Quatre questions sur le livret anti-IVG distribué dans des lycées privés

Sous couvert d'informer les lycéens sur l'interruption volontaire de grossesse, un livret édité par la fondation Lejeune diffuse un message anti-avortement.

Manuel anti-IVG
Manuel anti-IVG (Fondation Lejeune)

Manuel bioéthique des jeunes : derrière ce titre informatif, se cache en réalité un livret anti-avortement. Il a été distribué à des élèves de certains lycées privés, dans les académies de Paris et Montpellier (Hérault). Des jeunes filles, élèves de ces établissements, ont partagé sur Facebook, via un illustrateur, mardi 27 septembre, des extraits sur ce livret, à la veille de la journée mondiale du droit à l'avortement.

Que dit ce livret ?

A l'intérieur de cette brochure, selon le Huffington Post, il est écrit qu'en France "près de 9 millions d'avortements ont été pratiqués depuis 1975" ce qui représente "9 millions d'enfants uniques, irremplaçables". Un peu plus loin, on explique encore qu'un enfant né d'un viol est "innocent" et qu'il ne mérite pas "la peine de mort".

Comme le montre le site féminin Madmoizelle, captures d'écran à l'appui, ce livret "mêle des contrevérités sur la contraception et l'avortement, mélange des informations voulues objectives avec des jugements de valeurs, et illustre ces développements de dessins 'mignons' portant des messages anti-choix, ainsi que des témoignages de jeunes filles traumatisées". Madmoizelle a également interviewé une lycéenne, scolarisée dans un établissement privé catholique sous contrat avec l'Education nationale.

Selon les informations du Huffington Post, ce sont des parents d'élèves qui assurent le catéchisme qui ont distribué ce "manuel", accompagné d'un discours anti-avortement. "On leur a expliqué que le stérilet était une méthode d'avortement, un témoignage expliquait qu'une femme qui avortait pouvait sentir son bébé souffrir, ses yeux brûler ou encore que certains avortements démembraient les bébés", explique une mère d'élève au Huffington Post. Rappelons que le stérilet, dont le nom complet est dispositif intra-utérin, est une méthode de contraception qui empêche la fécondation des ovules.

Qui est l'éditeur du manuel ?

A l'origine, la fondation Lejeune est une association soutenant la recherche sur la trisomie 21. Mais elle est surtout opposée à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et à l'euthanasie. Au Huffington Post, qui a contacté l'association, les membres de cette fondation expliquent qu'il ne sont pas surpris d'apprendre que leur livret était diffusé dans des établissement scolaires.

"Ce manuel a été écrit par des médecins, des juristes, des philosophes. On y expose de manière objective la question de l'avortement", justifient-ils au Huffington Post. "Nous n'avons jamais eu de souci, assurent-ils aussi. Ce n'est pas comme si c'était diffusé dans un centre de Planning familial. Lorsque l'on met ses enfants dans un établissement catholique, pourquoi s'en étonner ? C'est la position de l'Eglise sur l'avortement", se défend la fondation Lejeune.

Comment le planning familial réagit-il ?

Danielle Gaudry, responsable de la commission avortement du Planning familial, a relevé des "contrevérités scientifiques" dans ce livre. Pour cette gynécologue-obstétricienne, il s'agit sans aucun doute d'un "manuel de manipulation". 

A franceinfo, Danielle Gaudry explique que ce livre s'inscrit dans "un retour important à des mouvements qui luttent pour un modèle traditionnel de la société où la femme est le complément de l'homme et non pas son égal : elle a un rôle souvent réduit à la maternité."

Comment le gouvernement réagit-il ?

L'IVG est l'un des sujets qui mobilisent la ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol. Alors que son ministère a annoncé un plan de lutte contre les sites internet qui véhiculent des informations "biaisées" sur l'avortement, Laurence Rossignol a également réagi à la distribution de ces livrets.  "La liberté d'opinion et d'expression n'inclut pas le droit au mensonge, sur des sujets aussi graves que la contraception et l'IVG", a-t-elle déclaré au Huffington Post. Mais comment lutter contre ces "mensonges" ? "Parler de ces sites et de ces documents de propagande comme je le fais permet de les dénoncer, poursuit la ministre. Ils avancent masqués, nous les démasquons." 

Le gouvernement va en outre proposer un amendement au projet de loi Egalité et citoyenneté pour modifier le Code de santé publique qui comporte depuis 1993 un délit d'entrave à l'IVG. Ce délit, passible de deux ans de prison et 30 000 euros d'amende, qui concerne pour l'instant les hôpitaux et établissements publics, sera élargi aux sites internet qui véhiculent "des allégations ou une présentation faussée, pour induire en erreur dans un but dissuasif sur la nature et les conséquences d'une IVG".