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Education prioritaire : "C'est comme si on nous reprochait d'avoir de bons résultats"

Francetv info s'est rendu à la manifestation organisée à Paris, mercredi, par les opposants à la nouvelle carte de l'éducation prioritaire, présentée un peu plus tôt dans la journée par la ministre de l'Education nationale.

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Des enseignants manifestent contre la nouvelle carte de l'éducation prioritaire, le 17 décembre 2014 à Paris. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

"Touche pas à ma ZEP. ZEP a zuste." Les opposants à la nouvelle carte de l'éducation prioritaire ne manquent pas d'humour, ni d'imagination, mercredi 17 décembre, pour manifester leur mécontentement. A Paris, entre 400 et 500 personnes, principalement des enseignants, accompagnés de quelques collégiens, lycéens et parents, se sont réunies devant les Invalides à 14 heures. Certains portent des costumes de père Noël. Le cortège part ensuite vers le ministère de l'Education nationale.

A la manifestation contre la nouvelle carte d'éducation prioritaire, le 17 décembre 2014 à Paris. (CITIZENSIDE / JALLAL SEDDIKI / AFP)

Valable dès la rentrée 2015, cette carte comprend 1 089 réseaux d'éducation prioritaire (REP). Les manifestants dénoncent ce nouveau classement, qui les excluent des REP. Ce label, qui remplace celui des zones d'éducation prioritaire (ZEP), leur permet de bénéficier de ressources spécifiques, comme des classes réduites, du temps pour le travail en petits groupes, ou encore des indemnités spécifiques.

"On ne veut pas être abandonnés"

"On veut un plan B. On ne veut pas être laissés à l'abandon", martèle Ersilia Soudais, 26 ans. Pour cette professeure de français, la sortie du collège Camille-Corot à Chelles (Seine-et-Marne) de la nouvelle carte est d'autant plus injuste que cela s'est joué à 300 m près. Cet établissement, où elle exerce depuis trois ans, est entouré de quartiers classés en zone urbaine sensible (ZUS) côté Montfermeil (Seine-Saint-Denis), mais pas du côté Chelles, alors que des élèves des deux quartiers vont dans ce collège. "On ne devrait pas enlever à certains pour donner à d'autres, encore plus pauvres. Cette réforme n'est pas assez ambitieuse", estime-t-elle.

Ersilia Soudais, professeure de français, manifeste contre la sortie de son collège de ZEP, le 17 décembre 2014 à Paris. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)
 

"Ma réforme est ambitieuse", a pourtant insisté Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale, lorsqu'elle a dévoilé sa nouvelle carte, mercredi à la mi-journée. Anticipant les critiques sur le manque de moyens pour mettre en place sa réforme, elle a donné dans la métaphore. "Plutôt que d'ajouter une écharpe à Paul, qui a déjà un manteau et un pull, on la donne à Jacques, qui grelotte."

"Pas de certitude sur les aides" pour les sortants de ZEP

Mais pour Aurélien Huguenin, professeur de français et de théâtre, ces déclarations ne suffisent pas. La ministre a beau affirmer que les sortants de ZEP seront toujours aidés et que l'indemnité spécifique continuera à être versée aux enseignants pendant trois ans, il reste très inquiet. "On n'a aucune certitude sur les moyens déployés et le respect du nombre d'élèves par classe, ce ne sont que des promesses", se désole-t-il, une banderole à la main.

Le collège Gérard-Philippe à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où Aurélien Huguenin exerce, perd son statut de ZEP obtenu en 1999, parce que "l'établissement a réussi à faire de la mixité sociale". "Aujourd'hui, on accueille autant d'enfants de zones pavillonnaires que de quartiers sensibles, explique-t-il. Les parents des zones pavillonnaires vont scolariser leurs enfants ailleurs s'il n'y a plus de projets pédagogiques."

La crainte d'une fuite vers le privé

De fait, en région parisienne, "l'embourgeoisement" de certains quartiers conduit des collèges à sortir de ZEP. Et la perte des avantages liés au dispositif risque de pousser certains parents plus favorisés à mettre leurs enfants dans le privé. "C'est comme si on nous reprochait d'avoir de bons résultats", renchérit un professeur de maths venu de Mâcon (Saône-et-Loire), derrière sa pancarte avec le petit Prince de Saint-Exupéry.

Des manifestants défilent à Paris contre la nouvelle carte de l'éducation prioritaire, le 17 décembre 2014. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

L'espoir de sauver une ou deux ZEP

"Pour l'instant, la bonne humeur prédomine dans le cortège. Malgré la colère qui anime les manifestants, ils poursuivent en chanson.

Peu après 16 heures, ils arrivent devant le ministère de l'Education nationale, rue de Grenelle. Une délégation est reçue par Najat Vallaud-Belkacem. "Elle va peut-être lâcher un ou deux réseaux en plus. On y croit, on l'espère", glisse un professeur de Guînes (Pas-de-Calais), déguisé en père Noël. Mercredi matin, au dernier moment, sept REP ont été ajoutés, car il était difficile de les faire sortir au vu de leurs caractéristiques, explique l'entourage de la ministre. "Après-demain commencent les vacances de Noël, après, on verra...", souffle ce professeur à l'annonce de cette nouvelle.

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