Proposition de loi Rilhac : "Choisir mes enseignants ne m’intéresse pas", affirme une directrice d'école opposée à un changement de statut

Une proposition de loi visant à réformer le statut des 45 000 directeurs d'école est examinée mercredi en deuxième lecture à l'Assemblée nationale. Son initiatrice, la députée LREM Cécile Rilhac souhaite leur conférer une autorité hiérarchique sur les autres enseignants. 

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Cécile Bouchet, directrice d'une école dans la commune du Neubourg (Eure). (NOÉMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

Cécile Bouchet est directrice d'une école de huit classes au Neubourg, une commune située dans un secteur plutôt rural du département de l'Eure. Pour la rencontrer, il faut attendre la fin de la journée lorsqu'elle se libère de toutes les sollicitations, celles de collègues, d'élèves ou encore de parents. "Là c’était au sujet des tests salivaires mais il y a aussi les imprévus, raconte-t-elle. Par exemple, jeudi dernier une collègue m’a annoncée qu’elle était malade et qu’elle n’allait pas pouvoir venir. Le même matin, une autre collègue m'a dit qu’elle ne pouvait pas venir parce que son fils était malade et là, je me suis retrouvée avec deux classes sans enseignants”.

Cécile Bouchet bénéficie d'une décharge pour gérer ses missions administratives : pendant ce temps, un autre enseignant prend en charge sa classe de CP. Le temps de décharge de direction varie en fonction de la taille de l'école. Cécile Bouchet est libérée chaque jeudi. Une journée qu'elle ne voit souvent pas passer. "J’ai les élections de parents d'élèves à préparer, envoyer des listes pour la photo de classe, appeler l’inspection pour demander conseil sur un problème qui m’a été rapporté...”  

Un travail varié, chronophage et souvent stressant

"Entre deux [tâches] le téléphone sonne et à la fin de la journée, on est bien fatiguée", dit-elle d’un rire désabusé "nerveusement, physiquement on n'en peut plus". Cécile Bouchet ne compte pas ses heures, elle passe du temps à l'école tous les week-ends. Pour cet investissement, la directrice d'école touche 150 euros de prime par mois. Malgré les difficultés, elle apprécie cette fonction qu'elle occupe depuis six ans et elle ne désire en aucun cas avoir de l'autorité sur ses collègues. C'est ce que vise la proposition de loi déposée en mai 2020 par la députée La République en marche Cécile Rilhac et examinée en deuxième lecture mercredi 29 septembre 2021 à l'Assemblée nationale. “Le fond de l’histoire, je ne le saisis pas bien. Sincèrement, être amenée à choisir mes enseignants, ça ne m’intéresse pas. Non, ça ne peut pas fonctionner", estime la directrice d'école qui préférerait "avoir plus de temps pour l’administratif parce que parfois c’est vraiment la course. On est à la fin septembre et j’ai l’impression d’être déjà bien fatiguée. C’est vrai que parfois c’est un peu pesant”.

Dans la classe voisine, Émilie Franc, enseignante en CE1/CE2 est, elle aussi, opposée à l'instauration d'un rapport hiérarchique entre les directeurs d'école et les autres enseignants. "Très sincèrement, je ne pense pas que ce soit une bonne solution." 

"On travaille vraiment en équipe et le message du directeur, est, je pense, plus fort, justement parce qu’on bosse d’égal à égal."

Émilie Franc, enseignante

franceinfo

Le chef de l'État a par ailleurs annoncé lors d'un déplacement à Marseille le 2 septembre dernier, vouloir mettre en place une expérimentation en ce sens,"dès la rentrée 2022-2023" dans 50 écoles de quartiers difficiles la cité phocéenne. "Il faut que ces directeurs d'école puissent choisir l'équipe pédagogique", avait alors déclaré Emmanuel Macron. La proposition a été froidement accueillie par les syndicats enseignants des Bouches-du-Rhône. Mais si cette question fait débat, il y a en revanche consensus sur le besoin de revalorisation de cette fonction de direction d'école.

Le quotidien d'une directrice d'école de l'Eure - reportage de Noémie Bonin.
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