La désinformation des opposants à l'IVG menace le droit à l'avortement, alerte la Fondation des femmes

Dans un rapport publié avec l'Institute for Strategic Dialogue, la fondation s'inquiète de l'efficacité offerte par les réseaux sociaux pour dissuader les femmes d'avorter.
Article rédigé par Linh-Lan Dao
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 3 min
Un tag anti-avortement, à Paris, le 3 avril 2023. (MAGALI COHEN / AFP)

Une vidéo virale sur la soi-disant "souffrance" d'un fœtus avorté ou encore le témoignage anonyme d'une jeune mère fière de ne pas avoir eu recours à l'IVG... "Les mouvements anti-IVG se sont emparés avec efficacité des réseaux sociaux pour perpétrer leurs entreprises de dissuasion", constate la Fondation des femmes dans un rapport sur la désinformation en ligne autour de l'avortement publié mercredi 17 janvier.

Le jour de l'anniversaire de la loi Veil dépénalisant l'avortement en France, la Fondation des femmes alerte (conjointement avec l'Institute for Strategic Dialogue, un groupe de réflexion britannique engagé dans la lutte contre la désinformation) sur la diffusion massive de contenus faux et sur les "menaces" qu'ils représentent. La fondation s'inquiète aussi dans un communiqué du "discours nataliste" tenu lors de la conférence de presse d'Emmanuel Macron, alors que les "mouvements anti-avortements sont plus vigoureux que jamais".

Etudes bidons et faux témoignages

Sept ans après l'adoption par le Parlement d'une loi sur le délit d'entrave numérique à l'IVG, la désinformation sévit toujours. Sur des pages anti-avortement, qui se présentent de manière trompeuse comme neutres, officielles, voire pro-IVG, les publications prennent la forme de "témoignages non vérifiables, graphiques, études bidons, photos et vidéos culpabilisantes", avec un seul objectif : dissuader les femmes. Parmi les contenus douteux, relayés sur Facebook et Instagram, de fausses affirmations sur les effets secondaires de l'IVG ou des "descriptions erronées de la procédure d'IVG", énumère le rapport.

"Les acteurs anti-IVG déploient des techniques de plus en plus variées pour atteindre de nouvelles audiences. Si des contenus ouvertement anti-IVG sont facilement identifiables, cette étude montre que ces acteurs produisent des contenus dissuasifs et choquants et déguisent parfois habilement leurs intentions", dénonce Cécile Simmons, chargée de recherche à l'Institute for Strategic Dialogue et autrice du rapport, dans un communiqué de la Fondation des femmes.

Le rapport établit une cartographie identifiant les principales pages anti-avortements à l'origine de cette désinformation. Mais il identifie également des communautés d'intérêt connexes "très actives" et "particulièrement coordonnées" quand il s'agit d'amplifier les messages anti-IVG : des comptes liés à des organisations de défense des personnes handicapées, des associations anti-LGBTQ et opposées à la gestation pour autrui, des militants chrétiens, royalistes et d'extrême droite...

Les chercheuses de l'ISD ont ainsi constaté que des pages et groupes Facebook non-officiels de soutien au parti Reconquête ! d'Eric Zemmour avaient joué un rôle-clé dans cette amplification.

Cartographie du réseau anti-avortement sur Facebook et Instagram (Fondation des Femmes / ISD)

Des contenus destinés aux jeunes

Face à cette déferlante de désinformation anti-IVG, les géants d'internet semblent débordés. Ainsi, sur 135 publications de contenus dissuasifs sur l'IVG sur Facebook France, presque 40% ont atteint des 13-17 ans, souligne le rapport. Pour atteindre une cible "jeune", certaines plateformes n'hésitent pas à reprendre les codes de la pop culture, avait observé franceinfo en 2016. 

Sur Instagram, un cinquième des "reels" (des vidéos au format vertical) les plus recommandés sur l'avortement contiennent de fausses informations, promeuvent des styles de vie "tradwife" (un mouvement réactionnaire prônant le retour d'un rôle de la femme mariée comme femme au foyer), ou des contenus de santé alternatifs. Ces vidéos de courte durée étaient proposées à des personnes n'ayant pas visionné de contenus anti-avortement auparavant, et en partie mineures.

"Les outils qu'offrent aujourd'hui les réseaux sociaux deviennent des armes entre les mains des anti-IVG."

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes

dans un communiqué

Et de poursuivre : "Il est temps que les pouvoirs publics réagissent face à ces menaces réelles que représentent les mouvements anti-IVG." L'Institute for Strategic Dialogue recommande donc aux plateformes telles que Facebook et YouTube de renforcer leurs politiques de lutte contre la diffusion de contenus choquants, erronés et pouvant encourager à des "actions malveillantes à l'encontre du personnel médical". Le groupe de réflexion réclame aussi l'interdiction des contenus et publicités contenant des informations "potentielles dangereuses pour la santé", particulièrement s'ils "ciblent des mineurs".

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