Harcèlement sexuel : une médecin dénonce "l'omerta dans le monde du sport"

Véronique Lebar, médecin du sport et présidente du Comité éthique et sport, a expliqué, mercredi sur franceinfo, que cette loi du silence ne touchait pas seulement le monde professionnel, mais aussi les sportifs amateurs.

Une femme sur une piste d\'athlétisme. (Photo d\'illustration)
Une femme sur une piste d'athlétisme. (Photo d'illustration) (MAXPPP)

Alors que le monde de l'athlétisme est secoué par des soupçons d'agressions sexuelles, "on a pas mal d'appels de femmes d'une quarantaine d'années, voire cinquante, qui ont subi des violences sexuelles à l'âge de 12, 14 ou 16 ans", a expliqué la médecin du sport Véronique Lebar, mercredi 11 avril sur franceinfo. Celle qui est aussi présidente du Comité éthique et sport dénonce "une omerta dans le monde du sport, pas spécifiquement de haut niveau".

franceinfo : Y a-t-il une omerta, dans le sport, concernant les agressions sexuelles ?

Véronique Lebar : Oui, tout à fait. Quoi qu'en disent certains, il y a une omerta dans le monde du sport, pas spécifiquement de haut niveau, à tous les niveaux. Même en sport-loisir, il y a un accord tacite si l'on peut dire. À partir du moment où quelque chose se passe qui pourrait jeter l'opprobre sur une fédération, sur le monde sportif, la famille du sport se resserre et rien ne transparaît.

Comment expliquer ce silence ?

La première raison est une raison intrinsèque au sportif ou à la sportive. Être sportif c'est aller, selon Pierre de Coubertin, "toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort". Donc, c'est toujours aller vers la victoire, vers l'au-delà de l'au-delà. À partir du moment où soi-même on se déclare victime, ça veut dire qu'on ne peut pas faire partie de ce monde du sport qui n'admet pas l'inférieur, la victime. Deuxièmement, à partir du moment où l'on est dans la famille du sport, on doit être performant. Si on salit cette famille, on en est sorti.

Les instances sont-elles suffisamment vigilantes, selon vous ?

On a entendu les propos de la ministre des Sports, Laura Flessel. Selon elle, il n'y a pas de problème dans le sport. Or au Comité éthique et sport, on a une ligne d'écoute où l'on a très régulièrement des victimes qui nous appellent et qui nous racontent ce qu'elles ont vécu, ce qu'elles ont subi. Elles viennent pour qu'on les prenne en charge au niveau juridique, psychologique, etc. Ce qu'elles nous racontent entre en collision avec ce que nous dit le ministère. Il doit y avoir des raisons actuellement pour que les institutions fassent partie de l'omerta.

Est-ce que les athlètes ont peur d'être mises de côté ?

Elles sont persuadées [que ça leur arrivera] tout simplement parce qu'elles l'ont déjà vu pour d'autres cas. À partir du moment où elles jettent l'opprobre sur la fédération, on les sort de la fédération, de la performance ou de la sélection. On a pas mal d'appels de femmes qui ont la quarantaine, la cinquantaine, qui ont subi des violences sexuelles à l'âge de 12, 14 ou 16 ans. Ces personnes nous disent qu'elles ont vécu volontairement, par protection d'elle-même et de leur vie, dans le déni, jusqu'à la quarantaine-cinquantaine et qu'au bout d'un moment, ça ressort. Et elles nous appellent à 50 ans en nous disant : "Est-ce que maintenant je peux faire quelque chose ?"