Royaume-Uni : le prince Philip, époux de la reine Elizabeth II, est mort à l'âge de 99 ans

Le duc d'Edimbourg avait été hospitalisé pendant un mois, en février, à Londres, et avait retrouvé son domicile depuis la mi-mars.

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Le prince Philip, duc d'Edimbourg et époux de la reine Elizabeth II, au château de Windsor (Royaume-Uni), le 22 juillet 2020.  (ADRIAN DENNIS / AFP)

La famille royale britannique est en deuil. Le prince Philip, époux de la reine Elizabeth II, est mort à l'âge de 99 ans, annonce le Palais de Buckingham, vendredi 9 avril. Mi-mars, le duc d'Edimbourg avait quitté le King Edward VII's Hospital, à Londres, où il avait été hospitalisé pendant un mois, après avoir subi "avec succès", début mars, une intervention pour un problème cardiaque préexistant. Le prince a accompagné la souveraine dans sa mission pendant plus de 70 ans. Plus longtemps que n'importe quel autre conjoint de monarque britannique.

Philip Mountbatten a vu le jour le 10 juin 1921 au palais de Mon Repos, sur l'île grecque de Corfou. La légende raconte qu'il est né sur la table de la cuisine. A sa naissance, le petit dernier de la famille est déjà prince, descendant des rois de Grèce et du Danemark par son père, le prince André de Grèce, et parent des familles princières allemandes par sa mère, Alice de Battenberg. L'enfant ne connaîtra cependant pas l'insouciance de l'aristocratie.

Il a 18 mois lorsque sa famille est poussée à l'exil. Les derniers soubresauts de la Première Guerre mondiale contraignent son oncle, le roi Constantin 1er, à abdiquer. A l'issue de la guerre gréco-turque, fin 1922, les militaires prennent le pouvoir. Le prince et ses parents sont bannis par un tribunal révolutionnaire. A bord du navire de l'armée britannique qui les évacuent, une caisse d'oranges sert de lit à l'enfant. Philip passe d'abord quelques années en France, sur les hauteurs de Saint-Cloud. A 7 ans, il est envoyé au Royaume-Uni, chez son oncle maternel, George Mountbatten. Il y passe une enfance solitaire et agitée.

Un coup de foudre adolescent

La famille a éclaté. Son père s'est installé à Monte-Carlo avec sa maîtresse. Sa mère, dépressive, victime de crises mystiques et diagnostiquée schizophrène, est internée en Suisse. Quant à ses quatre sœurs, elles épousent des princes allemands, dont l'un se liera avec le régime nazi naissant. L'une d'elles meurt dans un accident d'avion. Son oncle et tuteur décède, lui, d'un cancer. Philip a 17 ans.

Une photo non datée du prince Philip jeune au centre. (AFP)

L'adolescent fait ses classes dans la Royal Navy, au collège de Dartmouth, l'établissement qui forme les futurs officiers. Cadet brillant et prince de sang, il se voit confier une mission un jour de 1939 : servir de chaperon aux deux princesses Elizabeth et Margaret, en visite royale à Dartmouth. La première, qui n'a que 13 ans, tombe sous le charme de ce jeune homme athlétique, élégant et spirituel.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Philip se bat à bord des navires de sa majesté. Dans l'océan Indien d'abord, puis en mer Méditerranée. Le jeune aspirant se distingue à plusieurs reprises et gagne des galons d'officier et des décorations. Philip et Elizabeth s'échangent une correspondance assidue. Pour Noël 1943, la princesse convainc son père d'inviter le prince.

"Le prince de nulle part et de rien"

Trois ans plus tard, Philip demande au souverain la main de sa fille. George VI est réticent. La reine consort Mary, grand-mère d'Elizabeth, encore davantage. Le gouvernement britannique, lui aussi, voit cette union d'un mauvais œil. Au palais de Buckingham, Philip est surnommé "le prince de nulle part et de rien". Il est étranger, exilé, sans le sou, ses parents sont séparés, le ressentiment anti-germanique rend ses sœurs infréquentables... Mais le roi cède à sa fille.

Après des fiançailles dans l'intimité, le mariage est célébré le 20 novembre 1947, en grande pompe, en l'abbaye de Westminster. Le matin, il est devenu Philip Mountbatten, duc d'Edimbourg. Avant la cérémonie, la reine mère demande à son futur gendre s'il "chérira" sa fille. "Chérir Lilibet ? Je me demande si le mot suffit à exprimer mes sentiments", répond le jeune homme de 26 ans, "tombé amoureux complètement et sans réserve". Pour Elizabeth, l'orthodoxe est devenu anglican, le prince de Grèce et du Danemark a renoncé à ses prétentions aux trônes européens.

Le prince Philip et la future reine Elizabeyth II le 25 novembre 1947 lors de leur lune de miel dans le Hampshire. (AFP)

Après son voyage de noces, le couple s'installe à Malte, où le prince Philip vient d'être muté. Il est fait commandant et compte bien poursuivre sa carrière navale. Mais la mort prématurée de George VI met fin à l'insouciance du jeune couple et propulse Elizabeth sur le trône le 6 février 1952. Philip doit sacrifier sa carrière dans la Royal Navy.

