Tariq Ramadan "demande que sa cause soit entendue de manière équitable, loyale, sans a priori et sans parti pris", rapporte son avocat

Me Emmanuel Marsigny, avocat de Tariq Ramadan, a expliqué, jeudi sur franceinfo, que l'islamologue dénonce "une différence de traitement" dans son incarcération.

Tariq Ramadan, le 9 avril 2012, au Bourget (Seine-Saint-Denis).
Tariq Ramadan, le 9 avril 2012, au Bourget (Seine-Saint-Denis). (JACQUES DEMARTHON / AFP)

"Tariq Ramadan ne demande qu'une chose, c'est que sa cause soit entendue de manière équitable, loyale, sans a priori et sans parti pris", a déclaré sur franceinfo jeudi 19 avril, son avocat Me Emmanuel Marsigny. L'islamologue est mis en examen pour "viols" et placé en détention provisoire depuis début février.

L'avocat va faire une demande de remise en liberté de son client, car il dénonce "le manque d’objectivité et une différence de traitement", par rapport, par exemple, à "Georges Tron, qui a été ministre de la République" et qui "comparaît devant les assises pour des accusations de viol et n’a pas fait un jour de détention."

franceinfo : L'état de santé de Tariq Ramadan, atteint de sclérose en plaques, "n'est pas incompatible avec la détention" s'il bénéficie des soins nécessaires. Comment réagissez-vous à cette expertise ?

Emmanuel Marsigny : Cette expertise médicale ne conclut pas à la compatibilité de son état de santé avec son maintien en détention, mais une compatibilité sous réserve qu’un protocole médical puisse être suivi. Toute la question est de savoir si l’administration pénitentiaire de Fresnes [dans le Val-de-Marne] va être en mesure de satisfaire à ces exigences.

Actuellement, a-t-il des séances de kiné ?

Non pas du tout, c'est très compliqué, en plus il est à l’isolement. Il doit voir un médecin plusieurs fois par jour, ce qui n’est pas le cas.

Votre client a toujours nié toutes relations extra-conjugales. Est-ce toujours le cas ?

C'est une présentation simpliste. Pour l’instant, Tariq Ramadan n’a été entendu que sur les plaintes de madame Ayari et sur cette femme prénommée, dans cette affaire, Christelle. Il n’a été entendu sur aucune autre relation qu’il aurait pu avoir. Il conteste les relations qui sont alléguées concernant les deux plaignantes. Concernant Marie, plus exactement Mounia, bien connue de la justice dans l’affaire du Carlton, il ne conteste pas l’avoir connue. Il a eu une relation avec elle qui n’est pas celle que cette femme a décrite. Tariq Ramadan réservera ses explications aux magistrats instructeurs lorsqu’ils décideront de l’entendre sur ces faits.

Si jamais son ADN est retrouvé sur la robe qui doit être expertisée. Allez-vous changer de stratégie de défense ?

Il n’y aucune stratégie de défense concernant Tariq Ramadan. Il fait l’objet d’accusations. Il s’en défend. Il répond. Monsieur Ramadan n’a strictement rien à cacher en ce qui concerne les accusations dont il fait l’objet. Ce n’est pas une stratégie que de répondre et de contester des faits dont vous êtes accusé alors que vous êtes innocent. Tariq Ramadan ne demande qu'une chose c'est que sa cause soit entendue de manière équitable, loyale, sans a priori et sans parti pris.

Allez-vous déposer une nouvelle demande de remise en liberté ?

Oui, elle sera motivée par cette expertise médicale qui vient confirmer sa maladie, contrairement à ce qu’avait dit le médecin de la Cour d’appel qui était allé jusqu’à remettre en cause la réalité de la pathologie dont il est atteint. Le problème se pose de savoir si les soins appropriés vont pouvoir lui être administrés. Et puis, les investigations qui ont été menées depuis son incarcération sont venues infirmer les accusations des deux premières plaignantes, notamment madame Ayari qui se plaint sur les plateaux de télévision que l’Etat français ne lui apporte aucune protection. Et bien c’est peut-être parce que les autorités ont pris connaissance des témoins qui ont demandé à être entendus et qui ont démenti les propos qu’elle a tenus. Et concernant Christelle, il y a beaucoup d’éléments qui ont démontrés que ce qu’elle racontait n’était pas possible.

Vous pensez que ces éléments doivent permettre la remise en liberté de Tariq Ramadan ?

Tariq Ramadan bénéficie, comme tout le monde, de la présomption d’innocence. Nous ne disons pas que le dossier doit se terminer demain par un non-lieu. Nous disons simplement que monsieur Ramadan peut sortir de prison pour participer à cette enquête qui s’avèrera longue et on ne voit pas pourquoi il serait en détention provisoire. On ne voit pas pourquoi Georges Tron, qui a été ministre de la République, comparaît devant les assises pour des accusations de viol et n’a pas fait un jour de détention. Monsieur Darmanin siège toujours au gouvernement et fait l’objet d’accusations de viols. Nous dénonçons le manque d’objectivité et une différence de traitement. Tariq Ramadan demande simplement que sa cause soit entendue équitablement et qu’on regarde simplement que l'on analyse froidement, sans aucun parti pris, les accusations dont il fait l’objet et leur pertinence.