Migrants à Calais : une "détermination de plus en plus grande"

La tension monte de plus en plus à Calais. En l'absence de centre d'hébergement - le gouvernement n'en veut pas - plus d'un millier de migrants campent un peu partout en ville et en périphérie. Leur espoir, leur obsession, c'est de rejoindre par tous les moyens la Grande-Bretagne pour y refaire leur vie.

(Migrants à Calais. © RF/Stéphane Pair)

 A Calais, les chiffres varient : 1.000 ou 1.500 migrants qui campent dans la ville ou aux abords.*** La plupart viennent d'Afrique de l'Est, du Soudan, d'Ethiopie, d'Erythrée et ils ont franchi les frontières des pays arabes, de la Grèce, de l'Italie, de la France pour finir ici à Calais, la porte d'entrée vers Londres. Une majorité d'hommes, une centaine de femmes et d'enfants en bas âge et beaucoup d'adolescents comme Samara, 17 ans. Il vient d'Erythrée et il est à Calais depuis 3 mois, où il vit dans un bois. La dernière fois ? "C’était hier. Tous les jours, j’essaie de passer dans des camions.  Ça dépend de la situation. S’il y a beaucoup de camions ou pas. Je tente jusqu’à trois fois par jour et je continuerai d’essayer de passer en Angleterre. C’est mon but. Si on veut, on peut".*

Grand Format | Migrants à Calais : une "détermination de plus en plus grande" - reportage Stéphane Pair
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"Ils voulaient monter dans les camions, les véhicules, les caravanes"

 

Cette obsession de l'Angleterre, c'est la clé pour comprendre la détermination, la prise de risque de ces migrants pour franchir le Channel . On a déjà vu ça par le passé, mais là, nous explique Gaël, un chauffeur routier à bord de son poids lourd, les migrants tentent le coup à n'importe quel moment et dans des endroits inédits jusque-là : "Ils coupent les bâches, ils essayent de rentrer. Maintenant, il y a beaucoup de policiers. Là-bas, il y a un parking de fret pour les camions, ils y vont aussi. Avec le retour de vacances des Anglais, c’était la folie, ils étaient aux abords de l’autoroute, à vouloir monter dans les camions, véhicules, caravanes. Moi j’ai connu l’époque du camp de Sangatte, je n’ai jamais vu ça. Là, ils sont à bout. Ils veulent vraiment passer ."

500 à 1.500 euros pour un passeur

 

Et ils guettent. Ils guettent les poids lourds immatriculés en Grande-Bretagne et profitent du bon moment - lors des pleins d'essence ou sur des aires d'autoroute parfois loin de Calais - pour se cacher à l'arrière du camion, parfois entre les roues ou même sur le toit. Pour 500 à 1.500 euros payés par un tiers à l'arrivée à Londres, un "passeur" facilitera l'ouverture du camion et les complicités à Calais sont nombreuses explique Philippe Wanneson. Il milite auprès des exilés : "Les gens qui ferment les yeux dans le port, les gens qui emmènent en voiture sur des parkings en Belgique où ils y a moins de surveillance et où ils montent dans des camions qui reviennent sur Calais. Les conducteurs, ce ne sont pas des sans-papiers. Ce sont des Européens en général. "

Caméras et CRS supplémentaires

 

Depuis le début de l'année près de 7.500 clandestins ont été interpellés ici. Jamais peut-être la frontière entre la France et la Grande-Bretagne n'a été aussi sécurisée et étanche. Les grilles, les caméras autour de la zone transmanche sont plus nombreuses. La police des frontières, et, depuis cet été, trois sections de CRS se relaient dans le port.

"Il y a une agressivité et une détermination de plus en plus grande"

 

Mercredi dernier, une centaine d'entre eux ont tout de même pénétré dans la zone du port pour monter de force dans les ferries. Ils ont été repoussés : de nouveaux CRS sont arrivés. A la pression des migrants répond celle de la police. Denis Robin, le préfet du Nord-Pas-de-Calais : "Il faut éviter que les migrants ne rentrent dans l’enceinte même du port.  Ça arrive de temps en temps. On demande aux ferries de lever les passerelles pour éviter qu’ils ne montent à bord. L’attitude des migrants change à Calais. Il y a une agressivité, une détermination qui est de plus en plus grande. La tâche des policiers est de plus en plus difficile. "

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Plus de policiers, plus de migrants, des associations qui gèrent la misère et les campements où s'entassent de plus en plus de recalés de l'exil vers l'Angleterre. Calais n'aura pas de centre d'hébergement d'urgence : le ministre de l'Intérieur n'en veut pas. Des solutions pour l'accueil de jour devraient voir le jour d'ici la fin de l'année. D'ici là, le nombre de migrants en provenance d'Afrique de l'Est, et qui ont déjà rejoint l'Italie, pourraient doubler à Calais.

Un collectif d'extrême-droite "Sauvons Calais" a annoncé une manifestation pour ce dimanche. La dernière avait été interdite. Des militants de gauche appellent à une contre-manifestation si jamais ce n'était pas le cas cette fois-ci.