Culpabilisation, peur, proposition d'aide : quand des sites anti-IVG font de la désinformation auprès des femmes enceintes

Alors que le Sénat s'apprête à examiner en seconde lecture un texte visant à prolonger le délai légal d'avortement, franceinfo a enquêté sur les militants qui tentent de dissuader les femmes de recourir à l'IVG.

Article rédigé par
Farida Nouar - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des patientes se rendent dans un centre du planning familial, le 29 novembre 2018 (illustration). (REMI DUGNE / MAXPPP)

Ce sont des sites au nom rassurant, à l'iconographie proche des pages institutionnelles, avec parfois un numéro vert... Alors qu'une manifestation anti-avortement est prévue dimanche 16 janvier à Paris, à quatre jours de l'examen en deuxième lecture au Sénat d'une proposition de loi visant à allonger le délai légal de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) de 12 à 14 semaines, franceinfo s'est penchée sur certains sites qui militent contre l'avortement. Ils tentent d'influencer les futures mères quant à la suite à donner à leur grossesse, notamment via de la désinformation.

Ainsi, sur la page d'accueil du site ivg.net, un numéro vert garantit une écoute tous les jours, des articles promettent des explications sur les procédures d'IVG et on voit la photo de Simone Veil, à l'origine de la loi dépénalisant l’avortement. Au premier coup d’œil ("Toutes les infos sur l'IVG dont vous avez besoin"), le site a presque l'air informatif et institutionnel.

En revanche, si l'on descend en bas de page, le site renvoie sur une page Facebook intitulée "IVG : vous hésitez ? Venez en parler". Elle regroupe 110 000 membres et propose même, depuis décembre 2020,  un groupe fermé pour "discuter et partager directement, sans que cela soit public". Ce qu'on découvre sur cette page n'a plus rien de neutre. Il y a par exemple un clip vidéo, dans lequel une femme danse sur la plage et parle à son bébé qui n'est pas né. "Pardonne-moi de n'avoir su te garder", dit-elle. On peut également écouter le témoignage d'une certaine Inès, 26 ans : "Une mère est censée protéger son enfant et moi je l'ai tué", dit-elle après son avortement. "J'aurais vraiment aimé le connaître, le prendre dans mes bras. Je n'arrive pas à me le pardonner."  Les commentaires sur cette page vont également tous dans le même sens : en substance, "si tu le fais (si tu as recours à l'IVG), tu vas le regretter."

Entre culpabilisation, peur et proposition d'aide

La culpabilisation est aussi au programme du numéro vert. Quand on le contacte pour dire que l'on est enceinte et que l'on a peur de regretter un avortement toute sa vie, voici ce que répond une écoutante : "La seule chose que je peux dire, c'est que nous n'avons jamais de retour de femmes qui ont regretté d'avoir un enfant." Quant aux "risques" potentiels évoqués, la stérilité n'est "pas très fréquente" selon l'écoutante mais "des complications pour concevoir ou mener une grossesse à terme sont assez fréquentes".

Un autre site, SOS Mamans, propose lui de soutenir financièrement et matériellement les femmes enceintes qui pensent à avorter. Pour cela, il propose des logements d’urgence ou une aide pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois, par exemple. L’un de ses membres nous assure que sur 1 700 femmes rencontrées, seules deux ont avorté.

Un discours à la limite de la loi

L'entrave à l'IVG est pourtant un délit depuis 2017. Cela ne semble cependant pas inquiéter ces sites car ils adaptent leur discours, pour ne pas tomber sous le coup de la loi. "Ils n'utilisent pas un vocabulaire violent. On ne dit pas 'Madame, il ne faut pas avorter', mais plutôt 'Réfléchissez bien quand même'. C'est moins radical", explique Sarah Durocher, co-présidente nationale du Planning familial.

Elle déplore le flou pratiqué par ces collectifs. "Ils utilisent le même vocabulaire que nous : éducation à la sexualité, contraception. Il y a vraiment quelque chose de différent et dangereux." Le Planning familial regrette aussi que très peu de femmes soient informées de l’existence de ce délit d’entrave, qui est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

Les anti-IVG très présents sur internet : reportage de Farida Nouar
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