Nouveau calendrier scolaire : "Onze semaines de cours d'affilée, c'est délirant"

Le ministère de l'Education nationale tente de trouver un rythme idéal pour les enfants tout en satisfaisant les professionnels du tourisme. Mais pour un chronobiologiste interrogé par francetv info, on en est loin.

Un élève dans une école à Quimperlé (Finistère), le 3 octobre 2014.
Un élève dans une école à Quimperlé (Finistère), le 3 octobre 2014. ( MAXPPP)

Familles, enseignants, professionnels du tourisme... Le nouveau calendrier scolaire, dévoilé jeudi 2 avril par la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a comme ambition de prendre en compte les attentes de toutes les personnes impliquées dans ce dossier. 

Mais les représentants d'enseignants et de parents d'élèves signalent un gros point noir : le déséquilibre des périodes séparant les vacances, allant de cinq semaines entre celles de Noël et de février, à 11 semaines entre celles de printemps et d'été.

Et les enfants ? Cette nouvelle organisation respecte-t-elle leur rythme biologique ? Pour le savoir, francetv info a interrogé Yvan Touitou, chronobiologiste et membre de l'Académie nationale de médecine et de l'Academie nationale de pharmacie.

Francetv info : Le nouveau calendrier scolaire prévoit, pour la première zone en congés en 2016, cinq semaines de cours entre les vacances de Noël et celles d'hiver (février), puis six semaines de cours, suivies à nouveau de deux semaines de vacances, et enfin 11 semaines de cours jusqu'au début des vacances d'été. Cette organisation est-elle satisfaisante ? 

Yvan Touitou : Non. L'idéal, c'est une organisation avec sept semaines de cours, puis deux semaines de vacances, tout au long de l'année scolaire. La proposition actuelle n'est donc pas adéquate car elle déséquilibre considérablement le troisième trimestre. Onze semaines de cours d'affilée, c'est délirant et il est évident que les enfants se plaindront de fatigue et de mauvaise qualité du sommeil.

Quelles peuvent être les conséquences sur la santé des enfants ?

Ils peuvent ressentir une grande fatigue, et donc faire preuve d'agressivité. Par conséquent, ils sont aussi moins attentifs. La qualité d'apprentissage sera mauvaise et moins efficace.

Avec le nouveau calendrier, le pont de l'Ascension sera banalisé dans toutes les académies, pour les années scolaires 2015-2016 et 2016-2017. Est-ce suffisant pour se reposer ?

Avec cette organisation, les élèves du primaire et du secondaire auront quatre jours de repos en mai. Ce n'est pas satisfaisant car cela ne peut pas compenser le long troisième trimestre.

N'est-ce pas mission impossible de trouver un compromis entre les intérêts des enfants, des parents, des enseignants et des professionnels ?

Pour tenir compte des données biologiques, et respecter le rythme de l'enfant, il faudrait une année scolaire de 180 à 200 jours (avec comme corollaire la réduction des grandes vacances), quatre à six heures de travail par jour selon l'âge de l'élève, quatre jours et demi à cinq jours de classe par semaine en fonction des saisons ou des conditions locales.

J'expliquais déjà cela en 2010, dans un rapport réalisé pour l'Académie de médecine. Or, jusqu'à présent, j'ai l'impression qu'on fait tout ce que demandent les adultes [enseignants, hôteliers ou parents]. On ne tient pas compte de l'enfant, qui devrait pourtant être au centre de la réflexion.