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Pourquoi interdire les vidéos de Dieudonné ne sera pas si simple

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, souhaite désormais s'attaquer aux vidéos postées par l'humoriste. Mais comment ? 

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France Télévisions
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Des affiches du spectacle "Le Mur" de Dieudonné placardées sur les murs de Tours, alors que la représentation a été interdite le 10 janvier 2014. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Après les spectacles, les vidéos ? Au lendemain de l'interdiction de la représentation nantaise du Mur de Dieudonné, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, est bien décidé à poursuivre son combat contre l'humoriste et bloquer ses vidéos postées sur sa chaîne YouTube. "Le combat continue", a-t-il ainsi fait savoir vendredi 10 janvier sur France Inter.

"Là où il y a une parole raciste, antisémite qui se diffuse, la justice doit pouvoir agir", a encore insisté Manuel Valls, indiquant que "nous ne pouvons pas laisser se diffuser cette parole de haine, y compris sur Internet." 

Mais comment ? Pour le ministre, "il faut en discuter notamment avec les opérateurs. (...) Nous avons réussi, notamment sur Twitter, à ce que la parole antisémite ou homophobe ne se diffuse pas, il y a eu un certain nombre de décisions qui ont été prises". Avant de tempérer : "Mais c'est vrai que sur le plan juridique, les choses ne sont pas simples."

Pour quelles raisons ? 

Parce que la vidéo est sur YouTube

Dans les faits, comme le rappelle le site du quotidien Metronews, les règles du droit français concernant les propos diffamatoires, l'incitation à la haine ou les injures raciales s'appliquent aussi à internet. Ainsi, les plates-formes de diffusion, à l'instar de YouTube ou Dailymotion, peuvent être amenées à supprimer des contenus tombant sous le coup de la loi française.

Mais... La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, l'a elle même reconnu, jeudi sur BFMTV : "En ce qui concerne YouTube, c'est un site américain et donc les choses sont beaucoup plus compliquées." Son statut d'hébergeur, et non d'éditeur, lui permet en effet de ne pas endosser la responsabilité du contenu posté par ses utilisateurs.

Parce que la décision concernant Twitter est limitée

Manuel Valls fait référence à une décision rendue en juillet 2013. Le site spécialisé Numerama rappelle ainsi que la justice avait obligé Twitter à fournir des informations concernant l'identité des auteurs de tweets jugés antisémites. Cette décision était survenue après une plainte de l'Union des étudiants juifs de France. L'affaire avait même amené Twitter à supprimer les tweets incriminés, comprenant le hashtag #unbonjuif. 

Mais... Le blog Les Décodeurs du Monde.fr rappelle que la décision a été prise pour permettre à l'UEJF de déposer une plainte. Elle ne concerne toutefois pas la diffusion des messages. Manuel Valls en surévalue, donc, sa portée.  

Parce que motiver le blocage ne sera pas si facile

Reste que la loi française prévoit la possibilité d'imposer aux fournisseurs d'accès tels Orange, SFR, Free ou encore Bouygues de bloquer l'accès à des sites web. Ainsi, les sites pédopornographiques, d'organisations terroristes ou de paris illégaux peuvent en théorie être suspendus. 

Mais... Là encore, cette mesure ne coule pas de source et ne peut pas vraiment s'appliquer au cas de Dieudonné. En effet, les motifs pour lesquels l'humoriste-polémiste a été condamné dans le passé ne sont pas concernés, rappellent les Décodeurs du Monde.

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