Plaintes contre le groupe Korian : "Mon père a perdu sa dignité là-bas", dénonce la fille d'un résident décédé

Elisabeth a perdu son père de 88 ans à Noël 2021, cinq mois seulement après son entrée dans un Ehpad du groupe Korian. Elle porte plainte mercredi pour "homicide involontaire", estimant que son décès est lié à la mauvaise gestion de l'établissement. 

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Une maison de retraite Korian à Mougins (Alpes-Maritimes), le 3 avril 2020.  (SEBASTIEN NOGIER / MAXPPP)

"Tous les jours durant lesquels il est resté là-bas, il nous disait 'sortez-moi de là, ils ne sont pas gentils'." Elisabeth a perdu son père, placé au sein de la clinique Clavette, près de La Rochelle (Charente-Maritime), à Noël. L'établissement est géré par le groupe Korian, qui détient des dizaines d'Ehpad en France. La famille de cet homme de 88 ans a donc décidé de porter plainte contre le groupe pour "homicide involontaire". 

D'autres familles ont décidé de faire la même chose. Ainsi, 30 plaintes ont été déposées mercredi 8 juin devant une douzaine de tribunaux, dont Versailles, Nantes, Pau, Marseille et Paris. La plupart sont déposées pour "maltraitances". Il s'agit de la première grande action collective contre Korian, après le scandale de la gestion des établissements de son concurrent direct, Orpea. 

Maltraitances physiques, psychologiques et morales

Elisabeth ne se pardonne pas d'avoir laissé son père dans cette maison de convalescence du groupe Korian, durant les cinq derniers mois de sa vie. "On porte cette croix sur nos épaules depuis parce qu'on a essayé de faire notre possible pour le sortir de là et on a pas réussi. Ça nous a traumatisés." "Au quotidien, sa famille a constaté des négligences et des maltraitances physiques, psychologiques et morales. On voyait qu'il était mal." Les indices s'accumulent à chaque visite pour les proches.

"Quand il sonnait pour aller aux toilettes, l'homme qui venait le bousculait, lui parlait mal. Il se faisait dessus et on ne venait pas le changer. Quand on rentrait dans la chambre, il y avait une odeur."

Elisabeth

à franceinfo

Le constat n'est pas seulement fait par la famille. Selon Elisabeth, les ambulanciers qui venaient chercher son père trois fois par semaine pour sa dialyse ont aussi relevé des dysfonctionnements. "Ils le trouvaient pas habillé et pas lavé, dans ses excréments depuis déjà plusieurs heures. À de nombreuses reprises, quand ils sont arrivés à 13h30, ils ont constaté qu'il n'avait pas eu son plateau repas." 

Le père d'Elisabeth voit donc son état se dégrader par ces conditions de vie. "On le voyait décliner de jour en jour. Papa a perdu sa dignité là-bas. Je l'ai vu pleurer ! Ce n'était plus vivable pour lui mais on n'avait aucune solution." Il est finalement hospitalisé après avoir fait une "fausse route" et décède le matin de Noël. "Normalement il avait quelqu'un pour le faire manger mais il était tout seul quand ça s'est passé."

Éviter que cette situation se reproduise

Face à tous ses éléments, la plainte apparaissait nécessaire à la famille d'Elisabeth. "Le groupe Korian est responsable !" Elle dit principalement attendre de la procédure des réponses de la part du groupe. "On fait cette action pour que le groupe Korian prenne conscience que les gens qu'ils emploient ne sont pas tous bien, peut-être par manque de personnel." 

L'autre objectif d'Elisabeth est aussi d'éviter ce calvaire à d'autres personnes. "Je ne veux pas que d'autres familles vivent ce que mon petit papa a vécu. Ce n'est pas humain." Elle s'est engagée auprès de son père à obtenir justice. "Un jour, en allant au cimetière voir papa [avec mes sœurs], on lui a promis sur sa tombe que ce qu'il a subi ne resterait pas impuni."

De son côté, le groupe Korian se dit "surpris" mais "répondra aux questions qui lui seront posées", affirme sur franceinfo son avocat, maître Emmanuel Daoud. Il explique ne n'avoir pas été contacté par maître Sarah Saldmann, l'avocate qui dépose ces 30 plaintes.

Plaintes contre le groupe Korian : "Mon père a perdu sa dignité là-bas", dénonce la fille d'un résident décédé, qui a porté plainte. Le reportage d'Agathe Mahuet.
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