Francis Heaulme renvoyé devant les assises pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Metz a décidé de renvoyer le tueur en série de 54 ans devant les assises pour un double meurtre d'enfants jamais élucidé en 1986 et pour lequel Patrick Dils avait été condamné à tort. 

Francis Heaulme lors d\'une reconstitution au cours de l\'enquête sur le double meurtre de Montigny-lès-Metz (Moselle), le 3 octobre 2006. 
Francis Heaulme lors d'une reconstitution au cours de l'enquête sur le double meurtre de Montigny-lès-Metz (Moselle), le 3 octobre 2006.  (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Retour devant la justice pour Francis Heaulme. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Metz a décidé, jeudi 21 mars, de renvoyer le tueur en série Francis Heaulme, 54 ans, devant les assises pour le double meurtre d'enfants de Montigny-lès-Metz (Moselle) en 1986. Peu après l'annonce, son avocate, Liliane Glock, a annoncé qu'il allait se pourvoir en cassation.

Patrick Dils avait été condamné à deux reprises dans cette affaire, avant d'être finalement innocenté en 2002 après quinze ans de prison.

Pourquoi ce renvoi devant les assises ? 

Les magistrats ont estimé que la présence avérée du "routard du crime" à proximité des lieux du double meurtre était une charge suffisante pour décider son renvoi devant les assises. Cette décision, conforme aux réquisitions du parquet, entraînera donc un quatrième procès dans cette affaire, vieille de bientôt 27 ans.

Mis en examen en 2006, Francis Heaulme avait bénéficié d'une ordonnance de non-lieu en 2007. Le parquet n'avait pas demandé son renvoi devant les assises. Un an plus tard, les magistrats avaient changé d'avis et obtenu un supplément d'information. Selon plusieurs sources, ce changement d'attitude serait lié à une relecture du dossier, plutôt qu'à l'apparition de nouveaux éléments. Francis Heaulme nie toujours le double assassinat.

Quels sont les indices ?

L'affaire avait débuté le 28 septembre 1986, lorsque les corps de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, tous deux âgés de 8 ans, avaient été retrouvés, le crâne fracassé à coups de pierres. La présence de Francis Heaulme sur les lieux du crime ne permet pas d'établir sa culpabilité, faute de preuve matérielle ou d'aveu. Par ailleurs, la destruction des scellés interdit toute recherche d'empreintes génétiques.

Heaulme travaillait non loin du lieu où ont été tués les enfants et a reconnu être passé près du talus ce jour-là. Il a également admis avoir "retourné l'un des deux corps". Deux pêcheurs affirment l'avoir croisé le même jour, le visage ensanglanté. Il a déjà tué avec des pierres et a déjà été condamné pour un meurtre d'enfant. 

Comment réagissent les protagonistes de l'affaire ? 

"Je veux savoir ce qui s'est passé sur ce talus le 28 septembre 1986 et pourquoi j'ai perdu quinze ans de ma vie dans cette procédure, a réagi Patrick Dils, au micro d'Europe 1Je ne saute pas de joie au plafond, mais je suis satisfait que la justice persévère et qu'elle aboutisse à quelque chose de concret." Il demande néanmoins que la présomption d'innocence soit respectée. "Quel que soit l'individu, on n'a pas le droit de dire qu'il est coupable."

Dominique Boh-Petit, avocat de Chantal Beining, mère d'une des deux victimes, a fait part de sa satisfaction. "J'ai prévenu ma cliente. Elle était en larmes, très émue et rassurée. Elle m'a dit : 'Je veux qu'il y ait un procès'."

Quant à Liliane Glock, l'avocate de Francis Heaulme, elle s'est étonnée de la décision. "Francis Heaulme n'a jamais donné de détails précis. C'est quelqu'un qui a une personnalité atypique, il a dit tout et son contraire sur cette affaire, à quelques minutes d'intervalle."