Mère voilée prise à partie dans un conseil régional : le gouvernement affiche ses divisions sur le port du voile

Le flottement de la majorité sur le voile révèle une certaine fragilité idéologique de la République en marche, dont les membres ont des passés et des visions politiques qui ne sont pas les mêmes.

Femmes voilées en France, photo d\'illustration.
Femmes voilées en France, photo d'illustration. (ALEX BAILLAUD / MAXPPP)

Le débat sur le voile a été relancé par l'attaque vendredi 11 octobre d'un élu du Rassemblement national contre une mère voilée qui accompagnait des élèves de Belfort, venus assister à une séance plénière du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, à Dijon.  

Plusieurs ministres ont réagi en condamnant cette attaque de Julien Odoul. En revanche, sur la question du voile et plus largement de la laïcité, des idéologies différentes se dégagent au sein de La République en marche. Et les clivages classiques entre la gauche et la droite se retrouvent.  

Pour l'aile gauche, la présence de mères voilées lors des sorties scolaires est un signe "positif"

Sibeth NDiaye était sur le plateau de Dimanche en politique sur France 3, le 13 octobre. Sa position, c'est qu'il est "positif" que les mères voilées accompagnent les sorties scolaires. Elle s'en explique : "Je suis mère de famille. J'ai eu des enfants qui étaient scolarisés en Seine-Saint-Denis. En Seine-Saint-Denis effectivement, il y a beaucoup de femmes voilées. Les sorties scolaires auxquelles j'ai participé ont toujours été des moments plutôt positifs parce des femmes comme moi et des femmes voilées, qui ne vivent pas forcément dans des univers identiques, se rencontrent et peuvent échanger."  

Sibeth Ndiaye est la porte-parole du gouvernement mais sur le sujet, elle ne parlait qu'en son nom.  

Sur les réseaux sociaux, Cédric O, secrétaire d'État chargé du Numérique apporte également son témoignage d'enfant à Villeurbanne, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Il s'y souvient des sorties scolaires accompagnées par des mères voilées "sans aucun prosélytisme".   

Pour l'aile droite, le voile n'est "pas souhaitable"  

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, s'est montré clair sur la question sur BFM. Il estime qu'il est préférable de demander aux mamans d'enlever leur voile. "Le voile en soi n'est pas souhaitable dans nos sociétés. Ce n'est pas quelque chose d'interdit mais ce n'est pas quelque chose non plus à encourager. Ce que ça dit sur la condition féminine n'est pas conforme à nos valeurs, tout simplement."  

Même écho chez le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, sur franceinfo lundi 14 octobre : "Le voile n'est effectivement pas souhaitable. Ce n'est pas la société que nous souhaitons. Je veux une Nation qui soit fidèle à notre culture de l'égalité entre les femmes et les hommes. Et je souhaite une Nation dans laquelle la loi de la religion ne l'emporte jamais, jamais, jamais sur la loi de la République."  

L'arbitrage à la tête de LREM se fait attendre  

En effet, ni le Premier ministre, Édouard Philippe, ni le président, Emmanuel Macron, ne se sont encore exprimés sur le sujet. Un grand discours d'Emmanuel Macron sur la laïcité est promis depuis longtemps mais n'a finalement jamais été prononcé. On en est réduit à assembler des prises de paroles disparates, comme lors du Grand débat, d'un échange avec des intellectuels ou encore quand le président rencontre les représentants des cultes.  

Interrogé en avril 2018 sur le sujet lors d'une émission télévisée, le président avait toutefois expliqué pourquoi, selon lui, les Français n'aiment pas le voile : "Pourquoi cela nous insécurise ? C'est que ce n'est pas conforme à la civilité qu'il a dans notre pays c'est-à-dire au rapport qu'il y a entre les hommes et les femmes dans notre pays. Donc nous ne comprenons pas qu'il y ait cette différence, cette distance, cette séparation. C'est ça un peu le voile." À l'époque le président de la République  se prononçait toutefois pour qu'il soit "permis" aux mamans voilées d'accompagner les sorties.