Corée du Sud : ouverture sous tension du procès du ferry naufragé

Un mois après le naufrage de Sewol qui a fait plus de 300 morts et disparus, dont une majorité de lycéens, le procès de l'équipage vient de s'ouvrir : la colère des familles reste vive.

(Des altercations ont eu lieu entre des familles des victimes et des agents de sécurité © REUTERS /Ahn Young-Joon)

Le procès de l'équipage du Sewol, ce ferry sud-coréen dont le naufrage a fait plus de 300 morts et disparus le 16 avril, vient de s'ouvrir à Gwangju, en présence des proches des victimes et dans une ambiance tendue.

Depuis les bancs du public, un cri "assassin " a fusé lorsque le capitaine du navire, surchargé et naviguant à une vitesse excessive lorsqu'il a coulé, est entré dans la salle. Des altercations ont aussi eu lieu entre les familles des victimes et des agents des victimes, qui voulaient leur retirer une pancarte "vous n'êtres pas humains, vous êtes moins que des animaux ".

Lors du naufrage, la tragédie avait heurté l'opinion publique car elle avait mis en lumière l'incompétence de l'équipage, le laxisme et la corruption des autorités de contrôle et de sécurité maritime. Mais le jeune âge des victimes avait également ému : sur les 473 passagers, 325 étaient des lycéens en voyage scolaire.

Le capitaine concentre la haine populaire

L’audience de ce jour  portera surtout sur des questions de procédure. Les débats se concentreront ensuite sur ce qui est reproché à l’équipage du Sewol : avoir quitté le navire en y abandonnant les passagers, alors que le ferry se renversait.

Le capitaine Lee Joon-Seok et trois membres de l’équipage comparaissent pour "homicide par négligence". Ils risquent la peine de mort.  Les exécutions ne sont toutefois plus appliquées depuis 1997 en Corée-du-Sud, et une soixantaine de détenus attendent dans le couloir de la mort. Deux autres membres d’équipage, jugés pour abandon de navire, risquent eux la réclusion criminelle à perpétuité pour abandon de navire, tandis que les neuf autres comparaissent pour négligence.

Pour de nombreuses familles de victimes, la culpabilité des accusés est incontestable. Et la défense du capitaine, qui concentre l’essentiel de la haine populaire, sera difficile. Lors du naufrage, il s’était enfui sur des navires des garde-côtes… Une fuite filmée puis diffusée sur les télévisions du monde entier.

Les médias sud coréens rapportent que de nombreux cabinets ont refusé d’assurer sa défense, qui sera finalement prise en charge par six jeunes avocats commis d’office. "Le tribunal sera sous forte pression. L’émotion reste vive dans l’opinion ", résume Jason Ha qui dirige un grand cabinet à Séoul. "Nous n’avons pas de jury ici, ce sont des juges professionnels et indépendants qui devraient être capables d’ignorer la clameur extérieur ", estime-t-il cependant.

Des victimes et des responsables encore disparus

L’affaire ne sera sans doute pas conclue à l’issue du procès. La police recherche toujours Yoo Byung-Eun, patriarche de la puissante famille à qui appartient  l'opérateur du ferry. Sa fille a déjà été arrêtée à Paris début juin.

Les enquêteurs soupçonnent le milliardaire de détournement de fonds et de négligence dans l’application des consignes de sécurité et d’autres violations qui ont pu conduire au naufrage. Les premiers  éléments de l’enquêtent indiquent que le fret transporté était au moins deux fois supérieur au niveau recommandé. Le bateau était en outre moins résistant à la houle en raison de l’ajout illégal de cabines sur plusieurs ponts après son rachat en 2012. Enfin, l’équipage n’aurait pas reçu les formations de sécurité réglementaires.

A l’ouverture du procès, le bilan  est de 292 morts, 172 rescapés et 12 disparus, encore recherchés dans l’épave par des plongeurs.