Pédophilie dans l'Eglise catholique : une journaliste affirme avoir prévenu le cardinal Barbarin

Dans "Histoire d'un silence", Isabelle de Gaulmyn revient sur l'affaire du prêtre Bernard Preynat, soupçonné d'avoir abusé de jeunes scouts entre 1972 et 1991.

Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, assiste à une messe, le 6 juillet 2016, au Vatican. 
Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, assiste à une messe, le 6 juillet 2016, au Vatican.  (MAXPPP)

Elle ne digère pas le silence de l'Eglise catholique française. Dans son livre Histoire d'un silence, qui paraît jeudi 8 septembre aux éditions du Seuil, la journaliste Isabelle de Gaulmyn revient sur l'affaire de pédophilie qui a ébranlé le diocèse de Lyon et l'Eglise de France, pour tenter de comprendre les raisons de cette chape de plomb. Mais aussi de faire quelques révélations. 

Dans une interview à L'Obs, cette rédactrice adjointe de La Croix affirme être celle qui a révélé au cardinal Barbarin les comportements pédophiles du prêtre Bernard Preynat. "En 2004, alors que j'étais en visite chez mes parents, un vieux prêtre de Sainte-Foy-lès-Lyon (...) me dit qu’il y a un 'gros dossier' de pédophilie autour de Bernard Preynat et me fait état de nombreuses rumeurs. J'en ai parlé ensuite au cardinal Barbarin", raconte la journaliste, qui a elle aussi fréquenté la troupe scoute du père Preynat. 

"L'Eglise est largement coupable"

L'archevêque de Lyon avait assuré avoir entendu parler un peu plus tard, en 2007, des soupçons pesant sur le prêtre accusé d'avoir abusé de jeunes scouts entre 1972 et 1991. "Lorsqu'il a avancé [cette date], cela m'a surprise, parce qu'à cette époque, j'étais à Rome, et on ne s'était jamais vus. C'était donc impossible", poursuit Isabelle de Gaulmyn. "Je me suis dit que je ne pouvais pas être la première personne à l'avoir averti, et effectivement ce n'est pas vrai."

Dans son ouvrage, la journaliste revient plus largement sur le poids du silence dont s'est rendue coupable l'Eglise catholique, selon elle. "Ma honte, c'est que l'Eglise ne se soit pas plus indignée. (...) L'Eglise est largement coupable et doit le reconnaître", dénonce Isabelle de Gaulmyn, qui met aussi en cause la communauté catholique dans son ensemble. 

Elle décrit ainsi son sentiment de culpabilité quand "un très bon ami de mon frère m'a appelée après une émission de radio à laquelle je participais pour me parler de ce qu'il avait vécu chez les scouts de Preynat". Cette ancienne scoute s'est alors souvenue de discours entendus ça et là : "J'avais, comme beaucoup d’autres, cette petite musique : 'Ah oui, c’est vrai, cet aumônier des scouts, quand on était jeunes, il aimait bien les garçons', sans jamais avoir su de choses précises. (...) Quelque part, nous savions, sans savoir."