Manifestations en Iran : "Les réseaux sociaux ont donné beaucoup de pouvoir à ces jeunes contestataires", observe une spécialiste

Les manifestations et la répression continuent en Iran, deux semaines après la mort de Masha Amini. La jeune femme de 22 ans a été arrêtée par la police des mœurs qui jugeait qu'elle portait mal son voile. 

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Radio France
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Une femme se coupe les cheveux en soutien aux femmes iraniennes, lors d'une manifestation en Turquie, le 4 octobre 2022. (TOLGA ILDUN / MAXPPP)

Une cinquantaine d'artistes françaises ont publié une vidéo sur les réseaux sociaux où elles se coupent des mèches de cheveux. Un soutien aux manifestations en Iran où des femmes avaient réalisé le même geste au début du mouvement, il y a trois semaines. "Les réseaux sociaux ont donné beaucoup de pouvoir à ces jeunes contestataires", observe mercredi 5 octobre sur franceinfo Azadeh Kian, professeure de sociologie politique, directrice du département de sciences sociales et du CEDREF à l'Université de Paris, spécialiste de l'Iran.

Après trois semaines de protestation en Iran, on doit plutôt parler de rébellion ou de révolution ?

Azadeh KianC'est le début d'une révolution. C'est le début des revendications pour des changements profonds de politique dans un premier temps puis du régime plus tard. C'est ce qui est demandé par les courageuses et courageux manifestants. Je rappelle que malgré le massacre de 150 personnes jusqu'à aujourd'hui cela n'empêche pas les gens d'être dans la rue. D'ailleurs, le mouvement s'étend aussi bien géographiquement que dans les différentes couches de la société. Tout le pays est désormais concerné : nord, sud et centre de l'Iran. Et aussi les classes populaires. Même les députés du Parlement islamique le reconnaissent. C'est pour cela que le régime a peur et que la répression s'aggrave sur les manifestants. Il suffit de regarder le taux de participation de l'élection présidentielle l'année dernière : le taux de participation était le plus bas jamais enregistré. Donc je dirai que le régime islamique d'Iran représente au mieux 20% des 83 millions d'Iraniens.

Est-ce que la mort de Mahsa Amini pour des cheveux qui dépassent d'un voile est toujours le socle des contestations ou les revendications sont désormais plus larges ?

Les inégalités entre les femmes et les hommes sont au fondement du régime islamique. Ce qu'on voit dans la rue en ce moment, c'est que les jeunes femmes et les jeunes hommes revendiquent la liberté de choix pour les femmes. Cette conscientisation que les droits des femmes se trouvent au coeur du combat contre l'islam politique est une nouveauté. Une nouveauté qui peut permettre de dépasser les frontières iraniennes. Ce mouvement n'est pas contre le voile. C'est contre le "voile obligatoire".

Ce qui change aussi en Iran, c'est l'usage des réseaux sociaux malgré la coupure d'Internet par les autorités ?

Les réseaux sociaux ont donné beaucoup de pouvoir à ces jeunes contestataires. Ils savent que s'ils descendent dans la rue, on les entend en temps réel. Un mouvement social prend du temps. En Iran, il n'y a ni partis politiques libres, ni syndicats autonomes. Donc cette révolte est spontanée. Il ne faut pas oublier non plus que les jeunes qui sont dans la rue sont alphabétisés. Peu importe s'ils viennent des villages ou des villes, ils sont beaucoup plus ouverts sur le monde que la génération d'il y a 40 ans.

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