Richesse, diplômes, espérance de vie... Quatre informations à retenir du rapport sur les inégalités en France

L'édition 2019 de ce panorama, rendu public mardi, met en évidence les écarts qui existent entre les différents milieux sociaux et souligne l'ampleur de l'insécurité sociale liée notamment au "mal emploi".

Migrants et réfugiés installés le long du périphèrique parisien, le 14 mai 2019.
Migrants et réfugiés installés le long du périphèrique parisien, le 14 mai 2019. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

"Les privilèges sont conséquents dans notre société." L'analyse de l'Observatoire des inégalités est sans appel dans son troisième rapport, publié mardi 4 juin. Ce collectif d'experts, indépendant et unique en France, a compilé différentes statistiques et études publiques sur plusieurs thématiques comme le revenu, l'éducation, l'emploi ou encore le mode de vie. 

L'édition 2019 met en évidence les écarts qui existent entre les différents milieux sociaux et souligne l'ampleur de l'insécurité sociale liée notamment au "mal emploi". Voici les quatre principales informations à retenir. 

Les riches sont encore plus riches 

La France, derrière la Suisse, est le deuxième pays européen où les riches ont les plus gros salaires en Europe. En moyenne, les 10% de Français les plus aisés perçoivent des revenus 6,7 fois plus élevés que les 10% de Français les plus pauvres, après impôts et prestations sociales. Au total, 1% des plus riches gagne l'équivalent de presque 6% des revenus de l'ensemble des ménages.

L'accumulation patrimoniale engendre une reproduction des inégalités de génération en génération : 1% des plus fortunés de notre pays possède 17% de l'ensemble du patrimoine des ménages et les 10% les plus riches, presque la moitié. 

En bas de l'échelle, cinq millions de personnes pauvres vivent avec moins de 855 euros par mois pour une personne seule. Presque la moitié des personnes concernées ont au plus le brevet des collèges, sont des mères de familles monoparentales ou des immigrés (hors Union européenne).

Les inégalités scolaires semblent figées

La démocratisation sociale évolue peu. Dès les petites classes, l'origine sociale des enfants influence fortement leurs résultats scolaires, constatent les auteurs de l'étude. A la fin du collège, les inégalités se traduisent par des orientations différenciées selon la catégorie sociale des parents. Dans les cycles d'études supérieures, les enfants de cadres supérieurs sont 2,9 fois plus nombreux que les enfants d'ouvriers.

Même si les filles représentent désormais 55% des étudiants, les filières qui conduisent aux emplois les mieux rémunérés restent dominées par les garçons. Seuls 40,3% des étudiants des filières scientifiques sont des femmes. Pour atteindre la parité, au rythme actuel, il faudrait 170 ans. 

Le "mal emploi" touche un actif sur quatre

Le chômage de masse génère un effet de file d'attente, dans laquelle les moins diplômés sont les derniers servis. Le taux de chômage des non-diplômés (18,3%) est ainsi 3,7 fois plus élevé que celui des titulaires d'un diplôme du supérieur, qui connaissent pratiquement le plein-emploi, avec un taux de chômage de 5%. 

Autre population durement frappée : les immigrés. Plus d'un emploi sur cinq est inaccessible aux étrangers non ressortissants de l'Union européenne. A leur niveau de diplôme souvent inférieur s'ajoute l'effet des discriminations exercées par les employeurs. Leur taux de chômage est de 16,3%, soit deux fois plus que celui des personnes nées en France (8,6%). 

La pénibilité physique au travail est également une inégalité flagrante, 10,6 fois plus fréquente chez les ouvriers que chez les cadres supérieurs.

Quant au "mal emploi", il touche un actif sur quatre. Après une stabilisation de près de dix ans, la précarité professionnelle augmente depuis 2014. En cause, selon les auteurs du rapport, la dérégulation du droit du travail qui affaiblit les salariés et des CDD de plus en plus courts.

Le niveau de vie ne s'améliore plus pour une majorité

L'évolution des conditions de vie dépend en grande partie des niveaux de vie. Or, ceux-ci ne s'améliorent plus pour la majorité de la population. Le mal-logement persiste En France, avec 800 000 personnes qui n'ont pas de domicile personnel, 143 000 personnes qui doivent recourir à l'hébergement social ou à l'hôtel et, au minimum, 11 000 d'entre elles qui dorment dans la rue. L'état de santé pâtit également du niveau de vie. Treize années séparent l'espérance de vie des 5% les plus pauvres (71,7 ans) de celle des 5% les plus riches (84,4 ans). 

Les pratiques culturelles sont également fortement marquées par l'appartenance sociale. L'accès à internet est 1,4 fois plus élevé chez les cadres supérieurs que chez les ouvriers. Les plus riches vont 2,5 fois plus au cinéma que les plus pauvres. Dans les médias (œuvres de fiction et programmes d'information), les cadres supérieurs sont 15 fois plus visibles que les ouvriers.