Burkini dans les piscines : "On se battra autant pour le topless que pour le maillot couvrant", assure une association musulmane de Grenoble

La municipalité écologiste de Grenoble doit voter ce lundi l'autorisation du port du burkini dans ses piscines municipales. La mesure est contestée à droite mais aussi au sein de la gauche. 

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La ville de Grenoble s'apprête à voter l'autorisation du burkini dans ses piscines municipales. (EVE MOULINIER / MAXPPP)

Et si le burkini était autorisé dans les piscines municipales de Grenoble ? La municipalité grenobloise, écologiste, se penche lundi 16 mai sur son autorisation lors du conseil municipal. Plus globalement, un vote est porté sur le règlement des piscines municipales concernant les tenues vestimentaires, tels que le monokini et burkini. 

Si le maire EELV, Éric Piolle, l'avait promis de longue date, le sujet va donc être remis sur la table avant l'ouverture estivale des piscines municipales, mi-juin. La demande émane d’une association de femmes musulmanes. Plusieurs d'entre elles ont été expulsées d’une piscine municipale de Grenoble à cause de leur tenue.

"Tenue décente" et "attitude correcte"

Porter le burkini, ce maillot de bain couvrant de la tête jusqu'au pied, n'est effectivement pas autorisé. "C'est comme une combinaison de surf, avec une capuche pour couvrir les cheveux, en matière lycra pour comme n'importe quel maillot de bain", explique Meya, une musulmane grenobloise à l'origine de cette demande au maire de la ville.

Concrètement, il s'agit de modifier le règlement intérieur des piscines municipales, notamment son article 12 qui exige des usagers une "tenue décente" et "une attitude correcte". Pour l'heure, le texte requiert que les baigneurs soient vêtus d'un maillot de bain recouvrant "au minimum la partie située entre le haut des cuisses et la ceinture et au maximum la partie située au-dessus des genoux et au-dessus des coudes". Ces précisions pourraient sauter dans le texte remanié, car, pour le maire de Grenoble, les restrictions introduites il y a dix ans se résument à "des injonctions sur le corps des femmes". 

"Supprimer la notion de longueur de maillot de bain permet en même temps d'autoriser le topless, ajoute Meya. On se battra autant pour le topless que pour le maillot couvrant car ce que l'on défend avant tout, c'est la liberté vestimentaire des femmes."

Un "progrès social" selon la mairie

Eric Piolle, quant à lui, souhaite banaliser cette modification du règlement des piscines : "Nous voulons un progrès social pour que les femmes puissent venir se baigner et que les maillots couvrants, que ce soit pour se protéger du soleil ou pour une raison religieuse, soient autorisés."

"On se fiche de savoir si c'est pour se protéger du soleil ou pour une raison religieuse. Cela ne nous regarde pas."

Eric Piolle, maire EELV de Grenoble

à franceinfo

Ce projet de délibération a vite déclenché une tempête politique. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, menace de ne plus accorder la moindre subvention à une ville qu'il considère "soumise à l’islamisme".

La classe politique déchirée

De son côté, le leader de l'opposition de droite grenobloise, Alain Carignon, estime que la ville est "une sorte de cobaye" : "Eric Piolle fait de Grenoble une capitale de l'islamogauchisme. Il y a une danger politique avec les islamistes et Eric Piolle, d'une certaine manière, en est complice. Nous lui demandons de retirer cette délibération. Je ne vois pas en quoi le burkini et le voile participe à la liberté des femmes.

À gauche aussi, la mesure fait aussi grincer des dents. Sur 49 maires au sein de la métropole, 40 ont demandé officiellement au maire de Grenoble de renoncer. Le président de la métropole Christophe Ferrari, divers gauche et favorable à la Nupes, a peur des suites que cela pourra provoquer : "Demain, nous allons sans doute être confrontés, dans les piscines de l'agglomération, à des manifestations pour nous demander de faire la même chose qu'Eric Piolle. Le maire de Grenoble ne peut pas ne pas nous écouter." Le vote, prévu à 15h ce lundi, à la mairie de la ville s'annonce sous haute tension.

Dimanche soir, le préfet de l'Isère a annoncé qu'il saisira le tribunal administratif en cas d'adoption de la délibération par le conseil municipal. Selon lui, autoriser le burkini "paraît contrevenir au principe de laïcité". 

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