Violences au TGI de Paris : deux enquêtes ouvertes

Un prévenu, qui était jugé lundi au tribunal de grande instance de Paris, accuse un policier de l'avoir frappé dans l'enceinte du palais de justice, a appris mardi franceinfo de sources concordantes. Le policier mis en cause a également porté plainte.

Le tribunal de grande instance de Paris.
Le tribunal de grande instance de Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Un prévenu a porté plainte après avoir accusé un policier de l'avoir frappé lundi 23 juillet dans l'enceinte du tribunal de grande instance de Paris où il comparaissait, rapporte mardi 24 juillet franceinfo de sources concordantes. Une enquête a été ouverte pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique". Elle a été confiée à l'IGPN, la police des polices.

Le policier mis en cause accuse, lui aussi, le prévenu de l'avoir frappé. Le syndicat Alliance Police nationale en Île-de-France assure que le détenu s'est rebellé. Le policier a d'ailleurs porté plainte et une autre enquête a été ouverte, cette fois pour "violences volontaires et menaces de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique".

La Conférence du barreau de Paris a dénoncé, sur son compte Twitter, "des actes de violences policières inadmissibles", publiant une photo du prévenu, le visage tuméfié. "La Conférence constate, ce jour, des actes de violences policières inadmissibles, commises au dépôt dans l’enceinte du tribunal, sur un prévenu jugé en comparution immédiate. Cette situation est intolérable. La Conférence et le Bâtonnier ont saisi le président du TGI et le Procureur".

Le syndicat Alliance Police nationale dénonce une agression physique

Loïc Travers, secrétaire général du syndicat Alliance Police nationale en Île-de-France, a donné mardi au micro de franceinfo sa version des faits. "On est face à une situation de rébellion où notre collègue a répondu à une double agression physique", assure le syndicaliste.

Le syndicaliste est revenu sur le déroulé des événements : "Le 23 juillet, aux alentours de 19h20, notre collègue était chargé d'escorter un détenu aux toilettes. (...) Le détenu ne veut pas regagner sa cellule parce qu'il ne la trouve pas appropriée. Il dit qu'elle sent mauvais", a-t-il expliqué. "Notre collègue bien évidemment, force doit rester à la loi, lui demande de regagner sa cellule. (...) À ce moment-là, cet individu va tenter de porter un coup à la tête de notre collègue qui va le parer avec son bras et la violence va aller crescendo", a assuré Loïc Travers. 

Notre collègue va être pris par le colback au niveau du cou. Pour se défaire de l'individu qui finalement l'agresse, on est dans une situation caractérisée de rébellion, il va lui porter un coup pour le faire lâcher. C'est exactement ce qui s'est passéLoïc Traversà franceinfo

"Et en plus, une fois qu'il était maîtrisé, cet individu l'a menacé de mort en disant 'je vais te tuer'. Il ne faut pas inverser les rôles", a affirmé à franceinfo le secrétaire général du syndicat Alliance Police nationale en Île-de-France.

Loïc Travers a dénoncé le manque d'effectifs au tribunal de grande instance de Paris : "Il y a une chose qui est navrante dans le cadre de cette mission très particulière que les policiers font au TGI, la police de l'audience. Il devait y avoir 400 fonctionnaires à terme une fois le TGI opérationnel. Sauf qu'aujourd'hui, il en manque une centaine. C'est la seule chose que je déplore, c'est que notre collègue était seul et il n'aurait pas dû l'être" a-t-il dit. "Normalement, ce sont deux policiers à minima pour ce type de missions", a-t-il précisé.

L'inquiétude de la Conférence des avocats

De son côté, Maître Joris Monin de Flaugergues, secrétaire de la Conférence des avocats du Barreau de Paris, a estimé mardi 24 juillet sur franceinfo, sous réserve des enquêtes en cours, qu'"il y a une menace, assez forte, assez prégnante, qui pèse sur les personnes qui sont gérées par les services de police au sein du TGI de Paris", rappelant que deux affaires de violence ont eu lieu "à moins de deux semaines d'intervalle" dans ce nouveau tribunal.

Quelle que soit la virulence du client qui a comparu hier, quand on constate la gravité des blessures dont il a fait l'objet, ça nourrit une inquiétude particulièrement forte de la part de la conférence et du barreau de Paris.Maître Joris Monin de Flaugerguesà franceinfo

La ligne de défense du fonctionnaire de police, qui affirme avoir réagi à une tentative d'agression, n'a pas convaincu l'avocat : "Nous connaissons la difficulté qu'il peut y avoir lors du déferrement de certaines personnes qui s'apprêtent à être jugées", a-t-il concédé. "Pour autant, vous avez des fonctionnaires de police, des gardiens de la paix qui sont censés être formés pour cela, qui disposent de moyens, d'effectifs, suffisamment nombreux, en tout cas nous l'espérons, afin de s'assurer que ce genre d'événements puisse être contenu sans porter atteinte à l'intégrité physique des prévenus", a-t-il ajouté. 

Le secrétaire de la Conférence des avocats du Barreau de Paris a évoqué le contexte du déménagement récent du TGI de Paris et du transfert, à cette occasion, des services de déferrement et de gestion des prévenus de la gendarmerie à la police. "L'affectation des gardiens de la paix à cette fonction est censée être leur première affectation, ce sont de jeunes gardiens de la paix qui sortent de l'école de police", a expliqué Maître Monin de Flaugergues. "Nous ne sommes pas là pour remettre en question leur formation", a-t-il ajouté, indiquant néanmoins s'interroger, "parce que quand l'intégrité physique des prévenus est atteinte à ce point, ça porte atteinte à la sérénité des débats, ça porte atteinte aux droits de la défense".