Des violences émaillent la seconde journée de manifestation contre le mariage des homos

Elle a rassemblé des milliers de personnes à Paris à l'appel de l'institut Civitas, proche des catholiques intégristes. Des mouvements royalistes et d'extrême droite se sont joints à la mobilisation, où des militantes féministes et des journalistes ont été roués de coups.

Manifestation de Civitas contre le mariage pour tous, le 18 novembre 2012 à Paris.
Manifestation de Civitas contre le mariage pour tous, le 18 novembre 2012 à Paris. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

HOMOPARENTALITE – Manifestants en soutane, brandissant des croix chrétiennes, scandant des slogans radicaux : la mobilisation contre le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux homosexuels s'est poursuivie, dimanche 18 novembre.

Elle a rassemblé des milliers de personnes à Paris à l'appel de l'institut Civitas, proche des catholiques intégristes. Des mouvements royalistes et d'extrême droite se sont joints au cortège, où des militantes féministes et des journalistes ont été roués de coups. La veille, un premier mouvement avait réuni plus de 100 000 personnes.

Des militantes féministes chassées et rouées de coups

Au début de la manifestation, dans le 7e arrondissement, des militantes du mouvement féministe Femen et des journalistes ont été pris à partie et certains roués de coups. "Une dizaine de militantes des Femen avaient décidé de faire une protestation pacifique et drôle, d'arriver habillées en nonnes avec des slogans humoristiques, et quand elles se sont avancées vers les manifestants, des types les ont pris en chasse, déchaînés", a raconté à l'AFP la journaliste et militante féministe Caroline Fourest. Elles ont pris des coups, de même que des journalistes qui les avaient filmées, raconte-t-elle.

"J'ai été tabassée d'abord parce que je filmais, ils m'ont mise à terre, mon bonnet est tombé, là ils m'ont reconnue et ils m'ont poursuivie, insultée et retabassée", a relaté Caroline Fourest, disant avoir "pris des coups dans les côtes, dans le genou et dans le poignet". Selon elle, les agresseurs étaient "une trentaine". "Ils ont insulté les militantes et juré d'aller se venger au centre des Femen, dont ils ont crié l'adresse", a-t-elle ajouté.

France 2

La sécurité de la manifestation était assurée par Hommage national, mouvement d'extrême droite, dont certains militants et autres groupuscules extrémistes, comme le Parti de France, se sont joints au rassemblement. "Il y avait aussi un petit cortège d'une vingtaine  de personnes des Jeunesses nationalistes qui dénotaient fortement avec leur look skinhead du reste des manifestants", écrit le blog Droites extrêmes du Monde.

Vallaud-Belkacem dénonce des "dérapages" extrémistes

Le gouvernement n'aura "aucune tolérance" à l'égard des violences "de l'extrême droite", a prévenu sa porte-parole, Najat Vallaud-Belkacem. "Il n'y a aucune place pour les agressions d'extrême droite dans notre pays", a-t-elle réagi, après avoir qualifié de "dérapage" le mot d'ordre "Non à l'homofolie" de Civitas. Elle s'est dite "profondément choquée" par les agressions de Caroline Fourest et des militantes de Femen. Cécile Duflot, la ministre du Logement, leur a manifesté son soutien sur Twitter.

Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a lui aussi réagi. "Je condamne fermement la lâche agression dont a été victime Caroline Fourest en marge de la manifestion Civitas et lui témoigne mon soutien contre la violence obscurantiste et imbécile", a-t-il dit. Anne-Yvonne Le Dain, députée PS de l'Hérault et vice-présidente de la région Languedoc-Roussillon, va demander la dissolution de Civitas au ministre de l'Intérieur.

Ambiance "France tradi" et slogans radicaux

Sur les banderoles en tête du cortège, on pouvait lire "Un papa, une maman, pour tous les enfants", "Le mariage = 1 homme + 1 femme" ou encore "La France a besoin d'enfants, pas d'homosexuels".

 

Manifestation de Civitas, le 18 novembre 2012 à Paris.
Manifestation de Civitas, le 18 novembre 2012 à Paris. (VINCENT DANIEL / FRANCETV INFO)

Parmi les manifestants, qui scandaient "Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'hétéros" ou "La France veut du boulot, pas le mariage homo", de nombreux jeunes, des enfants, mais aussi des retraités et des familles, brandissant drapeaux bleu-blanc-rouge, croix chrétiennes ou Vierge Marie. Une ambiance très "tradi", comme le rapportait notre journaliste Vincent Daniel, sur place.

"Notre objectif, c'est de mener une véritable bataille pour la sauvegarde de la famille et de l'enfant", a déclaré Alain Escada, responsable de Civitas. Et d'ajouter : "Le mariage homosexuel, c'est la boîte de Pandore qui va permettre que d'autres revendiquent le mariage polygame ou le mariage incestueux."

Comme la veille, une contre-manifestation des partisans du mariage pour tous était organisée place Saint-Michel, à Paris.

Contre-manifestation des partisans du mariage pour tous, le 18 novembre 2012 à Paris.
Contre-manifestation des partisans du mariage pour tous, le 18 novembre 2012 à Paris. (VINCENT DANIEL / FRANCETV INFO)

 

Contre-manifestation des partisans du mariage pour tous, le 18 novembre 2012 à Paris.
Contre-manifestation des partisans du mariage pour tous, le 18 novembre 2012 à Paris. (VINCENT DANIEL / FRANCETV INFO)

Ils battront à leur tour le pavé le 16 décembre, à l'appel de l'association Inter-LGBT (lesbiennes, gays, bis et trans).