"Mon voile n'a aucune fonction politique" : la dirigeante voilée de l'Unef répond aux critiques de Collomb et Schiappa

Le ministre de l'Intérieur avait jugé "choquant" que Maryam Pougetoux, présidente du syndicat étudiant à l'université Paris IV, porte le foulard.

La présidente de l\'Unef à l\'université Paris IV, Maryam Pougetoux, dans une vidéo prise le 2 mai 2018.
La présidente de l'Unef à l'université Paris IV, Maryam Pougetoux, dans une vidéo prise le 2 mai 2018. (AFP)

Sujet de nombreux commentaires depuis une semaine, Maryam Pougetoux y répond pour la première fois. Après l'apparition de la présidente de l'Unef à l'université Paris IV, musulmane et voilée, dans un reportage de M6 diffusé samedi 12 mai, plusieurs responsables politiques, dont le ministre Gérard Collomb et la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa, avaient critiqué le fait qu'une femme portant le foulard tienne de telles fonctions au sein du syndicat étudiant. "Mon voile n'a aucune fonction politique", assure Maryam Pougetoux dans une interview à Buzzfeed, dimanche 20 mai.

"C'est ma foi. Après, oui, c'est visible, mais ce n'est pas pour autant du prosélytisme, assure l'étudiante de 19 ans. Je dois presque me justifier de mon choix alors que je ne devrais pas." Elle dit avoir été surprise de l'ampleur prise par la polémique.

C'est assez grave, je ne m'attendais pas à ce que cela monte aussi haut et que cela devienne presque une affaire d'État. C'est assez pathétique de la part d'un ministre de l'Intérieur d'avoir de tels propos, aussi violents.Maryam Pougetouxà Buzzfeed

Vendredi, Gérard Collomb avait jugé le port du voile par la jeune femme "choquant", y voyant un signe de "prosélytisme".

Elle dénonce "un problème dans un Etat de droit"

De son côté, la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, avait condamné les attaques personnelles dont a fait l'objet la jeune femme sur les réseaux sociaux, mais aussi questionné la place d'une femme voilée dans un syndicat étudiant. "J'y vois une marque de promotion de l'islam politique, avait-elle estimé. Est-ce que c'est ce que promeut l'Unef ?"

"Je réfute le fait que l'on puisse dire que mon voile est un symbole politique. On lui donne une signification que moi-même je ne lui donne pas", répond l'intéressée à Buzzfeed. Elle regrette le "oui, mais" souvent opposé, selon elle, aux femmes voilées s'engageant en France : "Lorsque nous revendiquons, lorsque nous nous engageons, on nous dit que nous n'avons pas le droit. (...) Selon moi, ce 'mais' pose un problème dans un Etat de droit."

C'est un commentaire sur les réseaux sociaux de Laurent Bouvet, cofondateur du mouvement Printemps républicain et membre du Conseil des sages de la laïcité, qui avait marqué le début de la polémique. Il voyait en Maryam Pougetoux un symbole du renoncement de l'Unef au combat laïque et féministe. La présidente du syndicat, Lilâ Le Bas, a défendu la militante : "L’Unef n’est pas un syndicat athée. Il est ouvert à l’ensemble des étudiants. Chacun à sa place à l’Unef", avait-t-elle déclaré à franceinfo.