CentraleSupélec : ce que l'on sait de l'enquête préliminaire ouverte pour violences sexuelles au sein de l'école

Plus d'une centaine de faits de harcèlement sexuel, agressions sexuelles et viols ont été signalés pendant l'année universitaire 2020-2021 par des étudiantes et étudiants de cette grande école d'ingénieurs.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Le campus de l'école CentraleSupélec, à Saclay (Essonne), le 31 août 2017. (MAXPPP)

C'est une annonce choc au sein de la prestigieuse école d'ingénieurs CentraleSupélec et son campus de Paris-Saclay. Le parquet d'Evry (Essonne) a annoncé jeudi 7 octobre l'ouverture d'une enquête préliminaire après le signalement de plus d'une centaine de faits de harcèlement sexuel, d'agressions sexuelles et de viols au cours de l'année universitaire 2020-2021. "Ces situations intolérables n'ont leur place ni dans les cours, ni dans les soirées, ni sur aucun campus", a réagi la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, jeudi. Voici ce que l'on sait de cette affaire.

Une étude interne à l'origine de l'enquête préliminaire

L'enquête judiciaire repose sur une étude, menée en ligne en juin et juillet auprès de 2 386 élèves et diligentée par la direction de l'établissement. Elle a été confiée à l'association Çapèse, qui lutte contre le sexisme au sein de cette grande école, et était "destinée à établir un état des lieux dans le cadre du plan d'action conduit par l'établissement en faveur de l'égalité femme-homme", rapporte Le Monde (article abonnés). Elle a mis "en évidence des situations de violences sexistes et sexuelles particulièrement préoccupantes", s'est alarmée jeudi CentraleSupélec dans un communiqué.

"On ne s'attendait pas à avoir ces résultats, qu'on considère inacceptables", a réagi le directeur de l'école, Romain Soubeyran, auprès de franceinfo. Plusieurs actions avaient été menées par l'école d'ingénieurs : "cellule de veille", "recrutement de deux psychologues indépendantes", mise en place de "deux référents égalité", "séance de sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles" suivie par tous les élèves ou encore "cours sur les inégalités de genre", énumère Le Monde"On pensait que nos actions avaient des effets, et on se rend compte que ce n'est pas le cas", déplore Romain Soubeyran.

Pour compléter ces dispositifs, l'école a donc conclu un partenariat avec France Victimes pour la mise en place "d'une ligne d'écoute qui peut déboucher sur un accompagnement global des personnes victimes par des professionnels", décrit une porte-parole de l'association au Figaro.

"Les résultats de notre questionnaire sont alarmants, mais ils nous semblent nécessaires pour que tout le monde prenne conscience de l'ampleur du problème des violences sexistes et sexuelles dans l'enseignement supérieur", a déclaré de son côté l'association Çapèse sur Twitter, invitant les autres établissements à "mener des questionnaires similaires".

Plus d'une centaine de signalements

Selon cette enquête interne, 51 femmes et 23 hommes déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel lors de l'année universitaire 2020-2021, 46 femmes et 25 hommes dénoncent des agressions sexuelles ("un contact physique avec une partie sexuelle – fesse, sexe, seins, bouche, entre les cuisses – commis par violence, contrainte, menace ou surprise", précise l'étude) et 20 femmes et 8 hommes des viols ("un acte de pénétration commis par violence, contrainte, menace ou surprise").

Parmi les étudiants ayant déclaré avoir subi l'une de ces violences, "près de 9 sur 10 ont indiqué que leur agresseur serait un autre élève et que les faits se seraient déroulés dans un contexte associatif ou au sein de la résidence étudiante", précise l'école. "Ça arrive en soirée, plus fréquemment qu'on ne le croit", raconte une étudiante de l'école, qui dit avoir "déjà vécu des agressions", auprès de RMC.

"La 'drague lourde' est constante (=harcèlement), les blagues sexistes, les vidéos porno aussi..." ajoute Céline Piques, ancienne étudiante de l'école et porte-parole d'Osez le féminisme ! sur son compte Twitter.

Une enquête judiciaire ouverte

"Face à la gravité des faits déclarés par les participants à cette enquête inédite, le directeur de l'école Romain Soubeyran a décidé d'alerter dans un courrier la procureure de la République d'Evry", afin que "soient envisagés des moyens complémentaires de prévention, d'action et d'accompagnement des victimes, mais également des moyens de sanction des auteurs", a ainsi rapporté l'école. 

Après ce signalement, le parquet d'Evry a ouvert une enquête préliminaire pour des faits de harcèlement sexuel, agressions sexuelles et viols, et confié les investigations aux enquêteurs spécialisés de la brigade de recherches de Palaiseau, a précisé le ministère public. "Un premier travail d'identification des victimes, qui ont répondu anonymement, devra être effectué par les enquêteurs avant de vérifier les faits dénoncés et identifier les agresseurs présumés", décrit BFMTV

"S'il y a dépôt de plainte, l'école se portera partie civile", a affirmé auprès de franceinfo Romain Soubeyran. Pour le directeur, "l'école ne cherchera pas à cacher les choses, même si c'est susceptible d'entacher son image".

Un plan national d'action annoncé par la ministre

La ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Frédérique Vidal, a fermement condamné les faits, jeudi. "Ces situations intolérables n'ont leur place ni dans les cours, ni dans les soirées, ni sur aucun campus. J'adresse mon soutien absolu aux victimes et salue la responsabilité de l'établissement", a-t-elle écrit sur Twitter. Elle promet aussi prochainement "un plan national d'action contre les violences sexuelles et sexistes dans l'enseignement supérieur. Ma détermination est sans faille. Tolérance zéro."

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Violences sexuelles

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.