Mehdi Nemmouche : ce que les enquêteurs savent et ignorent encore

Après l’arrestation de Mehdi Nemmouche, vendredi à Marseille, l’enquête sur la tuerie du Musée juif de Bruxelles avance. De nouveaux éléments permettent d’en savoir plus sur le parcours du tueur présumé de 29 ans. Mais de nombreuses zones d’ombre subsistent encore, notamment autour de ce qu’il a conduit à sombrer dans un islam radical.

(Mehdi Nemmouche a été arrêté vendredi à Marseille en possession d'armes. Il est soupçonné d'être l'auteur de la fusillade au Musée Juif de Bruxelles le 24 mai dernier qui a fait quatre morts © AFP)

Une vidéo et des armes

Les éléments incriminant Mehdi Nemmouche dans la tuerie du Musée juif de Bruxelles, le week-end dernier, se multiplient. Après son arrestation, vendredi à la gare Saint-Charles de Marseille, les enquêteurs ont trouvé notamment une caméra de “type GoPro ” et une vidéo cachée dans le fichier d’un appareil photo. Dans cette dernière, le jeune homme de 29 ans revendiquerait l’attaque.

"L'auteur n'apparaît pas à l'image, mais sa voix semble être celle de Mehdi Nemmouche. Cette voix commente les images en expliquant que cette vidéo était réalisée car l'enregistrement en direct de la fusillade du Musée juif de Bruxelles par la caméra GoPro n'a pas fonctionné ", a précisé le procureur de la République de Paris, François Molins, dimanche.

Ont également été retrouvés dans un sac appartenant au tueur présumé, une Kalachnikov, une arme de poing, une centaine de cartouches, un “drap ” portant une inscription en arabe mentionnant l’”Etat islamique d’Irak et du Levant ” et “Dieu est grand ”. Tous ces objets pourraient “correspondre à ceux qui avaient été utilisés lors des assassinats commis à Bruxelles ”, a affirmé dimanche, François Molins.

Un passage en Syrie

Autre certitude pour les enquêteurs, le parcours de Mehdi Nemmouche depuis sa sortie de prison le 4 décembre 2012. Grâce à la lecture des visas sur son passeport, et malgré “une volonté manifeste de brouiller les pistes ”, ils ont pu reconstituer le trajet du suspect. Il est ainsi passé par Londres, Beyrouth ou encore Istanbul avant de gagner la Syrie pour rejoindre les rangs des combattants djihadistes de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL).

Puis en février 2014, Mehdi Nemmouche quitte Istanbul pour la Malaisie, Singapour et la Thaïlande. Le 18 mars 2014, il arrive en Allemagne, à Francfort, où il est contrôlé par les douaniers allemands. Après cette date, les autorités perdent une nouvelle fois sa trace.

Qu'a-t-il fait depuis son retour en Europe ?

Les enquêteurs ignorent en revanche ce qu’a fait Mehdi Nemmouche de mars 2014 au 24 mai, date de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. A-t-il bénéficié de soutiens ? Comment et quand a-t-il rejoint Bruxelles ?

On ignore également ce que le tueur présumé faisait à Marseille avant d’être interpellé vendredi, et ce qu’il comptait faire des armes retrouvées en sa possession. Depuis sa garde à vue, le suspect "est peu bavard, ne dit rien, invoquant le droit au silence, et se refuse à toute déclaration ”, a encore précisé François Molins dimanche. “Il se dit SDF, vivant en Belgique, notamment de vols et de vols de voitures. "

Comment s'est-il radicalisé ?

Autre zone d’ombre que les enquêteurs peinent pour l’instant a dissipé, le chemin qui a conduit Mehdi Nemmouche à se radicaliser. Qu’est-ce qui a conduit le tueur présumé à ouvrir le feu au Musée juif de Bruxelles le 24 mai, tuant trois personnes et en blessant grièvement une autre ?

Plusieurs témoignages, dont celui de membres de la famille de Mehdi Nemmouche, font état d’un changement de comportement depuis sa sortie de prison en décembre 2012. Son radicalisme religieux en détention avait d’ailleurs été signalé par l'administration pénitentiaire aux services de renseignement, mais son départ précipité à l’étranger a empêché toute mise en place de surveillance, a expliqué le procureur de la République.

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Est-ce en prison que le Français a “basculé”, décidant de passer à l’acte ? Ou est-ce lors de son passage en Syrie ? Les enquêteurs vont désormais s’attacher à établir le parcours détaillé du mis en cause et à “identifier son relationnel ”.