Affaire Jacques Bouthier : jeunes filles, "relations dans la police"... qui sont les protagonistes du scandale sexuel autour de l'ex-patron d'Assu 2000 ?

Jacques Bouthier, 75 ans, ex-PDG d'Assu 2000 (devenu Vilavi), incarcéré depuis deux mois, est soupçonné de traite d'êtres humains et de viols sur mineure, ainsi que de tentative d'enlèvement.

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édité par Phéline Leloir-Duault - David Di Giacomo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Jacques Bouthier, ex-PDG du groupe Assu 2000, mis en examen depuis le 25 mai 2022. (REMY GABALDA / MAXPPP)

Il y a encore quelques temps, Jacques Bouthier, 75 ans, était connu pour être l'une des 500 plus grosses fortunes de France. Aujourd'hui, l'ex-PDG d'Assu 2000 (rebaptisé Vilavi) est incarcéré depuis le 25 mai 2022 : il est soupçonné de "traite d'êtres humains" et de "viols sur mineure de plus de 15 ans", "recours à la prostitution d'un mineur", "agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans", "détention d'images pédopornographiques", mais surtout d'une "tentative d'enlèvement" sur une jeune femme de 22 ans. C'est elle qui est à l'origine de cette affaire.

Celle qui a fait tomber Jacques Bouthier

C'est parce qu'elle se sent menacée que cette jeune femme de 22 ans pousse la porte du commissariat du 19e arrondissement de Paris le 15 mars dernier : la plainte qu'elle dépose est explosive. Elle raconte être arrivée du Maroc à 14 ans dans des conditions très précaires, et avoir rencontré Jacques Bouthier à 16 ans, par l'intermédiaire d'une de ses cousines. Le multimillionnaire lui propose alors des relations sexuelles rémunérées. Il l'héberge dans un appartement, à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, et lui rend visite en moyenne une fois par semaine. 

Le jeune femme déclare alors avoir subi des viols entre 16 et 22 ans. Complètement sous son emprise, elle accepte même d'arrêter le lycée pour être disponible, comme il le souhaite, tous les après-midi à partir de 15h00. Jacques Bouthier le confirmera d'ailleurs en garde à vue. Mais lorsqu'elle atteint ses 21 ans l'an dernier, Jacques Bouthier aurait estimé qu'elle était trop âgée et lui aurait demandé de lui trouver une autre jeune fille. Lors d'un examen psychologique, elle explique : "Je veux juste qu'il arrête, je m'en fous qu'il aille en prison. Je ne veux pas qu'il fasse de mal à des petites filles innocentes."

Celle qui a été recrutée pour le piéger

Avant de porter plainte, cette jeune femme a tenté de piéger l'homme d'affaires. Elle fait alors venir dans son appartement une jeune Roumaine de 14 ans, informée du stratagème : elle tourne alors une vidéo d'un peu plus d'une minute, dans laquelle on voit Jacques Bouthier sur un lit, dénudé, aux côtés de l'adolescente à qui il dit de ne pas avoir peur. S'il n'y a de rapport sexuel sur les images, la vidéo reste très compromettante pour le PDG, ce qui explique sa mise en examen pour "agression sexuelle". 

La jeune femme de 22 ans tente alors de le faire chanter, et lui réclame une très grosse somme d'argent. Mais Jacques Bouthier refuse. Il est alors soupçonné d'avoir recruté une équipe pour récupérer la vidéo et enterrer l'affaire. La brigade de protection des mineurs le suspecte aussi d'avoir projeté d'enlever la jeune femme, pour la renvoyer au Maroc.

Les complices de Jacques Bouthier

Dans cette équipe de malfaiteurs au service de Jacques Bouthier, on retrouve plusieurs de ses proches – dont sa femme – mais aussi un ancien gendarme du GIGN ou encore un ex-boxeur reconverti dans la sécurité privée. Ce dernier va solliciter un policier pour tenter de retrouver la jeune femme et de récupérer la vidéo. En tout, six personnes sont mises en examen, et la plupart placées en détention provisoire. 

Dans une écoute téléphonique, Jacques Bouthier s'est vanté d'avoir beaucoup de relations dans la police. Récemment, un ex-commissaire divisionnaire a d'ailleurs été entendu par les enquêteurs, sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui. Sollicités, ni l'avocate de Jacques Bouthier, maître Laure Heinich, ni l'avocat de la plaignante n'ont souhaité faire de commentaire. D'après les informations de franceinfo, Jacques Bouthier n'a pas reconnu les faits lors de sa garde à vue et a évoqué un "piège" pour le faire chanter.

Les investigations se poursuivent. Les enquêteurs de la police judiciaire parisienne épluchent le passé de l'homme d'affaires, à la recherche d'éventuelles autres victimes mineures. Une procédure est également en cours à Tanger, au Maroc, où se trouve un centre d'appels du groupe de courtage Assu 2000. Sept anciennes employées ont déposé plainte contre Jacques Bouthier et plusieurs de ses collaborateurs pour harcèlement sexuel entre 2018 et 2022. Le 17 juillet dernier, deux hommes, un Français et un Marocain, ont été mis en examen au Maroc : en tout, huit personnes ont été mises en examen dans le cadre de cette procédure pour harcèlement sexuel. Six d'entre elles ont été placées sous mandat de dépôt et deux autres laissées en liberté ; l'un des principaux serait en fuite et recherché par les autorités.

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