Financement de l'aide aux personnes âgées : “L'important, c'est qu'il y ait le nombre suffisant de professionnels” estiment les directeurs d'établissements

Pascal Champvert, président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées, invité de franceinfo, mercredi 20 mai, estime que le secteur a besoin de "12 milliards d'euros par an" pour créer "des centaines d'emplois". 

L\'intérieur d\'une maison de retraite à Vigy (Moselle), le 13 janvier 2020.
L'intérieur d'une maison de retraite à Vigy (Moselle), le 13 janvier 2020. (CÉCILE SOULÉ / FRANCE-BLEU LORRAINE NORD)

"Il va falloir que les actes soient à la hauteur de cette grande ambition", a réagi sur franceinfo ce mercredi 20 mai Pascal Champvert, président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées, après les annonces du ministre de la Santé Olivier Véran sur une cinquième branche de la Sécurité sociale consacrée à l’aide à l'autonomie des personnes âgées : "Pourquoi pas", a répondu Pascal Champvert. "L'important, c'est qu'il y ait le nombre de professionnels payés correctement en établissement et à domicile", estime le président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées, pour qui l'effort à réaliser pour les personnes âgées "est de l'ordre de 12 milliards d’euros par an, en sachant que c'est des créations de centaines de milliers d'emplois".

franceinfo. Quelle est votre réaction après le discours d’Olivier Véran ?

Pascal Champvert. Il a mis la barre très haut, tant mieux. Il va falloir ensuite que les actes soient à la hauteur de cette grande ambition. Fort malheureusement, on en a déjà entendu, notamment en 2003, à la suite de la canicule.

Le gouvernement va proposer la création d'une cinquième branche de la Sécurité sociale pour faire face aux dépenses liées à la perte d'autonomie. Vous espérez que ça aille jusqu'au bout ?

Je préférerais qu'on parle des accompagnements de l'aide à l'autonomie et qu'on arrête de parler toujours de dépendance ou de perte d'autonomie puisqu'on est dans une logique radicalement différent il faut aussi qu’on change les mots parce que les mots sont porteurs de ce que nous voulons dire. Et si nous voulons penser nouvellement, il nous faut utiliser des expressions positives. Donc, parlons de l'aide à l'autonomie des personnes âgées. Que ce soit une cinquième branche de la Sécurité sociale, pourquoi pas ? L'important, c'est qu'il y ait le nombre suffisant de professionnels payés correctement en établissement et à domicile. Et il faut qu'il y ait une gouvernance qui soit aussi efficace que celle de la CNSA, la Caisse nationale de solidarité à l'autonomie.

Qu'est ce que vous attendez concrètement ?

Nous évaluons l’effort à faire d’ici la fin de l’année à 6 milliards d’euros. L'effort à réaliser est de l'ordre de 12 milliards d’euros par an, en sachant que c'est des créations de centaines de milliers d'emplois. Nous appelons les régions ensuite à aider à la formation des salariés que nous emploierons. Et puis, en créant des centaines de milliers d'emplois en établissement à domicile, on aide efficacement à la relance, à la lutte contre le chômage. En améliorant le bâti, on aide à la relance du bâtiment. Donc le secteur sera déterminant pour la relance de l'économie après cette période si difficile.

Est-ce que cette période peut changer les choses ?

Nous l'espérons. Le discours est fort, les actes devront l’être. Il faudra enfin entendre ce que tous les rapports disent depuis les années 2000. L'État avait promis qu'en 2012, il y aurait l'équivalent de 8 professionnels pour 10 personnes âgées en établissement et à domicile. Huit ans après, il faut aujourd'hui 10 professionnels pour 10 personnes âgées en établissement et l’équivalent à domicile.