"Rien n’a changé" : un an après le suicide de Christine Renon, le constat est amer chez les directeurs d'écoles

La directrice s'était donnée la mort dans son école de Pantin, provoquant un immense émoi dans le monde enseignant. Depuis, le ministère a promis des mesures pour alléger la tâche des chefs d'établissement. Franceinfo a rencontré deux directeurs de région parisienne dont l'état d'esprit n'a pas évolué depuis un an. 

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Radio France
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Le 5 octobre 2019 à Pantin (Seine-Saint-Denis) devant l'école maternelle où la directrice Christine Renon s'est suicidée après avoir dénoncé la dégradation des conditions de travail. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Le 21 septembre 2019, Christine Renon, directrice d'école en Seine-Saint-Denis, se suicidait dans son établissement de Pantin, laissant une lettre dénonçant ses conditions de travail, les tâches administratives qui s’accumulent et les sollicitations permanentes. Un an plus tard, un hommage lui est rendu samedi 26 septembre lors d'une marche entre Aubervilliers et Pantin à partir de 14 heures. À l'époque, sa mort avait provoqué un immense émoi dans le monde de l'éducation

Paul dirige une très grosse école en proche banlieue parisienne. Karine est à la tête d'une structure de six classes dans une ville plus rurale du Val-d’Oise. Des contextes différents, et pourtant l'an dernier tous les deux se sont reconnus dans la lettre laissée par Christine Renon. Et un an plus tard, ils font aussi le même constat : "Rien n’a changé. Zéro !", déplore Paul.

Il y a eu des moments d’émotion à certaines réunions avec une inspection qui comprend mais qui de toute façon ne peut rien faire de plus.

Paul, directeur d’école

Karine de son côté confie qu’elle est "débordée, voire plus débordée qu’avant parce qu’avec le Covid-19 nous avons beaucoup de tâches supplémentaires. Le quotidien s’est même encore alourdi depuis". Cette crise sanitaire du coronavirus est venue accentuer et exacerber toutes les difficultés préexistantes des directeurs. "C’est vraiment la première fois qu’à la fin du mois d’août, j’ai appréhendé la rentrée", explique la directrice à Magny-en-Vexin, qui est syndiquée à l’Unsa.

J’ai tellement fini au mois de juin dans un état d’épuisement que je n’avais presque pas envie de reprendre.

Karine, directrice d'école

"C’est sur nous que ça pèse, poursuit Karine, les parents nous appellent pour nous demander : 'Mon enfant tousse, est-ce que je le mets à l’école ?' Les collègues aussi des fois nous posent des questions sur comment faire respecter le protocole dans la classe. Ce début d’année est beaucoup plus tendu."

Des interrogations sur leur avenir dans le métier

Depuis un an, le ministère de l’Éducation assure prendre le problème à bras le corps. Des négociations sont en cours avec les syndicats. Jean-Michel Blanquer a promis par exemple 12 500 services civiques pour aider les directeurs dans leurs taches administratives mais aussi une prime exceptionnelle de 450 euros. "Je ne vais pas jeter cette prime par la fenêtre, déclare Karine. Tant mieux, c’est le minimum qu’on pouvait faire mais ça ne suffit pas."

On attend concrètement que notre quotidien change et que ce ne soit plus la course permanente.

Karine, directrice d'école 

Et il y a urgence, Paul s'interroge sur son avenir dans ce métier : "Faire autre chose ? Oui, j’y pense. Je suis devenu directeur il y a 16 ans. Pour moi, c’était un peu comme une promotion hyper valorisante. Mais maintenant, j’ai l’impression que l’on ne peut plus vraiment améliorer les choses. Je n’ai plus la même motivation qu’il y a cinq ans." Et c’est pareil pour Karine. "Tous les ans, confie-t-elle, je me demande si j'ai encore envie de continuer."

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Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d'un membre de votre entourage, il existe des services d'écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

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