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Alain Penin condamné à perpétuité pour le meurtre de Natacha Mougel

La cour d'assises du Nord a condamné cet homme accusé d'avoir tué une joggeuse en 2010 à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans.

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Un portrait d'Alain Penin devant la cour d'assises de Douai (Nord), le 20 janvier 2014. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

"Je sais que je dois demander pardon, mais je ne peux pas, car je suis impardonnable. Je mérite une sanction." Voici les dernières paroles d'Alain Penin à l'issue de son procès pour le meurtre de la joggeuse Natacha Mougel en septembre 2010 à Marcq-en-Barœul (Nord). La cour d'assises du Nord a suivi les réquisitions de l'avocat général, jeudi 23 février. Alain Penin a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans, "en l'espèce le maximum légal". Me Abderrahmane Hammouch, son avocat, a annoncé que son client "acceptait cette peine et qu'il n'envisageait pas d'interjeter appel".

La question de la récidive a été centrale tout au long des audiences. Alain Penin, 42 ans, condamné pour viol en 2006, a croisé sa seconde victime alors qu'il était en liberté conditionnelle depuis 2009. Retour sur les quatre temps forts du procès.

Alain Penin livre un récit glaçant des faits

Jugé depuis lundi pour enlèvement et séquestration avec actes de torture et de barbarie, tentative de viol avec arme, et homicide volontaire, Alain Penin reconnaît avoir fait quelque chose d'"horrible". Mais son récit détaillé et froid des faits a glacé l'audience. Il avoue n'avoir pensé "qu'à [lui]" le 5 septembre 2010, et avoir considéré Natacha Mougel, 29 ans, comme un "objet sexuel".

Alain Penin explique aussi avoir "perdu le fil de [son] scénario" ne parvenant pas à ses fins, et dit s'être retrouvé à frapper à coups de tournevis, une centaine au total, Natacha Mougel, tombée au sol depuis le coffre de sa voiture, les mains attachées avec un lacet. Il l'a également étranglée à cinq reprises parce qu'elle se débattait.

Les médecins légistes ont indiqué à la cour avoir relevé 102 coups de tournevis, sur la tête, le thorax, le ventre et le dos de la victime, provoquant "une souffrance physique extrême". Ils estiment que ces coups ont été portés en une heure environ, et que seul le dernier, dans l'oreille droite, lui a été fatal. "Je pense que c'est [dû à] la frustration de ne pas être arrivé à avoir un rapport sexuel", énonce-t-il d'une voix calme depuis son box, les mains dans le dos, en bougeant ses pouces.

"C'est certainement la journée la plus difficile pour les parties civiles. Avec une autre difficulté qu'ils n'imaginaient pas : ce détachement de l'accusé, qui raconte tout cela comme un spectateur, sans faire preuve d'aucune empathie, sans exprimer de regrets", réagit Emmanuel Rabier, l'avocat de la famille de la victime.

Sa première victime dit avoir "vu la mort dans ses yeux"

Au premier jour de son procès, Alain Penin se retrouve face à Sylvia Peromingo, qu'il a violée en 2004. "J'ai vu la mort dans ses yeux. Il est dangereux, c'est tout ce qu'il faut savoir", déclare à la cour la jeune femme de 34 ans. Agressée pendant qu'elle faisait un jogging en région parisienne, celle-ci explique avoir essayé "de garder le contact" durant son agression avec Alain Penin, qui l'avait avertie : "Si tu cries, je te tue."

"Au bout de deux heures, il est parvenu à ses fins. Cela a pris deux heures. Il a bousillé 9 ans de ma vie, clairement. Aujourd'hui, je galère toujours. Je pense qu'il n’aurait pas dû ressortir", poursuit-elle, droite et digne, n'hésitant pas à regarder son agresseur. 

France 3 l'avait rencontrée avant le procès. Voici son témoignage :  

Le juge d'application des peines regrette de l'avoir libéré en 2009

"Avec le recul, je regrette ma décision." C'est ce qu'a déclaré en visioconférence Loïc Binault, ancien juge d'application des peines (JAP) aujourd'hui en poste dans une fonction différente au TGI d'Angers. Il a accordé une libération conditionnelle en septembre 2009 à Alain Penin.

"Je dois l'assumer professionnellement avec toute la responsabilité morale qui en découle", ajoute-t-il. Il y avait pourtant "des éléments positifs" pour lui accorder cette libération conditionnelle, poursuit l'ancien JAP, comme le fait qu'il n'y avait "pas eu d'incidents en détention" et des "efforts importants" de sa part, comme des "soins en lien avec sa condamnation".

"Alain Penin présentait des efforts sérieux de réinsertion", avec "une promesse d'embauche aux Restos du cœur" et une "place en foyer", détaille Loïc Binault. Et de conclure : "Je pense qu'Alain Penin a manipulé tous les professionnels qui étaient à ses côtés", les médecins et les éducateurs.

Les experts-psychiatres décrivent une personnalité de "tueur en série" 

La cour a d'ailleurs cherché à savoir si Alain Penin avait manipulé les experts psychiatriques. "En toute honnêteté, je ne pense pas qu'il ait eu la capacité de tromper et de manipuler à ce point des experts", réagit son avocat, Abderrahmane Hammouch. "Ce procès pose une question essentielle : c'est le poids des expertises psychiatriques dans le cadre de la libération, qu'elles soient favorables ou défavorables", ajoute-t-il.

Appelés pour l'essentiel à la barre mercredi, ces experts ont décrit "la personnalité" d'un tueur en série, dont la responsabilité pénale est "entière". Alain Penin a "quelques traits de personnalité qui peuvent faire penser à la personnalité de Michel Fourniret. Ce dernier partait en chasse", soulève le psychologue Jean-Luc Ployé, qui a expertisé les tueurs en série Francis Heaulme et Michel Fourniret.

"Je considère que c'est un pervers sexuel. Il a un besoin de toute-puissance. Sa dangerosité criminologique est très importante, encore agissante, et je suis très réservé sur ses capacités de réinsertion", affirme-t-il encore.

Daniel Zagury, psychiatre habitué des affaires criminelles, rappelle toutefois qu'on parle de tueur en série à partir de trois homicides. "Les tueurs en série ont une plus grande organisation et une plus grande capacité à ne pas se faire appréhender", fait-il valoir. Alain Penin "a peut-être manqué de prudence dans la forme", souligne-t-il, défendant le travail des experts dans cette affaire : "Il faut avoir les pièces. Si la justice ne nous les donne pas, il ne faut pas faire d'expertise. Ce n'est pas nécessairement la faute de l'expert."

Pour le procureur, en tout cas, l'accusé "est de la nitroglycérine humaine. Derrière l'apparence de la banalité, il peut exploser à tout moment."

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