Tarascon : quatre questions sur l'évasion d'un détenu grâce à un commando lourdement armé

L'individu, détenu à Béziers (Hérault) pour des faits de vol aggravé, s'est évadé alors qu'il devait comparaître devant le juge d'instruction au tribunal de Tarascon (Bouches-du-Rhône). 

Un membre de la police technique et scientifique intervient devant le tribunal de Tarascon, où un détenu s\'est évadé avec un commando armé, le 28 janvier 2019. 
Un membre de la police technique et scientifique intervient devant le tribunal de Tarascon, où un détenu s'est évadé avec un commando armé, le 28 janvier 2019.  (GERARD JULIEN / AFP)

Il a fait irruption devant le palais de justice. Un commando armé a attaqué une escorte pénitentiaire, lundi 28 janvier au matin, devant le palais de justice de Tarascon (Bouches-du-Rhône). Objectif : faire évader un détenu qui devait être conduit devant un juge d'instruction. Les trois agents de la pénitentiaire ont été blessés et les individus, en fuite, sont activement recherchés.  

1Qui est ce détenu pas "particulièrement surveillé" ?

L'évadé, Lotfi B., ne faisait pas partie des détenus particulièrement surveillés dits "DPS", a indiqué le procureur Patrick Desjardins. Cet homme de 27 ans était écroué, en détention provisoire, depuis le 26 septembre 2017, "pour vol avec arme, vol aggravé, association de malfaiteurs".

Sur les 14 mentions de son casier judiciaire, "il y avait des faits parfois bénins, mais aussi du trafic de stupéfiants, et il était sans doute en train de monter en puissance", a précisé le procureur, ajoutant : "Quelqu'un qui est capable de mobiliser une équipe dont l'un des membres est équipé d'un fusil d'assaut, on est dans le haut du spectre de la délinquance."

Karim Terki, représentant CGT pénitentiaire, a déclaré à l'AFP : "Ce détenu avait déjà tenté de s'évader lors d'une précédente incarcération. L'administration est bien naïve, il a fait le gentil pendant des mois pour tenter de s'évader de nouveau."

2 Comment cette évasion a-t-elle été "préparée" ?

Selon Patrick Desjardins, "on est de toute évidence face à des individus qui ont préparé" cette évasion, alors que ce détenu de la prison de Béziers (Hérault), mis en examen pour des faits de vol aggravé, était convoqué chez le juge d'instruction au tribunal de Tarascon.

Vers 8h30, trois malfaiteurs "lourdement armés", selon l'administration pénitentiaire, ont fait irruption alors que le fourgon se trouvait devant l'entrée du tribunal de grande instance et que l'agent passager était sorti pour demander l'ouverture de la porte d'accès du bâtiment. Le détenu, menotté à l'arrière, a alors donné des "coups de poing" à la surveillante pénitentiaire à ses côtés et a réussi à s'enfuir alors que ses complices tiraient sur le véhicule, indique à franceinfo l'administration pénitentiaire. L’agent pénitentiaire sorti du véhicule pour sonner a, lui, reçu un coup de crosse.

Le conducteur du fourgon a été blessé par des éclats de verre. Ses collègues et lui sont "choqués psychologiquement" et sont entendus par les enquêteurs après avoir été pris en charge "immédiatement" par les pompiers. Une cellule psychologique a été mise en place "pour les fonctionnaires de greffe qui ont assisté à la scène", a précisé la garde des Sceaux.

3Qui sont ces individus "déterminés" à "faire libérer leur comparse"?

Les trois hommes, dont le visage était dissimulé, ont tiré des coups de feu "à de très nombreuses reprises", atteignant l'arrière du véhicule de l'administration pénitentiaire, ainsi que le pare-brise avant, sur lequel a été repéré "un impact à hauteur d'homme", a précisé le procureur lors de sa conférence de presse. Au moins 11 douilles ont été retrouvées sur les lieux, à l'arrière du palais, une de 9 mm, "sans doute l'arme de poing vue sur les images vidéos de l'attaque", et plusieurs de 5.52, du type fusil d'assaut, a précisé Patrick Desjardins.

"Il y avait de toute évidence une détermination absolue d'aller jusqu'au bout pour faire libérer leur comparse", a souligné le magistrat. Le commando est reparti "dans un premier temps à pied, mais, très vraisemblablement, dans un second temps, à bord d'un véhicule en voie d'identification".

"Le mode opératoire est très violent. Cela fait longtemps qu'on n'a pas vu une attaque de fourgon à l'arme automatique. C'est très choquant pour les agents, qui ont eu de très bons réflexes", pointe la direction de l'administration pénitentiaire. Membres du pôle régional d'extraction judiciaire et "spécialement formés" pour ces missions, ils n'ont pas fait usage de leur arme à feu.

4Comment les recherches se poursuivent-elles ?

Lundi à la mi-journée, l'arrière du palais de justice était encore bouclé. Un "plan de recherches" a été déclenché pour tenter de retrouver le détenu et ses trois complices, impliquant notamment les gendarmes des compagnies voisines. L'enquête a quant à elle été confiée aux policiers spécialisés de la police judiciaire de Marseille.