En privé, il reste le chef de famille, mais en public, le prince consort se résigne à devenir le second de sa femme, marchant toujours deux pas derrière elle, comme l'exige le protocole. Sans jamais pouvoir entièrement cacher sa frustration. Le jour où Winston Churchill conseille au couple royal de prendre le nom dynastique de Windsor et non celui de Mountbatten, Philip aurait hurlé : "Je ne suis qu'une foutue amibe, ici !" De cette union naissent quatre enfants : Charles en 1948, Anne en 1950, Andrew en 1960 et Edward en 1964.

Le prince Philip, la reine Elizabeth II, le prince Charles et la princesse Anne enfants. Photo non datée. (AFP)

"Ne jamais laisser tomber la reine"

La presse britannique a fait ses choux gras des infidélités supposées du prince, qui, pour oublier son rôle d'éternel second, aurait flirté avec les actrices et les danseuses, les aristocrates comme les roturières. Le duc s'adonne également au pilotage d'avion, il aime le polo, mais plus encore les compétitions d'attelages de chevaux. A ses heures perdues, il est aussi collectionneur d'art, écrivain et peintre amateur. Rien de tout cela ne compromet sa loyauté et son soutien indéfectible à sa reine. "Mon premier, second et ultime emploi est de ne jamais laisser tomber la reine", a-t-il dit.

Le couple a été secoué par les divorces de trois de ses quatre enfants (Charles, Anne et Andrew) et par la mort tragique de la princesse Diana. Lors de leurs noces d'or, le prince Philip avait livré le secret de leur longévité : "La tolérance est l'ingrédient essentiel d'un mariage heureux."

Le prince Philipe marchant derrière le cercueil de la princesse Diana le 6 septembre 1997 lors des funérailles, à Londres. (JEFF J MITCHELL / AFP)

Elizabeth II disait du prince Philip qu'il était "le seul être au monde à lui parler comme à une personne normale". Il la surnommait "ma petite saucisse", une allusion à ses rondeurs acquises au tournant de la soixantaine. Il l'appelait aussi parfois "mon chou", s'amusant de ses permanentes comme de ses chapeaux colorés.

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Direct, cassant, autoritaire, colérique… Le prince était connu pour son caractère rugueux, son tempérament fougueux, son langage peu protocolaire. Des traits bien éloignés de l'attitude irréprochable de la reine, que ne lui en tenait cependant pas rigueur. Il était également réputé pour sa propension à faire des gaffes et des blagues de très mauvais goût, quand elles ne sont pas teintées de racisme ou de sexisme.

Le prince Philip plaisante le 29 mars 2012 lors d'une visite d'un école au nord de Londres. (ARTHUR EDWARDS / AFP)

"Les femmes britanniques ne savent pas cuisiner", assène-t-il en public en 1966, des propos qui choquent. "Ne restez pas trop longtemps, sinon vous allez avoir des yeux bridés", recommande-t-il à des étudiants britanniques en stage en Chine en 1986. "Tu ne pourras jamais voler là-dedans, tu es trop gros", lâche-t-il en 2001 à un adolescent de 13 ans qui rêve de devenir astronaute. "Combien de personnes avez-vous fauché ce matin avec ce truc ?" demande-t-il encore à une personne en fauteuil roulant, à Londres en 2012.

"L'expert mondial des inaugurations de plaques"

Le correspondant royal de la BBC a calculé que le mari de la reine a assisté à plus de 22 000 événements publics, prononcé plus de 5 400 discours et rendu plus de 600 visites à l'étranger, non sans une certaine lassitude. Inaugurant une plaque dans un stade de cricket à Londres, il plaisante : "Vous êtes sur le point de voir l'expert mondial des inaugurations de plaques."

Le prince Philip aux côtés de la reine Elizabeth II le 2 novembre 2007 lors de l'inauguration des studios de Pinewood, près de Londres. (STEVE REIGATE / AFP)

Le prince Philip avait pris sa retraite en 2017, à 95 ans. Il n'était réapparu en public qu'à de rares exceptions : pour les mariages de son petit-fils, le prince Harry, et de ses petites-filles, les princesses Eugenie et Beatrice. Il profitait de son temps libre pour lire et peindre. Il avait aussi organisé ses obsèques, l'opération "Forth Bridge", avec ses conseillers. Il a refusé les funérailles fastueuses à Westminster, préférant une cérémonie intime dans la chapelle de Windsor. Le plus bel hommage lui a certainement été rendu par son épouse elle-même : "C'est mon roc. Il a tout simplement été ma force et mon soutien", avait ainsi déclaré Elizabeth II en 2011Pour des habitants d'une île de l'archipel du Vanuatu, dans le Pacifique, il était aussi une divinité.

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