Renvoi du procès Heaulme : après 28 ans, les familles de nouveau confrontées à l'attente

Les parents des petits Cyril Beining et Alexandre Beckrich, tués à coups de pierres en 1986, prennent acte de la décision de la cour d'assises de la Moselle de renvoyer le procès après de nouveaux témoignages.

Gabrielle Beining, mère de Cyril, à l\'ouverture du quatrième procès du double infanticide de Montigny-lès-Metz, le 31 mars. 
Gabrielle Beining, mère de Cyril, à l'ouverture du quatrième procès du double infanticide de Montigny-lès-Metz, le 31 mars.  ( MAXPPP)

"On est venus pour rien." Le père de Cyril Beining, tué à coups de pierres avec son camarade Alexandre Beckrich le 28 septembre 1986 à Montigny-les-Metz (Moselle), fait ce constat amer, tout en restant très calme. L'annonce du renvoi du procès de Francis Heaulme pour le meurtre des deux enfants, mardi 1er avril, n'a pas été accueillie par la colère des familles des victimes. Seules quelques larmes ont été versées. Puis les parents ont discrètement quitté le tribunal, laissant à leurs avocats respectifs le soin de répondre aux médias. 

Les parties civiles ont toutes souscrit à la décision de la cour d'assises de renvoyer ce procès, le quatrième, vingt-huit ans après les faits. "J'ai le cœur déchiré, je suis l'avocat d'un père qui attend la justice depuis 28 ans. Je suis entièrement d'accord même si je suis très triste du dénouement", a déclaré à l'audience Thierry Moser, l'avocat du père d'Alexandre Beckrich.

"La vérité est à ce prix"

Si les familles restent divisées sur la mise en cause de Francis Heaulme dans cette affaire, elles conviennent que les nouveaux éléments portés à la connaissance de la justice s'agissant d'Henri Leclaire méritent des éclaircissements approfondis. Après avoir bénéficié d'un non-lieu en 2013, ce dernier est mis en cause par de nouveaux témoins, entendus à la barre mardi. Auteur, coauteur, complice ou rien de tout cela ? Henri Leclaire ne pouvait comparaître comme simple témoin et doit bénéficier des garanties de procédures (notamment l'assistance d'un avocat) au vu des "indices graves et concordants" qui pèsent contre lui, a expliqué en substance le procureur général. 

Ginette Beckrich, grand-mère d\'Alexandre, et son avocat à l\'ouverture du quatrième procès du double infanticide de Montigny-lès-Metz, le 31 mars.
Ginette Beckrich, grand-mère d'Alexandre, et son avocat à l'ouverture du quatrième procès du double infanticide de Montigny-lès-Metz, le 31 mars. ( MAXPPP)

Le président de la cour d'assises a tenu à s'adresser directement aux familles : "Je veux leur faire part de mes regrets de ne pas pouvoir mener les débats à leur terme. La vérité est à ce prix. Nous sommes convaincus que la vérité finira par être affirmée dans cette enceinte par la cour et le jury réunis." "Dans combien de temps ?", s'interroge le père de Cyril Beining. "Dans deux ans, je ne serai plus là", ironisait lundi la grand-mère d'Alexandre Beckrich, 88 ans. La mère de Cyril Beining, elle, souffre de graves problèmes de santé.

L'avocat Thierry Moser se veut optimiste malgré tout : "C'est un échec mais je souhaite qu'il ne soit que provisoire. Peut-être qu'à la fin de l'année prochaine, nous aurons enfin un procès qui nous apportera la vérité."