Après des menaces "d'intégristes", le médecin de Vincent Lambert démissionne

Selon "Le Figaro", le Dr Eric Kariger a quitté le CHU de Reims. 

Eric Kariger, médecin de Vincent Lambert, au CHU de Reims, le 16 janvier 2014.
Eric Kariger, médecin de Vincent Lambert, au CHU de Reims, le 16 janvier 2014. (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Il parle d'insultes émanant d'"intégristes catholiques" qui le viseraient personnellement, mais aussi son équipe et sa famille. Selon Le Figaro, vendredi 4 juillet, le Dr Eric Kariger, chargé du suivi de Vincent Lambert, tétraplégique en état de conscience minimale, a donné sa démission au CHU de Reims. 

"Il en a même solennellement appelé à la protection de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et de l'Agence régionale de santé (ARS) Champagne-Ardenne", précise le quotidien.

Le Figaro raconte que ce gériatre, médecin du trentenaire accidenté dont le sort divise sa famille, et auteur de la mise en route de son euthanasie passive à deux reprises, a quitté l'établissement. Et ce avant le délibéré du Conseil d'Etat, rendu le 24 juin. Malgré celui-ci, favorable à l'arrêt des traitements de Vincent Lambert, le sort du tétraplégique est suspendu à une décision de la Cour européenne des droits de l'homme, qui a pris des mesures provisoires après avoir été saisie par ses parents.

"Aucune religion ne défend le principe de souffrir"

Eric Kariger n'est pas seulement médecin. Engagé au Parti chrétien-démocrate (PCD), dont il a demandé à être mis en congé, et vice-président du conseil général de la Marne, "il est catholique, médecin, contre l'euthanasie, contre l'acharnement thérapeutique. Il fait tout pour défendre la vie et le serment d'Hippocrate", a confié Christine Boutin, la fondatrice du PCD, au Monde (article payant). "J'aime ses paradoxes : question valeurs, il est plutôt côté 'pro-life'. Or, ces derniers mois, il s'est retrouvé au premier rang en face d'eux. C'est un sacré conflit de valeurs, disait de lui un confrère. Ce n'est pas facile de se faire traiter d'assassin. Alors quand cela vient de son propre camp, cela doit être très compliqué."

"Aucune loi, aucune religion ne défend le principe de souffrir. Je ne suis pas pour la vie à tout prix, même si jamais je ne donnerai la mort. Reste qu’à un moment, la médecine doit savoir se retirer", expliquait le Dr Kariger à Libération en octobre. Fin juin, le gériatre estimait que, face aux divergences de points de vue sur l'état de Vincent Lambert qui l'opposaient à la mère de Vincent Lambert, il n'était pas possible de trouver un consensus. 

En janvier, lorsque le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) s'est opposé à l'euthanasie passive de Vincent Lambert, déclenchant la longue bataille judiciaire, Eric Kariger déclarait : "J'ai le sentiment que les volontés de Vincent n'ont pas été respectées." "C'est à la déontologie et à la profession médicale de définir la notion d'obstination déraisonnable. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que certains ont pris notre place", disait-il aussi.