Enseignement en présentiel ou à distance : comment les autres pays jonglent-ils avec les deux dispositifs en pleine épidémie de Covid-19 ?

Variant Delta oblige, l'enseignement pourrait parfois, durant les prochains mois, se faire tant en présentiel qu'à distance en France. A l'étranger, des pays ont fait face à un problème similaire, certains parvenant à s'adapter, d'autres tâtonnant davantage tout en expérimentant des solutions.

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Une élève en classe, alors qu'un système d'enseignement hybride a été mis en place dans son école, à Stamford, dans le Connecticut (Etats-Unis), le 10 mars 2021. (JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Il a tranché. Jean-Michel Blanquer a annoncé dans une interview publiée dans Le Journal du dimanche (article réservé aux abonnés), dimanche 22 août, que le niveau 2 du protocole scolaire serait appliqué dans l'ensemble des établissements de l'Hexagone et de Corse à la rentrée de septembre.

Ces règles prévoient notamment sept jours d'isolement pour les collégiens et lycéens non vaccinés qui seront identifiés comme cas contacts. Cependant, des zones d'ombre subsistent quant au dispositif appliqué lorsque l'enseignement se fait à la fois en distanciel et en présentiel le temps de ces quelques jours. Ce sera "soit des systèmes [qui] permettent d'avoir un élève à distance qui voit la classe, soit ce sont tout simplement des devoirs et un suivi qui sont assurés par le professeur au travers des environnements numériques de travail", a répondu Jean-Michel Blanquer, interrogé sur le sujet dès le 19 août. "Chaque établissement est un cas particulier et a son plan de continuité pédagogique", a ajouté le ministre.

De plus, alors que les classes de primaire seront fermées dès le premier cas de Covid-19 identifié, alterner présentiel et distanciel reste un défi. D'autres pays ont été confrontés à de telles équations depuis le début de la crise sanitaire, voire parfois avant. De la Chine aux Etats-Unis, en passant par le Québec, franceinfo fait un petit tour du monde des réponses apportées.

En Estonie, les outils pour l'enseignement à distance sont devenus "essentiels"

L'Estonie avait entamé une transition numérique avant le début de la pandémie. A Tallinn, la capitale, de nombreux outils et plateformes numériques étaient déjà à disposition des établissements depuis plusieurs années, notamment pour assurer le lien entre les enseignants, les parents et les élèves qui se retrouvent en distanciel.

Avant la crise sanitaire, il arrivait que des jeunes soient amenés, occasionnellement, à avoir cours depuis chez eux. Lorsqu'ils étaient absents pour cause de maladie, il leur suffisait alors de se connecter à eKool, plateforme électronique éducative mise en place pour assurer la continuité de l'enseignement, où les élèves peuvent notamment avoir des retours sur leurs travaux.

Ces outils n'étaient pas utilisés de manière systématique, mais sont très vite devenus "essentiels" avec la pandémie, affirme à franceinfo Laura Limperk-Kütaru, qui dirige le département des relations internationales au ministère de l'Education estonien. De manière générale, au-delà de l'enseignement, la transition vers le numérique est bien amorcée dans les esprits et dans les mœurs : "Plus de 90% des services publics sont en ligne en Estonie, alors aujourd'hui, les gens sont habitués à tout faire sur internet", explique Laura Limperk-Kütaru.

"Nous assurons la formation des enseignants pour l'utilisation des outils numériques, et nous les aidons à créer du matériel pédagogique en ligne depuis plusieurs années."

Laura Limperk-Kütaru, directrice du département des relations internationales du ministère de l'Education estonien

à franceinfo

En Chine, passer du présentiel au distanciel n’a pas non plus constitué une nouveauté pour les jeunes. "Pandémie ou non, les professeurs ont l'habitude d'enregistrer leurs cours afin de les mettre à disposition des élèves sur des plateformes", raconte à franceinfo Yiqing Qi, journaliste en France qui a passé toute sa scolarité en Chine. Le pays dispose d'une plateforme nationale dédiée aux ressources éducatives et au service public. Tout était donc prêt lorsque les quelque 200 millions d'élèves du primaire et du secondaire ont commencé leurs cours en ligne, le 9 février 2020, explique une étude de l'Unesco.

Les élèves un jour sur deux à distance au Québec

Outre-Atlantique, un enseignement hybride a été retenu comme solution au Québec durant la pandémie. Dans certaines zones "rouges", où la circulation du virus était la plus forte, les élèves de seconde et première étaient amenés à aller à l'école un jour sur deux, comme l'expliquait Radio-Canada en octobre 2020. Le dispositif rappelle celui mis en place en France, lorsqu'une alternance de cours en présentiel et à la maison (avec des demi-groupes) avait vu le jour lors du deuxième confinement, pour éviter la fermeture complète des établissements.

