Port du burkini dans les piscines : on vous explique la polémique autour de l'autorisation adoptée par Grenoble

Le conseil municipal de Grenoble s'est prononcé, lundi soir, en faveur de l'autorisation du burkini, mais aussi du monokini, dans les piscines municipales. Une décision qui divise au sein même de la mairie.

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Des manifestants rassemblés devant le siège de la métropole de Grenoble, pendant un conseil municipal au cours duquel devait être votée une autorisation du burkini dans les piscines municipales, le 16 mai 2022. (JEFF PACHOUD / AFP)

Le règlement des piscines publiques de Grenoble va changer. Le maire écologiste de la ville, Eric Piolle, a obtenu de son conseil municipal l'autorisation pour la baignade du port du burkini, des maillots couvrants (anti-UV par exemple) ou encore du monokini, lundi 16 mai.

Désormais remanié, le règlement intérieur impose le port du bonnet de bain et exige des maillots en "tissu spécifiquement conçu pour la baignade", avec des formes "ajustées près du corps" et un usage réservé à la piscine. Les tenues non ajustées "plus longues que la mi-cuisse" et les maillots de bain-shorts sont interditsLe texte, baptisé "Conditions et tarifs d'accès aux piscines municipales", doit entrer en vigueur dès le 1er juin. Franceinfo résume la polémique.

Que défendait le maire de Grenoble ?

Eric Piolle souhaitait voter l'autorisation du burkini et du monokini avant l'ouverture de la saison estivale, début juin. Il voulait ainsi revenir "à la loi et à la simplicité" en levant certains interdits vestimentaires

Sur franceinfo lundi matin, le maire de Grenoble avait en effet plaidé pour que "les femmes puissent se baigner seins nus comme les hommes, que l'on puisse porter des maillots couvrants pour se protéger du soleil, qu'on puisse exprimer à la piscine comme dans la rue ses convictions politico-religieuses".

Pour l'édile, il s'agit aussi de faire respecter la loi "extrêmement moderne" de 1905 sur la laïcité. "C'est juste une question d'égalité d'accès au service public", avait-il souligné auprès de 20 Minutes, le 3 mai, ajoutant que "ce changement de règlement des piscines devrait plutôt être vu comme un progrès social". Eric Piolle n'occultait par pour autant le "combat contre l'islam politique" mais il doit avoir lieu "à l'endroit où il le faut".

Le burkini est-il déjà autorisé dans les piscines d'autres villes ?

Deux communes, au moins, autorisent le burkini dans leurs piscines : Surgères (Charente-Maritime) ou Rennes (Ille-et-Vilaine). Dans son argumentaire, le maire grenoblois cite l'exemple de Rennes, qui a modifié le règlement intérieur de ses piscines en 2018. 

A l'époque, le conseiller délégué aux sports à la Ville de Rennes, Yvon Léziart, expliquait à Ouest France que le port du burkini (ainsi que le short pour les hommes) avait été autorisé "à condition que ces maillots respectent les conditions d'hygiène et de sécurité" et qu'ils soient "dans une matière, par exemple le lycra, compatible avec la pratique de la nage". Il assurait en outre que "le nombre de femmes nageant avec un burkini [était] de toute façon très faible à Rennes".

D'ailleurs, c'est uniquement au nom des conditions d'hygiène et de sécurité décrites dans les règlements internes des piscines municipales, et non au nom de la laïcité, que les mairies peuvent interdire le burkini, rappelle l'ex-rapporteur de l'Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène, à franceinfo. Car le principe de neutralité ne s'applique qu'aux agents du service public et non aux usagers.

Comment ont voté les élus grenoblois ?

Le vote a été serré, la délibération ayant été adoptée avec une courte majorité de 29 voix pour, 27 contre et deux abstentions, au terme de deux heures et demie de débats parfois tendus.

L'ancien maire de la cité iséroise, Alain Carignon, désormais dans l'opposition municipale, accusait son successeur de vouloir "isoler" la ville. Eric Piolle veut "favoriser le communautarisme pour des raisons électorales", avait-il fustigé au micro de RTL, lundi matin.

