Une assurance anti-harcèlement scolaire pour lutter sur le terrain numérique

Pour lutter contre le harcèlement scolaire, plusieurs initiatives se multiplient. Parmi elles, une assurance anti-harcèlement, initiée par l'association Marion La Main Tendue, qui propose des garanties spécifiques pour limiter ce fléau.

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Radio France
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Nora Fraisse, fondatrice de l'association Marion La Main Tendue, lance avec l'assureur Wakam une assurance anti-harcèlement scolaire (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

Kolibri, c'est le nom de cette assurance anti-harcèlement scolaire. Elle garantit la prise en charge de séances de psychologue, de frais d'avocat, de cours à domicile, ou encore le nettoyage d'internet en cas d'images compromettantes. L'assureur Wakam a développé cette offre pour 18 euros par an avec l'association Marion La Main Tendue, du nom d'une adolescente victime de harcèlement scolaire qui s'était suicidée.

Pour sa mère et fondatrice de l'organisation, Nora Fraisse, il faut anticiper les problèmes : "Vous n'allez pas attendre que vos enfants aient les dents de travers pour vous dire 'éventuellement je vais prendre une mutuelle pour aller voir un orthodentiste'."

"Je peux faire en sorte que nos enfants ne se suicident pas, qu'ils continuent d'aller à l'école, qu'ils soient pris en charge et que les familles démunies se disent 'je peux porter plainte'."

Nora Fraisse

à franceinfo

Elle qui depuis huit ans intervient dans les établissements scolaires sait qu'il faut impliquer les parents dans cette lutte contre le harcèlement qui ne s'arrête pas aux frontières de l'école. "Justement ça permet d'éviter de se cacher derrière son petit doigt et de dire 'c'est du ressort de l'école'. Nous aussi en tant que parents, on doit agir et protéger nos enfants."

"On doit s'adapter à cette nouvelle réalité"

Le 29 septembre, un centre scolaire a souscrit à cette assurance : sur les 4 200 étudiants du groupe Notre-Dame, à Villefranche-sur-Saône, 1 400 élèves sont couverts, soit deux collèges et deux lycées. Christophe Audard, le directeur, reconnaît qu'il n'a pas les outils adaptés aujourd'hui pour combattre le cyberharcèlement.

"C'est un constat d'échec du système éducatif mais on n'a pas le personnel qualifié pour faire ça. C'est-à-dire qu'on a du personnel éducatif, une infirmière scolaire, tous ces outils-là, on les a et ils sont fonctionnants. Simplement, ils ne sont pas suffisants pour une réalité nouvelle."

Christophe Audard, directeur d'un groupe scolaire

à franceinfo

Après le suicide d'une collégienne de 12 ans le 30 septembre dernier, la prise en compte du harcèlement et du cyberharcèlement par le système scolaire devient centrale. "Aujourd'hui, il y a des élèves qui passent autant de temps sur les réseaux sociaux qu'en vrai. On doit s'adapter à cette nouvelle réalité", reconnaît Christophe Audard. Selon lui, la plupart des familles ne sont pas lucides sur l'usage des réseaux sociaux par leurs enfants.

Dans les couloirs de l'établissement, on trouve facilement des jeunes qui ont eu de mauvaises expériences sur internet. C'est le cas de Priscillia, 17 ans, en terminale. Elle a été harcelée sur Instagram : le point de départ, c'est un garçon, inconnu, qui s'abonne à son compte.

"Déjà, il m'a dit 'envoie une photo de toi' un nude, en sous-vêtements ou nue, et j'ai refusé. Mais il a commencé à insister tout le temps, et au bout d'un moment il m'a envoyé une photo de ses parties intimes, ça m'a choqué de voir ça quand même."

Priscilla, lycéenne

à franceinfo

L'adolescente raconte sa gêne d'en parler autour d'elle : "J'avais peur qu'il puisse me retrouver si jamais je le bloquais. Et mes parents c'est pareil je n'osais pas leur en parler. Je me disais 'qu'est-ce qu'ils vont penser de moi', j'avais peur qu'ils me jugent, et surtout je ne savais pas s'ils pouvaient faire quelque chose contre ça."

Pour ses initiateurs, cette assurance a vocation à décomplexer les jeunes et leur famille, pour demander de l'aide.

Le reportage de Noémie Bonnin à retrouver ici
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