Pourquoi les élèves français ont-ils un problème avec les maths ?

Dans l'enquête internationale TIMSS publiée mardi, la France est classée dernière au sein de l’UE pour les mathématiques pour les CM1 et avant-dernière pour les classes de 4e.

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Radio France
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Illustration classe de primaire. (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)

Tout en bas du classement. Selon l'enquête internationale TIMSS, publiée mardi 8 décembre sur le niveau des élèves de l’OCDE et de l’Union européenne en mathématiques et en sciences, l’Hexagone est l’un des cancres de l’UE. La France est en effet classée dernière au sein de l’UE pour les mathématiques dans le classement des CM1 et avant-dernière pour les classes de 4e. Mais comment expliquer un tel classement ? 

Une formation scientifique des enseignants parfois insuffisante

Tout d'abord, le niveau en mathématiques des élèves français est-il principalement lié à celui des enseignants ? "Il y a un gros travail de formation des enseignants, une formation continue plus axée sur les fondamentaux", avance Sébastien Planchenault, président de l’APMEP, l’association des professeurs de mathématiques. Ce constat a été, selon lui, pris en compte par le gouvernement. "Il y a trois ans a été mis en place le plan Villani-Torossian sur lequel les effets n'ont pas encore été appliqués au niveau des élèves français. Il faudra un certain temps pour qu'on ressente des effets bénéfiques."

"Les professeurs d'école en primaire n'ont pas eu de formation scientifique et on rencontre quelques difficultés à transmettre les notions mathématiques", explique justement Charles Torossian. Le directeur de l'Institut des hautes études de l'éducation et formation, est celui qui a lancé le plan mathématiques avec Cédric Villani. La priorité est mise sur la formation : "On avait noté dans notre rapport qu'il fallait multiplier par cinq l'effort de formation continue sur les enseignants. Nous sommes en train de le faire, nous avons aujourd'hui quasiment 1 600 référents mathématiques de circonscription qui travaillent sur le terrain au plus près des professeurs des écoles. Il y a beaucoup de confiance à reconstituer auprès des enseignants, notamment du premier degré."

Un manque d’attractivité du métier d’enseignant

Les enseignants ont aussi un parcours plus tournés vers les lettres. Ils vont donc avoir des difficultés pour donner le goût des maths aux élèves. "Les étudiants en sciences se désintéressent du métier, explique Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU. Résultat, il y a "une surreprésentation des étudiants qui viennent des filières de sciences humaines ou littéraires, c'est une réalité statistique", poursuit la syndicaliste. Et cela s’explique par une question de revenu : "Quand vous avez un master en mathématiques vous pouvez commencer autrement votre carrière que par le métier d'enseignant qui est mal payé en début de carrière." 

Il est vrai que les salaires des enseignants français sont parmi les plus mauvais en Europe. Par exemple, un enseignant français de primaire en début de carrière est payé 26 000 euros bruts par an en moyenne, ce qui place la France au 10e rang sur les 22 pays européens membres de l'OCDE inspectés. Loin derrière son voisin allemand qui rémunère ses enseignants de primaire en début de carrière plus de 53 000 euros par an en moyenne. "Il faut aussi traiter cette question-là de l'entrée dans le métier, de l'attractivité si on veut attirer plus de jeunes scientifiques vers le métier d'enseignant", explique Sophie Vénétitay.

Une baisse du nombre d’heures au collège

Pour Charles Torossian, la formation n’explique pas tout. L’enseignement des mathématiques a diminué selon lui depuis un certain nombre d'années : "Au niveau du collège, il y a dix ans, il y avait cinq heures en sixième alors qu'à l'heure actuelle on a 4h30. Sur les niveaux de la cinquième à la troisième, on a 3h30 alors qu'avant on avait quatre heures." Selon le directeur de l'Institut des hautes études de l'éducation et formation, "il faudrait plus d'heures pour laisser plus de temps à l'appropriation des notions travaillées avec les élèves."

Trop peu d’heures de mathématiques au collège, une inquiétude qui apparaît aussi avec la réforme du baccalauréat, selon Sophie Vénétitay. "Les chiffres de cette rentrée montrent que 41% des élèves de terminale ne font pas du tout de mathématiques en spécialité ou en option. On est passé du tout au rien, affirme la secrétaire générale adjointe du SNES-FSU. La syndicaliste s'inquiète de la disparition d'un bagage commun "et ça ne va pas arranger la formation des étudiants qui se destinent au métier de l'enseignement".

La géométrie préférée au calcul

Mais les élèves français sont-ils si nuls en mathématiques par rapport à leurs voisins européens ? Pas tout à fait. Ils ont tout de même des points forts notamment en géométrie en CM1 par rapport au score moyen global, c'est également le cas pour les quatrièmes. "C'est une question spécifique autour du nombre par rapport à la géométrie. Les professeurs aiment bien l’enseigner, et les élèves aiment bien aussi, explique Charles Torossian. Il y a quelque chose de l'ordre de la manipulation, qui est ludique, on dit ce qu'on fait et après on va vers l'abstraction."

Un bon niveau en géométrie alors qu’il y a "un gros problème en France avec la question de la multiplication", explique le directeur de l'Institut des hautes études de l'éducation et formation : "Les Français et les pourcentages c'est une sorte de désamour qui s'est installé. On a une culture du calcul des pourcentages qui pose un problème." Pour Sébastien Planchenault, de l’association des professeurs de mathématiques, "on a tendance à très rapidement en tant qu'enseignant à travailler avec l'utilisation de lettres plutôt que de faire de la manipulation avec des objets ou de travailler avec des symboles, ce qui permettrait de mieux comprendre cette abstraction. On va trop rapidement et on perd un certain nombre d'élèves." 

Des élèves perdus, et l'attrait des mathématiques est altéré chez eux. "Il y a tout un travail autour de l'image et de l'orientation à faire", indique Sophie Vénétitay.  Pour la syndicaliste, l'amélioration du niveau des élèves ne pourra pas s'effectuer sans une amélioration du budget de l'éducation : "Il y a de beaux objectifs annoncés ici ou là, mais ça ne suit pas sur le terrain en raison du manque de moyens alloués aux établissements scolaires."

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