseignants. Je crois que tout enseignant qui fait le choix de montrer les caricatures, parce qu'il donne un cours sur la République, un cours d'éducation civique et moral, parce qu'il parle de liberté d'expression, tous les enseignants qui font ce choix pédagogique doivent être soutenus et doivent être protégés parce que c'est leur liberté pédagogique et il faut le respecter. Je crois que si on s'amène à une forme d'autocensure en se disant "non, on ne va surtout rien montrer", cela voudra dire qu'on aura cédé à quelque chose. Encore une fois, en France, il y a une liberté d'expression. On a le droit de faire des caricatures, on a le droit de les montrer. On a aussi le droit de ne pas apprécier des caricatures, de ne pas avoir envie de les regarder et de pas avoir envie de les acheter mais on n'empêche pas les autres de le faire. Ça me semble assez simple et c'est le principe qui fonde la République française.

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