L'Etat a-t-il réagi au projet grenoblois ?

Le préfet de l'Isère, Laurent Prévost, a annoncé qu'il saisirait le tribunal administratif de Grenoble "par le biais d'un référé laïcité en vue d'en obtenir la suspension, en complément du déféré d'annulation". Ceci sur instruction du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

Pour Laurent Prévost, "cette délibération, dont l'objectif manifeste est de céder à des revendications communautaristes à visées religieuses, paraît contrevenir au principe de laïcité posé par la loi de 1905 ainsi qu'aux dispositions de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République".

Cette menace de porter l'affaire devant la justice administrative n'inquiète pas Eric Piolle, également visé par des attaques de l'exécutif, dont Jean-Michel Blanquer et Gérald Darmanin. "J'ai hâte que le gouvernement nous explique en quoi, dans une piscine, on devrait masquer tous nos signes religieux", a-t-il rétorqué, lundi matin.

Quelles oppositions rencontre Eric Piolle ?

Le président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, a rapidement réagi au vote du conseil municipal, accusant Eric Piolle d'"acter définitivement sa rupture avec la laïcité et les valeurs de notre République". Il a également promis de supprimer toute subvention publique à la ville.

Une position partagée par au moins 42 conseillers départementaux (sur un total de 58), dont le président LR du conseil départemental, Jean-Pierre Barbier, signataires le 10 mai d'une tribune contre l'autorisation du burkini. Ils déclarent dans ce texte "refuser de tolérer l'intolérance". Selon eux, le maillot de bain couvrant est un signe "d'oppression et d'infériorité de la femme", "un outil au service d'une idéologie (...) qui, derrière la simple question vestimentaire, vise à banaliser les préceptes islamistes."

À gauche aussi, la mesure n'a pas convaincu tout le monde. Le président de la métropole, Christophe Ferrari (divers gauche), s'inquiétait des conséquences d'une éventuelle adoption : "Demain, nous allons sans doute être confrontés, dans les piscines de l'agglomération, à des manifestations pour nous demander de faire la même chose qu'Eric Piolle. Le maire de Grenoble ne peut pas ne pas nous écouter."

Les élus d'opposition ont quant à eux fait part de leur vive déception et annoncé des recours "dès demain" pour obtenir son annulation. "Vous portez une responsabilité très grave", a lancé l'ancien maire de droite Alain Carignon avant de quitter ostensiblement le conseil municipal avec son groupe en signe de protestation.

Quant au député LR Eric Ciotti, il a déposé lundi à l'Assemblée nationale une proposition de loi visant à interdire le burkini dans les piscines publiques au nom de la laïcité pour ne pas laisser les maires réglementer entre "pressions communautaires fortes" et "raisons idéologiques".

Comment les défenseurs du burkini se sont-ils activés ?

L'association Alliance citoyenne, qui se présente comme un "Syndicat de citoyens et citoyennes engagées contre toutes les injustices dans la cité et pour la démocratisation des services publics", publie le 11 mai une tribune de soutien dans la section des blogs de Mediapart. Titrée "En mai, mets ce qu'il te plaît !", elle est signée par 113 personnalités dont la militante féministe Caroline De Haas, l'historienne Mathilde Larrère ou l'élue écologiste au Conseil de Paris Alice Coffin.

Pour les signataires, "les femmes musulmanes ont autant leur place à la piscine" que les autres citoyens et "personne ne doit être stigmatisé·e jusque dans les bassins en raison de son choix de maillot".

Depuis 2019, l'association Alliance Citoyenne avait déjà organisé plusieurs opérations dans les piscines grenobloises en faveur du port du burkini. A l'été 2021, la ville de Grenoble avait dénoncé des "provocations déplorables". Eric Piolle avait écrit au Premier ministre, Jean Castex, pour demander à l'Etat de prendre position sur les tenues autorisées ou non à la piscine. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait accusé l'association de faire "pression sur les pouvoirs publics pour promouvoir des règles compatibles avec la charia", précisait à l'époque Le Parisien.

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