Les opposants au mariage des homosexuels devant France Télévisions

Entre 1000 et 2000 manifestants ont tenté de perturber l'émission jeudi, en se regroupant devant le siège de France Télévisions. Objectif: montrer que leur mobilisation perdure.

Des opposants au mariage pour tous manifestent devant le siège de France Télévisions, le 28 mars 2013 à Paris, alors que le président de la République doit intervenir sur France 2 dans la soirée.
Des opposants au mariage pour tous manifestent devant le siège de France Télévisions, le 28 mars 2013 à Paris, alors que le président de la République doit intervenir sur France 2 dans la soirée. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

"Nous lui préparons un comité d'accueil, nous voulons qu'il nous voie", avait prévenu Frigide Barjot, la chef de file des opposants au mariage des homosexuels. L'appel lancé par son collectif La Manif pour tous à se rassembler devant le siège de France Télévisions jeudi 28 mars, à l'occasion de l'intervention télévisée du chef de l'Etat, a été entendu. Après leur manifestation de dimanche, les anti-mariage pour tous comptaient bien faire une démonstration de force. Objectif : prouver qu'ils restent mobilisés.

Un appel lancé sur les réseaux sociaux

Dès 18 heures, des centaines de personnes brandissant drapeaux et tee-shirts floqués des slogans de La Manif pour tous commencent à s'approcher du pont du Garigliano, devant le siège de France Télévisions, dans le 15e arrondissement de Paris. Tous ont répondu à l'appel lancé par le collectif opposé à la loi sur le mariage des homosexuels, après l'avoir reçu via Facebook et Twitter.

Les services de renseignement s'attendaient à plusieurs milliers de manifestants. Près de 700 membres des forces de l'ordre étaient donc mobilisés autour du siège de France Télévisions, ainsi qu'un hélicoptère qui survole la zone tout au long de l'émission. "Nous ne sommes pas 700 mais plus du double", confie plus tard l'un des membres de forces de l'ordre.

Un prolongement de la manifestation du 24 mars

Le quadrillage policier de la zone a un objectif clair : empêcher tout débordement comme ceux qui ont émaillé la manifestation du dimanche 24 mars. Du coup, des cordons de CRS empêchent les mécontents de se répandre dans les rues adjacentes au siège de France Télévisions. C'est d'ailleurs par l'une d'entre elles que François Hollande arrive à 19h30. Mais les huées de la foule, désormais composée de 1 000 à 2 000 personnes, redoublent de virulence lorsque les manifestants apprennent que le président vient d'arriver.

"On est venu faire le plus de bruit possible parce qu'il ne nous reste plus que ça !", déplore Christine, la quarantaine, accompagnée de ses cinq enfants armés de drapeaux roses et bleus. "On est là parce qu'on est méprisés, explique Gwenaëlle, 69 ans, la colère dans les yeux. La moindre des choses, quand on voit le monde qu'il y avait dimanche, c'est de faire un référendum sur cette loi absurde !"

La "manif" organisée quatre jours plus tôt est sur toutes les lèvres. Entre "les mensonges sur le nombre de manifestants" et "les enfants qui ont été gazés", les opposants au mariage pour les couples homosexuels veulent absolument capitaliser sur cette mobilisation sans précédent.

Hollande, cible numéro 1

L'objectif du soir est de faire un maximum de bruit en hurlant, criant, sifflant, chantant, avec l'espoir que ce vacarme soit entendu à l'antenne lors de l'intervention de François Hollande sur France 2. "Tu crois que ça marche ?", demande un adolescent à un des nombreux jeunes présents au premier rang, face aux CRS. Gêner François Hollande est l'objectif numéro 1. Chacun des slogans repris en chœur vise directement le chef de l'Etat : "François, ta loi, on n'en veut pas !", "Descends, François ! Descends !", ou encore "Hollande démission !"

Des membres de la Manif pour tous, opposés au mariage des homosexuels, devant le siège de France Télévisions pendant l\'interview de François Hollande sur France 2, le 28 mars 2013 à Paris.
Des membres de la Manif pour tous, opposés au mariage des homosexuels, devant le siège de France Télévisions pendant l'interview de François Hollande sur France 2, le 28 mars 2013 à Paris. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

"Tout ce qu'il montre, c'est son incapacité, se lamente Michel, 57 ans, venu avec son épouse, à la sortie du travail. Nous, on n'a rien contre les homos, mais là, il s'attaque à un des fondements de la France. S'il a un peu de courage, il reculera. Tout est possible."

Au milieu des slogans et des sifflets, personne n'écoute du coup l'interview présidentielle. Pas même lorsque le président parle du mariage des homos et déclare qu'il faut respecter le vote du Parlement. "Bien sûr que le Parlement doit être respecté, reconnaît Charles, 29 ans. Mais c'est un sujet trop sensible, qui n'est pas ce pour quoi Hollande a été élu. Il faut un référendum, point final."

Vers une radicalisation du mouvement ?

"Si, [jeudi] soir, nous n'avons pas de paroles fortes et d'annonce que le président va suspendre le texte", il "prend un risque majeur de débordements et de troubles graves", avait prévenu Frigide Barjot la veille. Le message est le même chez la plupart des manifestants présents devant France Télévisions. "Les gens en ont marre d'être raillés, traités d'homophobes et de réactionnaires, analyse Vincent, 34 ans. Alors qu'ils ne font que défendre les droits des enfants à avoir des racines."

Des mots durs résonnent. Dans les slogans, les journalistes sont traités de "collabos", certains manifestants prédisent des "émeutes" et même "une guerre civile". Louis-Joseph, la vingtaine échevelée, estime qu'il s'agit d'"un prétexte pour exprimer un ras-le-bol". "Frigide Barjot, c'est bien, mais ça suffit pas à ces gens", analyse un manifestant qui se présente comme "issu d'une vieille famille d'extrême droite". "On commence à lui reprocher qu'elle n'est pas assez frontale. Je pense que ça va se radicaliser."

C'est pourtant dans le calme, vers 21h30, que la foule s'est peu à peu dispersée, appelée à se diriger vers un camion-sono qui attend les manifestants place Balard, à 300 mètres de là, où Frigide Barjot doit s'exprimer. "De toute façon, c'est pas terminé !, prévient Madeleine, 66 ans. Tant que la loi n'aura pas été abrogée, on sera de plus en plus nombreux."