Affaire Tariq Ramadan : la juge relève des incohérences dans la version de son accusatrice Henda Ayari

Cette première confrontation entre l'islamologue et la femme qui l'accuse de viol a duré plus de deux heures. 

Henda Ayari le 28 octobre 2017. 
Henda Ayari le 28 octobre 2017.  (YANN FOREIX / MAXPPP)

La confrontation très attendue entre Tariq Ramadan et Henda Ayari a duré, jeudi 19 juillet, plus de 2h30 dans le bureau de la juge d'instruction, a appris franceinfo de source proche du dossier. Il s'agit de la première confrontation entre les deux, depuis la plainte déposée en octobre pour viol. Tariq Ramadan a continué, lors de cette confrontation, à nier les faits. Ses avocats ont déposé jeudi, une nouvelle demande de remise en liberté de l'islamologue. 

Durant cette confrontation, la juge a pointé du doigt des incohérences dans les différentes auditions de la plaignante. Henda Ayari a donné deux dates différentes pour le viol dont elle se dit victime. Dans ses premiers souvenirs, le viol avait eu lieu en mars 2012, à l’hôtel Holiday Inn de la gare de l’Est, à Paris, avant de finalement revenir sur ses propos. Dans ses dernières déclarations devant les juges d'instruction, elle affirme que c'est en fait deux mois plus tard, le 26 mai, qu'elle a été violée, dans un autre hôtel parisien, le Crowne Plaza, place de la République.

Incohérences dans l'agenda d'Henda Ayari

Or, à cette date, le 26 mai, comme l’a révélé l’enquête de police, elle était au mariage de son demi-frère à Rouen, en Seine-Maritime. Mais, le rendez-vous au Crowne Plaza était bien inscrit sur son agenda, avec également un numéro de téléphone gribouillé. L’enquête des policiers a montré que Tariq Ramadan avait bien fait une réservation dans cet hôtel, avant de l’annuler.

Par ailleurs, Henda Ayari assure que ce jour-là, il pleuvait et que son brushing en avait pâti alors qu'elle sortait de chez le coiffeur. Les avocats de l'islamologue suisse affirment que selon Météo France, le soleil n'a cessé de briller ce 26 mai.

Elle n'est pas venue chez la juge en disant : 'Croix de bois, croix de fer, je suis absolument certaine que cela s'est passé le 26 mai'Francis Szpinerà franceinfo

"Cela ne change rien aux accusations", estime Francis Szpiner, l’avocat d'Henda Ayari. Selon lui, ces incohérences dans les dates ne sont que le "signe de son traumatisme". "Dès le départ Mme Ayari dit qu'elle n'est pas capable de donner la date, mais qu'elle essaye de trouver des repères", souligne son avocat.

Il insiste sur un autre point de l'enquête : "Les vérifications montrent autre chose, c'est que précisément ce 26 mai, M. Ramadan avait fait une réservation à l'hôtel Crowne Plaza. Et que Mme Ayari ne peut pas le savoir sauf si M. Ramadan lui avait donné ce rendez-vous qui a été annulé". Cela "contredit l'idée que M. Ramadan ne la connaît pas, ne l'a jamais rencontrée physiquement, et ne peut pas donc avoir eu avec elle des rapports sexuels violents", rajoute Francis Szpiner.

Les avocats de Tariq Ramadan réclament la libération de leur client

Les accusations d'Henda Ayari "s'effondrent", et Tariq Ramadan est "soulagé que l’enquête ait pu démontrer les mensonges", d'Henda Ayari, a estimé Emmanuel Marsigny, l'avocat de l'islamologue, contacté par franceinfo. "Une première version a été donnée. On a démontré que ce n’était pas possible. Puis, Mme Ayari a changé de date, de lieux, en donnant des documents censés attester ce qu’elle disait. Et de nouveau, il vient d’être démontré que ce qu’elle dit, la date du 26 mai est impossible, puisqu’elle était au mariage de son demi-frère. Il n’y a donc plus à ce jour ni de date ni de lieux", qui coïncident, selon l’avocat de Tariq Ramadan.

Il n’y a plus de dossier la concernantEmmanuel Marsignyà franceinfo

Tariq Ramadan a été mis en examen et placé en détention provisoire début février pour deux viols, après les dépôts de plainte de plusieurs plaignantes. Les avocats de l'islamologue ont déposé jeudi 19 juillet, une nouvelle demande de remise en liberté de leur client. Atteint d'une sclérose en plaques, Tariq Ramadan est "extrêmement malade, et il est impatient", de savoir si la justice va accepter cette nouvelle demande, assure son avocat.  

Le parquet a cinq jours pour rendre ses réquisitions. Ensuite, un juge d’instruction décidera soit de le remettre en liberté, soit de saisir le juge des liberté et de la détention, s’il n’approuve pas les réquisitions du parquet.

Emmanuel Marsigny a également écrit au juge le 15 juin 2018, pour faire une demande de démise en examen de Tariq Ramadan, une procèdure rare. Cette demande n'a pas reçu de réponse pour l'instant.