Néanmoins, au Québec, la réflexion avait déjà commencé avant la crise sanitaire. En 2018, un plan d'action numérique a été lancé par le ministère de l'Education afin de transformer en profondeur le système éducatif. Au total, 33 mesures ont été prises pour aider à l'implantation de l'enseignement hybride et en ligne, et pour acheter le matériel numérique nécessaire. 

"Le plan prévoit de nombreuses formations en ligne gratuites à destination des enseignants, afin de les accompagner dans cette transition numérique."

France Gravelle, professeure-chercheuse en gestion de l'éducation à l'Université du Québec à Montréal

à franceinfo

Parmi ces formations, on retrouve notamment un webinaire, durant lequel une enseignante évoque la classe virtuelle qu'elle a expérimentée. Dans le cas d'un cours donné à 100% en distanciel, elle raconte travailler avec trois écrans : son ordinateur qui lui permet de communiquer avec ses élèves et de leur envoyer des documents, un tableau interactif permettant de projeter le cours, et un écran devant elle, sur lequel elle peut voir les réactions des jeunes. 

Des initiatives locales aux Etats-Unis

De l'autre côté de la frontière canadienne, aux Etats-Unis, la fermeture des écoles initiée à la mi-mars 2020 a éloigné des millions d’élèves des salles de classe pendant des mois. La situation a beaucoup différé selon les Etats, parfois même d'un comté à l'autre. Toutefois, voir des millions d'enfants ne plus se rendre à l'école a alimenté un débat sur les retards académiques accumulés et les conséquences psychologiques de l'enseignement à distance. 

Pour pallier cet enseignement "tout distanciel" tout en jugulant la progression de l'épidémie, certaines villes ont tenté le compromis, à partir de la rentrée 2020, comme à New York, ainsi que l'avait raconté le New York Times*. Dans le New Jersey, rapportait une station locale d'ABC* en août 2020, une commission scolaire avait envisagé un enseignement hybride, mais a dû faire marche arrière en raison du désistement de centaines de professeurs qui ne souhaitaient pas revenir en cours par peur de la pandémie. Fonctionnant selon des rotations par demi-journée, semaine, ou un jour sur deux, l'enseignement à la fois en distanciel et en physique fait débat et demeure à un stade expérimental dans le pays. 

Des initiatives locales ont également fleuri ailleurs dans le pays. Lorsqu’ils en avaient les moyens, de nombreux parents américains ont tenté de contourner l'enseignement public, en misant sur un apprentissage par "learning pods" (modules d'apprentissage) comme alternative aux classes virtuelles. Le concept ? Réunir des enfants du même quartier chez l’un ou chez l’autre pour travailler avec un enseignant qui pouvait se trouver à distance.

Encore une école hybride après la crise sanitaire ?

Aux quatre coins de la planète, l'impossibilité d'assurer les cours en présentiel a en tout cas poussé des pays à imaginer diverses solutions. Le Pérou a ainsi échafaudé le programme national d'enseignement à distance appelé "Aprendo en casa" ("J'apprends à la maison") destiné aux écoles maternelles, primaires et aux collèges. L'objectif de ce programme était d'aider les élèves, malgré la fracture numérique, à travers la diffusion des cours et des contenus éducatifs à la télévision publique et sur des stations de radio. Mais l'accès aux classes virtuelles n'a pas été optimal : de nombreuses régions situées dans des zones très reculées peinaient à capter le réseau téléphonique ou internet, comme l'a relaté dans un reportage d'Amanda Chaparro, correspondante au Pérou pour Radio France.

Des élèves péruviens montent sur une colline pour tenter de capter un signal afin d'accéder aux classes virtuelles mises en place par le gouvernement, dans le district de Manazo, au Pérou, le 24 juillet 2020.  (CARLOS MAMANI / AFP)

Dans plusieurs pays d'Afrique, la même démarche a été privilégiée, rapporte une étude de la Banque mondiale. Au Kenya, un plan d'enseignement à distance qui existait déjà, passant par la radio et la télévision, a été enclenché dès la fermeture des écoles en mars 2020. Un programme similaire a aussi été renforcé, en Sierra Leone, après avoir été mis en place pendant l'épidémie d'Ebola à partir de 2014.

Ce boom de l'enseignement en ligne permet aujourd'hui à certains Etats d'envisager l'enseignement hybride. Reste à savoir si cette tendance persistera après la crise sanitaire pour s'implanter à long terme. Début juin, le Québec misait ainsi sur une rentrée "100% normale", même si le variant Delta pourrait changer les choses, souligne La Presse.

* Ces liens renvoient vers des articles en anglais.

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