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"Personne n'imaginait l'ampleur que ça allait prendre" : des journalistes dénoncent les inégalités femmes-hommes dans les rédactions

Le 11 janvier, des dizaines de femmes journalistes du "Parisien" ont dénoncé l'absence de femmes à la direction de la rédaction. Elles ont été suivies par des consœurs de "L'Obs".

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De nombreuses entreprises essaient de préserver leurs employés en créant des espaces ou des moments low tech. Le mouvement prend de l'ampleur (MAXPPP)

L'idée est partie d'une "boutade" à la cantine du journal, mardi 9 janvier. Trois femmes, journalistes au Parisien, discutent d'une nouvelle offre d'emploi au sein de la direction de la rédaction du quotidien. A ce niveau de responsabilité, la parité est loin d'être atteinte. On compte cinq hommes et aucune femme. Face à ce constat, les trois collègues, bientôt rejointes par des dizaines d'autres, décident de toutes postuler.

Ça part de la cantine du journal, mais ce n'est pas resté entre ces murs. Personne n'imaginait l'ampleur que ça allait prendre.

Florence Méréo, journaliste au "Parisien"

à franceinfo

Après quelques mails, textos et conversations à la machine à café, un grand nombre de femmes journalistes de la rédaction apportent leur soutien à cette démarche symbolique. "Il y a tout de suite eu beaucoup d'enthousiasme, quel que soit le niveau de responsabilité, raconte une autre journaliste du titre, Christel Brigaudeau, à franceinfo. On a été débordées par le succès !" Au bout de 48 heures, 77 femmes participent à l'opération. Elles sont aujourd'hui 105.

"Soutien massif" de leurs confrères 

"L'idée, c'est de poser la question sur la table", résume Christel Brigaudeau. Le débat se crée rapidement dans les services et de nombreux hommes rejoignent la démarche de leurs consœurs, via une tribune. "La rédaction du Parisien a tout à gagner et rien à perdre à jouer la 'parité' car notre journal en ressortira plus fort, plus uni, plus divers", expliquent ces journalistes dans un texte diffusé sur les réseaux sociaux, le 12 janvier.

La direction du Parisien répond rapidement à la fronde. Au lendemain de cette candidature collective, Sophie Gourmelen, directrice générale du quotidien, et Stéphane Albouy, directeur des rédactions, envoient un mail aux journalistes. "Qu'il n'y ait pas de femmes au sein de la direction de la rédaction est un constat que nous partageons avec vous. Ce n'est en aucun cas une volonté", assurent-ils. "Les mots sont forts, j'espère qu'ils seront suivis d'actes", réagit Florence Méréo auprès de franceinfo.

"L'époque est favorable"

Le mouvement aurait pu rester circonscrit au sein de la rédaction, mais il va vite être repris à l'extérieur, notamment sur les réseaux sociaux. "C'est un moment où tout le monde est plus attentif à ces sujets, note Florence Méréo. L'époque est favorable." Dans d'autres rédactions, l'initative fait des émules. Notamment à L'Obs, où plusieurs femmes journalistes lancent l'idée d'une tribune, pour saluer l'initative de leurs consœurs et dénoncer les inégalités salariales qui persistent dans leur entreprise.

L'action des journalistes du "Parisien" est géniale, elles dénoncent beaucoup de choses tout en restant positives. Il n'y a pas de ton agressif qui pourrait desservir le combat.

Violette Lazard, journaliste à "L'Obs"

à franceinfo

"On était admiratives de l'action des journalistes du Parisien, c'était malin et drôle, explique Renée Greusard, journaliste à Rue89, au sein de la rédaction de L'Obs. On voulait les soutenir avec un texte et évoquer aussi la situation à L'Obs." Lundi 15 janvier, une tribune est publiée, signée par 62 femmes journalistes qui dénoncent les inégalités salariales et l'absence de femmes à la direction de la rédaction.

"Des différences de salaire hallucinantes"

"Je me suis rendu compte que je gagnais 200 euros de moins que mon collègue à expérience égale", note ainsi une journaliste de L'Obs. "Il y a des différences de salaire hallucinantes, ajoute Violette Lazard, journaliste de l'hebdomadaire. C'est un constat partagé par tous, quels que soient les âges et les services. On ne comprend pas pourquoi ces inégalités perdurent."

Il y a eu des progrès dernièrement. Mais le sexisme est naturel. Les hommes postulent aux postes à responsabilité et ils sont embauchés.

Renée Greusard, journaliste à Rue89

à franceinfo

Les journalistes avaient proposé de publier la tribune sur le site de L'Obs, mais la direction de la rédaction s'y est opposée. "Il n'y a pas eu de réponse officielle sur le fond", indique une journaliste. Pas de quoi stopper l'élan provoqué par ces initiatives. "Il faut faire des actions punchy, comme au Parisien, pour que ça bouge, estime Renée Greusard. Je trouverais ça bien que d'autres rédactions se mobilisent." Et cela pourrait bien arriver. De nombreuses femmes journalistes, toutes rédactions confondues, ont déjà apporté leur soutien et fait savoir qu'elles souhaitaient agir, rapportent des journalistes du Parisien.

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