"Du pipeau politique" : le syndicat de police Alliance ironise sur un "énième rapport" sur les conditions de travail des policiers et gendarmes

Le secrétaire général du syndicat de police Alliance préfèrerait que des moyens financiers soient donnés à la police plutôt que de faire un "énième rapport", comme celui publié, mercredi, par une commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les missions et les moyens des forces de l'ordre.

Des policiers manifestent à Bordeaux (Gironde), le 19 avril 2019.
Des policiers manifestent à Bordeaux (Gironde), le 19 avril 2019. (NINA VALETTE / FRANCE-BLEU GIRONDE)

La commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les missions et les moyens des forces de l'ordre a publié un rapport, mercredi 10 juillet. Il dénonce la dégradation des conditions de travail des policiers et des gendarmes. Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat de police Alliance, était invité sur franceinfo, mercredi.

franceinfo : Quel est l'impact de ces conditions de travail sur le quotidien ?

Fabien Vanhemelryck : Nos conditions de travail sont plus que déplorables. Malheureusement, c'est encore un énième rapport. J'ai l'impression que les parlementaires découvrent nos conditions de travail alors que ça fait des années que ça dure. Ce genre de rapport a plutôt tendance à nous mettre en colère. Au lieu de faire des rapports, il faudrait enfin et une bonne fois pour toutes qu'ils votent un budget conséquent et faire en sorte que les moyens des policiers soient en adéquation avec la situation alarmante dans laquelle nous sommes. Les véhicules ne passeraient même pas le contrôle technique si c'était un citoyen lambda. Les locaux sont plus qu'insalubres avec l'évacuation des eaux usées et d'urine qui passent dans les vestiaires.

Que demandez-vous aujourd'hui ?

Il ne faut pas mettre quelques millions sur la table, mais quelques milliards. Il en va de la sécurité de nos collègues, mais aussi des citoyens. Les collègues achètent eux-mêmes le matériel pour se protéger parce que sinon ils ne l'ont pas. On est dans une situation très difficile, on l'a vu les derniers week-ends. Les collègues sont surexposés, surutilisés. Les moyens et le matériel sont aussi surutilisés et s'usent encore plus vite et on ne fait rien. Pour la réforme horaire, ça fait des lustres qu'on dit qu'ils ne peuvent pas continuer ainsi, avec un week-end sur six. On a proposé encore une nouvelle réforme horaire. Et que fait l'administration ? On fait des sites expérimentaux, ça va durer encore six mois et nous on attend le résultat. A chaque fois on expérimente, on essaye, mais on n'abonde ni en argent, ni en volonté forte.

Par quoi on commence pour améliorer le quotidien des forces de l'ordre ?

On fait un audit complet de la situation. On demande un plan d'urgence et on travaille dans des conditions décentes pour que les collègues puissent se sentir le mieux possible face à une situation de plus en plus difficile. Nous avons fait une forte mobilisation à Fontainebleau parce que le commissariat s'écroule. Et qu'est-ce qu'il se passe aujourd'hui ? On est encore à savoir si le nouveau commissariat va être à Fontainebleau ou à Avon, la commune d'à côté. Il faut quatre ou cinq ans pour construire un commissariat. Donc les collègues vont rester encore longtemps dedans. Il faut toujours qu'on se mette en colère pour se faire entendre. J'ai l'impression que c'est un constat d'échec. On envisage une nouvelle fois de faire une opération fermeture des commissariats et pas qu'un seul jour. Le gouvernement ne travaille que comme ça. À partir du moment où il y a un rapport de force, on commence à être écouté.