Israël-Palestine : interdire les manifestations en France, une stratégie contestée

Deux manifestations pro-palestiniennes ont donné lieu à de violents affrontements à Paris et Sarcelles. Les rassemblements avaient pourtant été interdits par les autorités.

La police face à des casseurs à Sarcelles (Val-d\'Oise), dimanche 20 juillet 2014, après une manifestation pro-palestinienne interdite.
La police face à des casseurs à Sarcelles (Val-d'Oise), dimanche 20 juillet 2014, après une manifestation pro-palestinienne interdite. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

Unanime pour condamner les violences, la classe politique se divise sur la méthode : fallait-il interdire les manifestations pro-palestiennes organisées à Paris et Sarcelles (Val-d'Oise) ? Les deux rassemblements programmés samedi 19 et dimanche 20 juillet se sont soldés par de violents débordements.

Si le gouvernement défend la décision des autorités, des voix s'élèvent, y compris au sein du Parti socialiste, pour dénoncer cette décision, extrêmement rare. En 2012, à Paris, seules douze manifestations ont été interdites, pour 3 370 cortèges dans les rues de la capitale, rapporte Le Parisien.

La "frustration" des manifestants

Pour Manuel Valls, les débordements sont autant de preuves qu'il était nécessaire d'interdire les manifestations. "Ce qui s'est passé [samedi] à Paris, des débordements inacceptables, justifie d'autant plus le choix qui a été fait avec courage par le ministre de l'Intérieur d'interdire une manifestation", a assuré le Premier ministre dimanche. Une stratégie critiquée au sein-même de la majorité : "L'interdiction est venue nourrir une certaine radicalité", a affirmé le député PS de Seine-Saint-Denis Razzy Hammadi, évoquant une "erreur" du gouvernement.

"Interdire purement et simplement une manifestation de ce type, dans ce contexte d'extrême tension, ça ne fait qu'alimenter les frustrations, abonde Nabil Koskossi du collectif des habitants de Garges-Sarcelles, à l'origine de la manifestation interdite de dimanche, interrogé par francetv info. Le fait de ne pas accompagner les organisateurs donne du grain à moudre aux extrémistes de tout bord." Il explique s'être rendu sur place dimanche pour inciter les personnes présentes malgré l'interdiction à se disperser, et estime que les débordements sont liés à la présence dans la ville de la Ligue de défense juive.

"A partir du moment où un rassemblement est autorisé, l'ensemble des services d'ordre des organisations participantes sont là pour gérer les choses de manière responsable, explique à francetv info Didier Fagart, secrétaire général de l'association France Palestine Solidarité, qui n'avait pas appelé à manifester samedi ou dimanche. Là, les gens étaient livrés à eux-mêmes et à la moindre provocation ça dérape. Alors que si on regarde les deux dernières semaines, les manifestations autorisées à travers la France se sont déroulées sans problème."

Un encadrement moins compliqué pour les policiers

Sans problème, sauf à Paris, dimanche 13 juillet, où des heurts ont éclaté devant deux synagogues, conduisant la préfecture de police à interdire un autre rassemblement. Dans le cas de Sarcelles, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a lu un tract qui a justifié, selon lui, d'interdire la manifestation de dimanche : "Venez équipés de mortiers, d'extincteurs, de matraques... Venez nombreux, descente au quartier juif de Sarcelles." "Si l'on interdit, c'est qu'on avait des éléments, des renseignements précis, concordants, de risques de trouble à l'ordre public, ajoute Mohamed Douhane, secrétaire national du syndicat Synergie-Officiers. Je suis persuadé que si la manifestation avait été autorisée, les troubles auraient été encore plus importants."

"Dans ce cas-là, les policiers auraient dû faire face à des casseurs sur l'ensemble d'un parcours, confirme à francetv info Nicolas Comte, secrétaire général adjoint du syndicat Unité SGP Police-FO. Quand la manifestation est interdite, les éléments radicaux, qui seraient venus de toute façon, se rassemblent tous au même endroit. Le nombre de policiers ne change pas forcément, mais ça permet de canaliser les affrontements sur un seul secteur." Gérer des heurts serait donc plus facile pour les forces de l'ordre dans le cadre d'une manifestation interdite.

Des autorisations au cas par cas

Pour autant, les violences à Sarcelles et Paris ne signifient pas que toutes les futures manifestations pro-palestiniennes seront interdites en Ile-de-France. La préfecture de police a autorisé la tenue d'un nouveau rassemblement dans la capitale mercredi, affirme Le Monde. Motif : les organisateurs ne sont pas les mêmes, le service d'ordre est assuré. "C'est le Collectif national pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens qui déclare la manifestation, explique la préfecture à Metronews. Nous les connaissons, et nous savons qu'ils sont plus rigoureux sur la sécurité."

"On attend évidemment du monde, mais il n'y a pas de raison que ça se
passe mal, assure Didier Fagart, dont l'association est membre du collectif. Avec les organisations participantes, nous préparons le service d'ordre. Il ne faut pas que les débordements de Paris et Sarcelles occultent nos revendications : le cessez-le-feu, mais surtout la fin du blocus de Gaza." S'il se montre confiant, il appelle tout de même la préfecture à prendre ses responsabilités et à assurer la sécurité du défilé.