Sauvezpikachu, Testpositif ou Afterbaiz : qu'est-ce qui se cache derrière ces sites anti-IVG à l'allure pastel ?

Une campagne, lancée dans les rues de Paris en août, fait la promotion de Sauvezpikachu.com, un site mobile anti-avortement reprenant les codes de Pokémon. 

Le site Afterbaiz.com, destiné aux jeunes lycéens, s\'annonce comme un \"magazine pour une sexualité intelligente\", mais milite également contre l\'avortement. 
Le site Afterbaiz.com, destiné aux jeunes lycéens, s'annonce comme un "magazine pour une sexualité intelligente", mais milite également contre l'avortement.  (AFTERBAIZ.COM / FRANCETV INFO)

Vous avez peut-être rencontré leur campagne de marketing dans les rues. Divers messages anti-IVG (interruption volontaire de grossesse) ont été affichés, au début du mois d'août, sur les trottoirs parisiens. Ils renvoient tous au site mobile Sauvezpikachu.com, qui incite les internautes à toujours favoriser la grossesse à l'avortement. 

Derrière ce site, les Survivants, un mouvement anti-avortement, et plus précisément Emile Duport, un communicant également à l'origine des sites Testpositif.com et Afterbaiz.com, comme signalé par Metronews. Toutes ces adresses ont un point commun : elles militent contre l'avortement, "le plus grand malaise de notre société", d'après le concepteur, interrogé par francetv info. Et il n'est pas le premier à se servir d'internet pour faire passer ce message. "Le combat contre les sites anti-IVG est un sujet qui nous mobilise depuis longtemps", explique le cabinet de la ministre Marisol Touraine, également contacté par francetv info. 

Quelle est la recette de cette toute dernière campagne anti-IVG ? Francetv info vous en détaille les ingrédients. 

Un discours jeune et des couleurs séduisantes

"Kiffé, lol, wtf", des "tutos" YouTube sur fond de musique électro et couleurs pastel. Telle est la première force de ces sites. "On n'a opté pour des titres courts, des visuels éloquents et une forte présence sur les réseaux sociaux. On a aussi optimisé pour une meilleure consultation mobile", se vante Emile Duport, concepteur des sites, qui a utilisé ces divers "ingrédients marketing pour que ce soit adapté au public" jeune des différents sites. 

Le site Testpositif.com souhaite répondre aux questions des jeunes femmes enceintes. Il lutte également contre l\'avortement. 
Le site Testpositif.com souhaite répondre aux questions des jeunes femmes enceintes. Il lutte également contre l'avortement.  (TESTPOSITIF.COM / FRANCETV INFO)

"Ces sites-là sont très beaux. Ils sont forts en communication. Les couleurs, les références à des séries connues, c’est 'punchy' ! Tout ceci donne aux jeunes l’envie de regarder", reconnaît Eléonore Stevenin-Morguet, porte parole d'Osez le féminisme contactée par francetv info. L'association a donc décidé de lancer une toute nouvelle campagne en septembre, accompagnée d'un site "adapté aux jeunes."

Avant l'association, le ministère des Affaires sociales et de la Santé s'était déjà lancé dans la refonte de son propre site d'information, IVG.gouv.fr. "Un groupe de travail est dédié à l'amélioration du référencement du site depuis plusieurs mois et continue de travailler. Grâce à cela, on a marqué des points décisifs contre les sites mastodontes des anti-IVG, notamment en intégrant des codes plus jeunes, plus ludiques, en adoptant un ton plus pratique", explique le ministère qui se targue d'être le premier site référencé sur Google pour une recherche sur l'IVG.

Un discours anti-IVG derrière une apparence de site-conseil

"Tu viens de découvrir que tu es enceinte. Et en ce moment, c’est un peu Fukushima dans ta tête. Tu t’imagines déjà seule, sous un pont, avec ton bébé, abandonnée de tous. Tu n’es pas toute seule avec tes questions, ce site te permet de faire le point sur tout ce qui t’arrive et de prendre un peu de temps pour toi pour t’aider à y répondre." Le site Testpositif.com s'annonce comme un soutien, une oreille en cas de panique. "On a pas l’impression d’être sur un site anti-IVG, remarque Eléonore Stevenin-Morguet. Leur position n’est pas affirmée directement, mais c’est encore plus dangereux."

"Essaye de faire un choix pour ton bien et pour le bien de la vie que tu portes, parce qu’il faut pas oublier qu’être enceinte, c’est attendre un bébé", affirme une vidéo. "Les discours véhiculés sur ces sites sont culpabilisants, déplore la porte-parole d'Osez le féminisme. On a l’impression de retourner dans les années 1970 avec leur discours rétrograde sur l'avortement." 

"Afterbaiz c’est du vrai conseil auprès des jeunes", défend Emile Duport. "Maintenant effectivement, on a un discours très clair qui est que l'avortement n’est pas une solution de rattrapage. Le meilleur IVG est celui qu’on évite", ajoute-t-il. 

Des informations parfois fausses

"Pour faire valoir leur cause, les Survivants affirment des choses aussi fausses que dangereuses", prévient BuzzFeed, avant de souligner plusieurs erreurs. "Scientifiquement, certaines affirmations sont fausses. Un embryon ne ressent pas la douleur au moment où il est possible d’avorter. Ils sont dans l’intox. Tout comme quand ils affirment que l’avortement rendrait stérile, ou qu’une femme sur deux avorterait en France. Ils gonflent tous les chiffres", pointe Eléonore Stevenin-Morguet.

"Sur les Survivants, on est attaqués sur une page sur laquelle on a reproduit les contenus d’un bouquin et, effectivement, il y a quelques modifications à faire", admet Emile Duport.