Livraison à domicile : les dessous d’un "trafic" lié à la main d'œuvre sans-papiers

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Livraison à domicile : les dessous d’un "trafic de main d'œuvre"
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France Télévisions

Se faire livrer son repas à domicile en un clic grâce à des plateformes comme Uber et Deliveroo.

Ces denières emploient des dizaines de milliers de livreurs mais dont la moitié serait sans-papiers, selon les syndicats.

L’Oeil du 20h s’est intéressé aux dessous de cette main d'œuvre illégale.

En plein coeur de Paris, à la nuit tombante, une dizaine de livreurs attendent de récupérer les commandes de clients. 

C'est pas mon identité mais celle de quelqu'un d'autre

Un livreur à L'Œil du 20H

Pour pouvoir exercer en France avec ces plateformes, il faut fournir des papiers d’identité en règle. Pourtant ce soir là, parmi une dizaine de livreurs, au moins trois sont sans-papiers et nous expliquent avoir tout de même réussi à obtenir une licence : "Vous pouvez louer le compte Uber d'une autre personne. Ce n'est pas mon identité, mais celle de quelqu'un d'autre". 

Un filon bien rodé, selon ces livreurs sans-papiers : "Je verse un pourcentage de ce que je gagne. 30 à 35%. Je gagne environ 1000 euros par mois moins 30%".

Des pratiques illégales qui font pourtant l’objet d’un marché parallèle sur les réseaux sociaux. 

Chaque jour, des centaines d’annonces sont publiées sur les réseaux sociaux : “Compte Uber Eat à louer”, “J’ai un compte, j’ai besoin d’un livreur”, “Cherche compte deliveroo : 150 euros la semaine”. 

Nous avons fait nous-mêmes le test. Je réponds à une annonce en me faisant passer pour une mère sans-papiers qui cherche à louer deux comptes, pour elle et sa fille mineure de 16 ans.

Je te prends 100 euros par semaine

Un livreur à L'Œil du 20H

"Je te prends 100 euros par semaine. Envoie-moi une photo de toi et ta fille et je mets les photos sur le compte. Comme ça, quand tu vas recevoir l'application, tu auras déjà ta photo dessus”.

Ce livreur se dit donc prêt à me louer deux comptes, l’un pour moi, l’autre pour ma fille mineure alors que les plateformes interdisent l’emploi des moins 18 ans. Il reconnaît agir à l’insu d’Uber et Deliveroo : “Il n'y a que moi qui le sais. Eux ne le sauront pas”. 

Face à ce fléau, les plateformes affirment être de plus en plus vigilantes. Sollicitée, Deliveroo confirme avoir “accéléré le déploiement de mécanismes de contrôle pour combattre l’utilisation frauduleuse de compte dont nous sommes nous-même victimes". 

Même tonalité du côté d'Uber qui a récemment désactivé 2500 comptes qualifiés de “frauduleux”. 

Une mesure que ne comprennent pas ces sans-papiers qui depuis un mois manifestent chaque semaine. Ils crient à l’injustice : “Pendant le Covid, ils avaient besoin de livreurs, ils nous ont tous recrutés. Et aujourd’hui, ils trouvent que notre document est frauduleux alors que notre document a été validé par eux". Un autre l'affirme : "Ils étaient bel et bien conscients de ce qu’ils faisaient et après avoir fini de nous utiliser, ils nous ont jetés”. 

Les sans-papiers font un travail que les français ne veulent plus faire"

J. Pimot, porte-parole du CLAP

Pour Jérôme Pimot, ancien livreur et porte-parole du Collectif des Livreurs Autonomes de Paris (CLAP75), supprimer les comptes frauduleux ne suffit pas, il estime que les plateformes font preuve, je cite, d’hypocrisie : "Il y a a peu près 30 000 livreurs sans papiers en France. Ils n'en n'ont viré que 2500 sur 80 000 pour un effet d’annonce. On ne peut plus faire sans eux. Les sans-papiers font un travail que les Français ne veulent plus faire. Et maintenant, le mondial arrive et ils commencent à envoyer des messages à ceux qu’ils ont été virés pour leur dire de venir travailler”.  ". 

Voici le message que certains livreurs sans-papiers auraient reçu sur leur téléphone portable, il y a quelques jours, avant le début du mondial :

 

Capture d'écran (L'OEIL DU 20 HEURES / FRANCE 2)

Contactée, la direction d’Uber réagit : “Il s’agirait d’une communication envoyée de façon erronée, inappropriée et nous allons la corriger”. 

Dans le cadre du Projet de Loi sur l’immigration, ces livreurs sans-papiers pourraient faire partie des “métiers en tension” et ainsi bénéficier de titres de séjour. 

PARMI NOS SOURCES : 

Régularisation par le travail pour les "métiers en tension" : ce que dit la loi en vigueur

Gérald Darmanin et Olivier Dussopt sur le projet de loi « immigration » : « Nous proposons de créer un titre de séjour métiers en tension »

Rennes. Des livreurs se rassemblent pour dénoncer les déconnexions massives

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