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Le mariage pour tous, une aubaine pour la droite en déficit d'attention

Des députés de l'UMP et de l'extrême droite tentent de profiter des débats sur le mariage des homos pour faire parler d'eux. 

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France Télévisions
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Le député frontiste Gilbert Collard au micro, sous le regard (au dernier rang) de Jacques Bompard et Marion Maréchal-Le Pen, le 15 janvier 2013 à l'Assemblée. (MAXPPP)

Ils sont férocement opposés à l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe, mais en débattre à l'Assemblée ne leur déplaît pas, bien au contraire. Quelques élus de l'UMP et de l'extrême droite sont bien décidés à profiter des discussions sur le mariage des homos, qui se sont ouvertes mardi 29 janvier, pour faire parler d'eux.

A leur tête, le député Jacques Bompard. A bientôt 70 ans, cet ancien cadre du Front national, qui n'appartient à aucun groupe parlementaire, aimerait attirer davantage l'attention. Pour ce faire, le président de la Ligue du Sud a déposé une série d'amendements, tous plus absurdes les uns que les autres, comme supprimer purement et simplement le mariage, légaliser la polygamie et l'inceste…

"Secouer le cocotier médiatique"

Jacques Bompard ne s'en cache même pas : "Je le fais par pure provocation. Sans vous, les journalistes, nous autres députés n'existerions pas. Si je fais ces propositions, c'est pour secouer le cocotier médiatique", s'amuse-t-il. Et ça fonctionne. Mardi 29 janvier, alors que s'ouvrent les débats parlementaires, une nuée de journalistes l'entoure pour le questionner dans la salle des Quatre Colonnes du Palais Bourbon. Et ses amendements, aussi farfelus soient-ils, feront l'objet de multiples articles.

A quelques mètres de là, dans l'immense salle des pas perdus qui jouxte celle des Quatre Colonnes, une autre forêt de caméras entoure un autre élu . Au milieu de la meute, le député d'extrême droite Gilbert Collard. Lui n'a pas eu besoin de faire de la provoc' dans ses amendements pour attirer les micros. "A chaque fois qu'il passe nous voir, c'est l'attroupement", constate une journaliste. Cette fois plus encore qu'à l'accoutumée. Notamment parce que le député du Gard a cosigné plusieurs amendements avec des députés UMP. Alors pour pouvoir le questionner, il faut jouer des coudes. Pour accentuer l'effet, Gilbert Collard joue l'homme pressé. Il fend la foule, feignant de n'avoir que quelques secondes pour répondre aux questions. En espérant qu'en rendant sa parole précieuse, elle sera plus écoutée et donc plus relayée.

"Des amendements pour faire peur… et faire parler d'eux"

Dans le même temps, Hervé Mariton, Philippe Gosselin et Henri Guaino font le job. Les deux premiers, principaux orateurs de l'UMP contre le projet de loi pour le mariage pour tous, passent de longues minutes au milieu des journalistes, répondent à des dizaines de questions et répètent des dizaines de fois les mêmes arguments –sans omettre de glisser quelques formules sarcastiques, toujours appréciées des journalistes.

Le député UMP Henri Guaino est salué par plusieurs collègues, le 29 janvier 2013. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Quant à Henri Guaino, c'est avec un amendement qu'il fait parler de lui : l'amendement n°4458, dans lequel il dit redouter "les flux d’étrangers qui pourraient vouloir venir se marier en France". Un vocabulaire plutôt étonnant de la part de l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, plus connu pour ses positions souverainistes et sa nostalgie du gaullisme que pour son discours anti-immigration. Même Thierry Mariani, chef de file des députés de la Droite populaire, reconnaît que "certains amendements font preuve d'une imagination un peu débordante"

Ce sont "des amendements atterrants, qui montrent le fond des idées de leurs auteurs", grince le patron des députés PS, Bruno Le Roux. "C'est une manière de faire peur, et de faire parler d'eux", regrette son collègue Patrick Bloche. "Henri Guaino espère peut-être être au mariage gay ce que Christine Boutin a été au Pacs. A l'époque, elle en a profité pour se révéler au grand public. Mais enfin, il pourrait avoir d'autres sources d'inspiration…", commente, un brin étonné, un député UMP et ancien ministre. Les débats dans l'Hémicycle devraient durer jusqu'au 10 février, nuits et week-ends compris. Le temps, pour les uns et les autres, de faire encore parler d'eux.

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