Violences sexistes et sexuelles : "Il y a une omerta" à Sciences Po et dans les IEP, raconte une ancienne élève

Selon un rapport de l'Inspection générale de l'éducation nationale, 89 faits de violences sexuelles ou sexistes ont été recensés de janvier 2019 à juin 2021 dans des IEP dont Sciences Po Paris.

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Des étudiantes manifestent devant Sciences Po Strasbourg, dans la foulée du mouvement #SciencesPorcs apparu sur Twitter, le 12 février 2021.  (FREDERICK FLORIN / AFP)

"Il y a une omerta dans les instituts d’études politiques qui est due en grande partie au fait que ce sont des cercles fermés", explique sur franceinfo Anna Toumazoff, ancienne élève et créatrice du mot dièse "sciencesporcs" qui dénonce les violences sexuelles et sexistes à Sciences Po Paris et dans les dix autres IEP de France. Un rapport de l'Inspection générale de l'éducation nationale (IGESR), rendu public lundi 26 juillet, pointe des failles dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les instituts d'études politiques (IEP), dont Sciences Po Paris. Selon le rapport, 89 faits de violences sexuelles ou sexistes ont été recensés de janvier 2019 à juin 2021 dans les IEP ciblés par l’enquête, des faits graves pour la grande majorité, puisque 83 % sont des viols ou des agressions sexuelles. Pourtant seulement 16 % ont effectivement donné lieu à des poursuites disciplinaires.

franceinfo : Êtes-vous étonnée par le résultat de l’enquête ?

Anna Toumazoff : Ce qui est particulièrement intéressant dans le cas des IEP, c'est qu'on est face à des écoles qui ont vocation à former les élites futures politiques et institutionnelles. Ce sont des écoles où l'on se veut particulièrement éduqué, particulièrement progressiste également. Moi-même, j'ai fréquenté l'une de ces écoles il n'y a pas si longtemps, cela a forcément été un énorme choc de se rendre compte que non seulement autant de violences sexuelles pouvaient exister là-bas, mais surtout qu'elles étaient autant couvertes par l'administration et les élèves.

Cette loi du silence est-elle liée aux craintes des victimes et témoins pour leurs avenirs professionnels, parce qu'on risque de recroiser celui accusé plus tard dans son parcours ?

Il y a une omerta dans les instituts d’études politiques qui est due en grande partie au fait que ce sont des cercles fermés. Bien sûr, il y a un entre-soi qui se retrouve après les études et évidemment, on n'a pas envie de parler et d'être black-listé après. Mais il est surtout étonnant de voir qu'il y a aussi peu de cas ici qui ont été traités. 89 cas traités, c'est vraiment extrêmement peu par rapport au total des témoignages que j'ai pu recevoir ou que les associations ont pu collecter également.

Le rapport suggère que des cellules d'écoute soient constituées par des personnes extérieures à Sciences Po, qu'on peut donc retrouver dans d'autres milieux professionnels. Est-ce difficile de se confier même à quelqu'un qui serait spécialement chargé de cela, tant que cela reste un collègue ou quelqu'un qu'on croise au quotidien ?

Je pense qu'il y a toujours une crainte parmi les élèves quand ils voient des administrations qui ne les écoutent pas, qui ne vont pas dans le bon sens, qui laissent se faire des soirées d'intégration, des bizutages qui sont absolument terribles. Il n'y a pas de confiance. Donc forcément, les élèves ne vont pas avoir confiance en ce qui émane de l'établissement. C'est pourquoi je pense qu'effectivement, envoyer des professeurs formés pour traiter ces questions c'est très bien, mais envoyer des personnes extérieures c'est mieux.

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