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"Il m'a sauté dessus en fin de séance" : des patientes racontent comment des psychiatres ont profité d'elles

Trois femmes témoignent de l'emprise exercée par leurs thérapeutes respectifs pour avoir des relations sexuelles avec elles.

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Trois femmes témoignent de l'emprise exercée par leurs psychiatres respectifs pour avoir des relations sexuelles avec elles. (Photo d'illustration) (ALAIN SHRODER / ONOKY / GETTY IMAGES)

Lorsqu'elle a commencé à consulter un psychiatre pour des problèmes liés à des difficultés professionnelles, en septembre 2013, Cassandre* ne se doutait pas que cette relation strictement médicale allait déraper. Au fil du temps, une relation de confiance se noue entre eux, jusqu'à l'admiration. Un jour, après seize mois de consultations régulières au cours desquelles cette femme, alors âgée de 31 ans, a livré les détails les plus intimes de sa vie, le médecin, âgé de 59 ans, lui a proposé de venir s'asseoir sur ses genoux. "Je suis restée interdite devant cette proposition", raconte-t-elle à franceinfo. Mais Cassandre finit par s'exécuter.

Je me suis levée et je me suis mise sur ses genoux, comme une fille qui obéirait à son père. Puis il m'a embrassée.

Cassandre

à franceinfo

Pour Cassandre, cet acte fut le point de départ d'une relation qu'elle qualifie aujourd'hui de "toxique". Fini les consultations : désormais, lorsque Cassandre se rend chez ce médecin, c'est en secret, pour des relations sexuelles. "Ce n'était pas une histoire d’amour entre deux adultes consentants, bienveillants l'un envers l'autre, mais bien une relation d'emprise au bénéfice d’une seule personne : le psy", affirme-t-elle avec le recul.

C'est lui qui choisissait les jours où je devais venir. Ma vie était conditionnée à ses claquements de doigts.

Cassandre

à franceinfo

Cassandre témoigne de sa "descente aux enfers" - recueilli par Ariane Griessel / franceinfo
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Des médecins réclament un interdit explicite

Après avoir trouvé les ressources pour mettre fin à cette relation, malgré le harcèlement et le chantage affectif qu'il lui a fait subir, Cassandre a décidé de lancer une procédure – toujours en cours – devant le conseil de l'Ordre des médecins. Elle est soutenue dans sa démarche par le docteur Dominique Dupagne, médecin généraliste à Paris. Ce dernier dénonce l'absence d'interdit explicite concernant la sexualité médecin-patient dans le Code de déontologie médicale auquel se soumettent les praticiens.

Les plaintes pénales des patients séduits et manipulés par leur médecin sont le plus souvent déclarées irrecevables.

Dominique Dupagne

à franceinfo

Dans une tribune publiée sur franceinfo.fr, mardi 27 mars, et signée par une quinzaine d'autres professionnels, il réclame au ministère de la Santé de modifier le Code pour y faire figurer noir sur blanc : "Le médecin doit s’interdire toute relation sexuelle avec les patients dont il a la charge." Car Cassandre n'est pas seule. Sur le site Atoute.org, administré par Dominique Dupagne, d'autres femmes ayant vécu des histoires comparables ont témoigné. C'est grâce à elles que Cassandre dit avoir réussi à surmonter "la honte et le tabou".

"Je n'ai pas eu la force de poursuivre ma plainte"

Elle a notamment pu y lire le témoignage d'Ariane*, qui dit s'être fait violer sur le divan par un psychiatre-psychanalyste qui lui a "littéralement sauté dessus en fin de séance". "Après un an et demi où je le consultais deux fois par semaine, il est passé à l'acte un beau jour sans préavis ni avances, ni intérêt spécial de ma part", écrit-elle. Ariane a continué à fréquenter ce médecin "sans payer, dans une relation amicale où je croyais continuer la thérapie avec le psy qui voulait être mon amant".

Je pense maintenant qu'il se conduisait en homme égocentrique et en prédateur pervers qui m'avait pris pour jouet sexuel deux fois par semaine sur son lieu de travail, entre deux clientes.

Ariane

sur le site Atoute.org

Ariane n'a pas réussi à faire condamner son thérapeute devant le conseil de l'Ordre des médecins. "Je n'ai pas eu la force de poursuivre ma plainte étant donné l'indifférence générale et aussi le mépris à mon égard pour tout ce que je racontais", affirme-t-elle.

Une fragilité impossible à ignorer

Marie*, elle, est allée jusqu'au bout de la démarche. Fin décembre, le Conseil national de l'Ordre des médecins a infligé une suspension de six mois d'exercice de la médecine à un psychiatre avec qui elle avait eu des rapports sexuels fréquents, entre 2012 et 2014. "En laissant s’établir de telles relations avec une patiente dont il ne pouvait ignorer la fragilité et à l’égard de laquelle il disposait de l’ascendant du thérapeute", le médecin "a méconnu gravement les obligations déontologiques", ont jugé ses pairs.

Un médecin, qui dispose nécessairement d'un ascendant sur ses patients, doit, par principe, s’interdire à l’égard de ses patients toutes relations intimes de nature à être regardées comme méconnaissant le respect de la personne, de sa dignité ou les principes de moralité et de probité ou à déconsidérer la profession.

Le conseil de l'Ordre des médecins

dans sa décision concernant Marie

Afin de davantage protéger les patientes comme Marie, Dominique Dupagne et les autres pétitionnaires demandent au Conseil de l'ordre de soutenir leur demande de modification du Code de déontologie médical. Sollicité par franceinfo, ce dernier n'a pas donné suite. Il devrait s'exprimer mardi sur le sujet.

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